Covid-19. Au Maroc, préoccupation, interrogations et tournant dans la stratégie

La hausse du nombre de cas actifs et du nombre de décès, le retrait du Maroc de la liste des pays tiers sûrs par l'UE, sont des signaux rouges. Voici ce qu'on en dit au sein du corps médical.

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 Covid-19. Au Maroc, préoccupation, interrogations et tournant dans la stratégie

Le 08 août 2020 à 10:56

Modifié le 08 août 2020 à 17:48

Il y a plusieurs semaines, en plein confinement général, le Maroc avait connu un palier de cas actifs à environ 3.400 patients au cours de la période entre le 20 avril et le 20 mai. Et à l’époque, tout était fait pour augmenter la capacité litière dans l’objectif d’anticiper toute nouvelle hausse. Nous sentions bien, dans le cadre de notre travail quotidien, la préoccupation de nos interlocuteurs, de la Santé ou des autorités.

Ce vendredi 7 aout, il y a au Maroc 8.653 cas actifs, deux fois et demi le pic du mois de mai. C’est le genre de situations qui imposent des révisions des stratégies.

Ce nombre de cas est un tournant car il a poussé le ministère de la Santé à adopter une mesure banale dans de très nombreux pays : l’hospitalisation à domicile des cas asymptomatiques. Vendredi 7 aout, 953 cas ont quitté les hôpitaux pour leurs domiciles (chiffre national).
Parallèlement, la hausse du nombre de décès interroge :

-est-elle liée au nombre réel de cas qui serait plus élevé que le nombre de cas diagnostiqués ?

-est-elle provoquée par la consultation de plus en plus tardive des malades de peur de se retrouver dans des hôpitaux de campagne éloignés ou dans des conditions d’hygiène qui s’est dégradée selon la rumeur générale, dans les hôpitaux de campagne ? C’est ce qu’affirment les médecins que nous avons contactés et dont plusieurs sont en première lutte dans la lutte contre le Covid.

Quelles sont les conditions préalables à la prise en charge à domicile des cas asymptomatiques?

 Selon la circulaire 63 DELM/2020 (5 aout 2020) du ministre de la Santé, la prise en charge à domicile est réservée uniquement aux cas asymptomatiques et répondant à un certain nombre de critères médico-sanitaires et de conditions d’isolement.

Ces critères sont regroupées dans la check list suivante :

 

 

 

D’abord, le patient doit être asymptomatique et le rester pendant toute la durée de son suivi à domicile. Cela sous-entend une grande vigilance et un suivi quotidien. Par exemple, une céphalée est-elle une simple migraine ou un symptôme ? Elle peut être l’un des principaux symptômes de Covid-19.

En second lieu, le malade doit être âgé de moins de 65 ans (facile à vérifier) et exempt de maladies chroniques qui le rendraient plus vulnérable : diabète, hypertension artérielle, obésité, insuffisance d’organe, cancer, immunodépression, maladie mentale notamment.

Jaâfar Heikel, épidémiologiste et infectiologue, engagé dans la lutte contre le Covid-19 depuis le début de l’épidémie, nous explique qu’il y a des maladies chroniques silencieuses invalidantes. Tous les malades ne connaissent pas leur propre état : “la moitié des diabétiques au Maroc ne le savent pas ; de même que 25% à 30% des hypertendus“.

Donc, l’idéal serait, avant la prise de décision, d’effectuer un rapide dépistage par exemple une prise de tension artérielle, une glycémie, sans oublier l’électrocardiogramme si la décision de suivi à domicile est prise. Car l’ECG est indispensable avant la prise de l’hydroxychloroquine.

Ce n’est pas tout.
La circulaire précise que la décision de prise en charge à domicile est une décision de l’autorité sanitaire de proximité, avec l’appui de l’autorité territoriale. La décision est prise dans le cadre d’une commission qui doit comporter le médecin chef du centre de santé ou son représentant, l’assistante sociale et un représentant de l’autorité territoriale.

La prise en charge à domicile doit tenir compte aussi de l’avis du patient et de sa prédisposition à assumer cette option, à même de renforcer son adhésion et c’est pourquoi un formulaire de consentement doit être signé par le malade (voir fac-similé ci-dessus).

