img_pub
Rubriques

Victoires et combats des startups arabes

DUBAÏ – La récente conférence STEP, à Dubaï – le plus important rassemblement consacré aux startups dans toute la région Moyen-Orient Afrique du nord (MOAN) – a fait beaucoup parler d’elle, ce qui semble indiquer que l’univers local des startups est parvenu à l’âge adulte. Mais les entrepreneurs de la région MOAN sont encore confrontés, sur la route du progrès, à d’importants obstacles culturels.

Le 6 mai 2016 à 15h34

On aurait tort de sous-estimer le succès des startups régionales. Selon l’accélérateur Wamda, plus d’une douzaine de startups – dont Bayt, Careem, Marka VIP, Namshi, News Group, Propertyfinder et Wadi.com – verraient aujourd’hui leur valorisation s’élever à plus de 100 millions de dollars. Souq.com, entreprise de 3