La circulaire ajoute que le suivi médical doit se faire quotidiennement par téléphone, par une équipe médicale ; le respect du confinement est contrôlé par les autorités territoriales.

La possibilité de suivi à domicile est rendue encore plus difficile par d’autres conditions posées : chambre individuelle aérée, les personnes à risque se trouvant sous le même toit doivent quitter les lieux (pour aller où ?), les contacts rapprochés à domicile seront suivis médicalement.

Bref, contrairement aux apparences, la décision de suivi à domicile est compliquée à mettre en œuvre et nécessite une importante logistique : des équipes dédiées pour les appels téléphoniques quotidiens, des visites à domicile, des ECG portables, voire de l’oxygène et un saturomètre. Il faut prévoir également des lits pour évacuer les malades asymptomatiques suivis à domicile en cas d’aggravation de leur état ou d’apparition de symptômes.

 Des circuits fluides sont nécessaires, avec l'implication de tous

Le Dr Moulay Saïd Afif, président de la Société Marocaine des Sciences Médicales et qui joue discrètement un grand rôle de réflexion, de sensibilisation et de mobilisation depuis le début de la pandémie, souligne les éléments les plus importants à ses yeux :

1. Le suivi à domicile des malades asymptomatiques : pour être efficace, cette décision nécessite la mise en place d’un circuit fluide avec l’implication des officines pharmaceutiques (qui peuvent aider à signaler les cas possibles) ; des médecins privés ; des autorités locales qui vont effectuer les suivis à domicile en matière de respect de l’isolement sanitaire ; des équipes médicales dédiées dotées d’un matériel portable et qui effectuent les appels téléphoniques ou les visites à domicile, chaque jour.

2. La verbalisation des personnes qui ne respectent pas les mesures barrière.

3. Le remboursement par la CNOPS, la CNSS ou les assurances privées des dépenses médicales liées au Covid des personnes couvertes.

Bref, la situation est préoccupante. Les milieux médicaux contribuent à la réflexion générale. Une nouvelle aggravation de la situation épidémiologique n'est pas impossible, avec un effet Aid Al Adha à retardement à cause du temps d'incubation.

Covid-19. Au Maroc, préoccupation, interrogations et tournant dans la stratégie

Le 08 août 2020 à13:05

Modifié le 08 août 2020 à 17:48

La hausse du nombre de cas actifs et du nombre de décès, le retrait du Maroc de la liste des pays tiers sûrs par l'UE, sont des signaux rouges. Voici ce qu'on en dit au sein du corps médical.

Il y a plusieurs semaines, en plein confinement général, le Maroc avait connu un palier de cas actifs à environ 3.400 patients au cours de la période entre le 20 avril et le 20 mai. Et à l’époque, tout était fait pour augmenter la capacité litière dans l’objectif d’anticiper toute nouvelle hausse. Nous sentions bien, dans le cadre de notre travail quotidien, la préoccupation de nos interlocuteurs, de la Santé ou des autorités.

Ce vendredi 7 aout, il y a au Maroc 8.653 cas actifs, deux fois et demi le pic du mois de mai. C’est le genre de situations qui imposent des révisions des stratégies.

Ce nombre de cas est un tournant car il a poussé le ministère de la Santé à adopter une mesure banale dans de très nombreux pays : l’hospitalisation à domicile des cas asymptomatiques. Vendredi 7 aout, 953 cas ont quitté les hôpitaux pour leurs domiciles (chiffre national).
Parallèlement, la hausse du nombre de décès interroge :

-est-elle liée au nombre réel de cas qui serait plus élevé que le nombre de cas diagnostiqués ?

-est-elle provoquée par la consultation de plus en plus tardive des malades de peur de se retrouver dans des hôpitaux de campagne éloignés ou dans des conditions d’hygiène qui s’est dégradée selon la rumeur générale, dans les hôpitaux de campagne ? C’est ce qu’affirment les médecins que nous avons contactés et dont plusieurs sont en première lutte dans la lutte contre le Covid.

Quelles sont les conditions préalables à la prise en charge à domicile des cas asymptomatiques?

 Selon la circulaire 63 DELM/2020 (5 aout 2020) du ministre de la Santé, la prise en charge à domicile est réservée uniquement aux cas asymptomatiques et répondant à un certain nombre de critères médico-sanitaires et de conditions d’isolement.

Ces critères sont regroupées dans la check list suivante :

 

 

 

D’abord, le patient doit être asymptomatique et le rester pendant toute la durée de son suivi à domicile. Cela sous-entend une grande vigilance et un suivi quotidien. Par exemple, une céphalée est-elle une simple migraine ou un symptôme ? Elle peut être l’un des principaux symptômes de Covid-19.

En second lieu, le malade doit être âgé de moins de 65 ans (facile à vérifier) et exempt de maladies chroniques qui le rendraient plus vulnérable : diabète, hypertension artérielle, obésité, insuffisance d’organe, cancer, immunodépression, maladie mentale notamment.

Jaâfar Heikel, épidémiologiste et infectiologue, engagé dans la lutte contre le Covid-19 depuis le début de l’épidémie, nous explique qu’il y a des maladies chroniques silencieuses invalidantes. Tous les malades ne connaissent pas leur propre état : “la moitié des diabétiques au Maroc ne le savent pas ; de même que 25% à 30% des hypertendus“.

Donc, l’idéal serait, avant la prise de décision, d’effectuer un rapide dépistage par exemple une prise de tension artérielle, une glycémie, sans oublier l’électrocardiogramme si la décision de suivi à domicile est prise. Car l’ECG est indispensable avant la prise de l’hydroxychloroquine.

Ce n’est pas tout.
La circulaire précise que la décision de prise en charge à domicile est une décision de l’autorité sanitaire de proximité, avec l’appui de l’autorité territoriale. La décision est prise dans le cadre d’une commission qui doit comporter le médecin chef du centre de santé ou son représentant, l’assistante sociale et un représentant de l’autorité territoriale.

La prise en charge à domicile doit tenir compte aussi de l’avis du patient et de sa prédisposition à assumer cette option, à même de renforcer son adhésion et c’est pourquoi un formulaire de consentement doit être signé par le malade (voir fac-similé ci-dessus).

La circulaire ajoute que le suivi médical doit se faire quotidiennement par téléphone, par une équipe médicale ; le respect du confinement est contrôlé par les autorités territoriales.

La possibilité de suivi à domicile est rendue encore plus difficile par d’autres conditions posées : chambre individuelle aérée, les personnes à risque se trouvant sous le même toit doivent quitter les lieux (pour aller où ?), les contacts rapprochés à domicile seront suivis médicalement.

Bref, contrairement aux apparences, la décision de suivi à domicile est compliquée à mettre en œuvre et nécessite une importante logistique : des équipes dédiées pour les appels téléphoniques quotidiens, des visites à domicile, des ECG portables, voire de l’oxygène et un saturomètre. Il faut prévoir également des lits pour évacuer les malades asymptomatiques suivis à domicile en cas d’aggravation de leur état ou d’apparition de symptômes.

 Des circuits fluides sont nécessaires, avec l'implication de tous

Le Dr Moulay Saïd Afif, président de la Société Marocaine des Sciences Médicales et qui joue discrètement un grand rôle de réflexion, de sensibilisation et de mobilisation depuis le début de la pandémie, souligne les éléments les plus importants à ses yeux :

1. Le suivi à domicile des malades asymptomatiques : pour être efficace, cette décision nécessite la mise en place d’un circuit fluide avec l’implication des officines pharmaceutiques (qui peuvent aider à signaler les cas possibles) ; des médecins privés ; des autorités locales qui vont effectuer les suivis à domicile en matière de respect de l’isolement sanitaire ; des équipes médicales dédiées dotées d’un matériel portable et qui effectuent les appels téléphoniques ou les visites à domicile, chaque jour.

2. La verbalisation des personnes qui ne respectent pas les mesures barrière.

3. Le remboursement par la CNOPS, la CNSS ou les assurances privées des dépenses médicales liées au Covid des personnes couvertes.

Bref, la situation est préoccupante. Les milieux médicaux contribuent à la réflexion générale. Une nouvelle aggravation de la situation épidémiologique n'est pas impossible, avec un effet Aid Al Adha à retardement à cause du temps d'incubation.

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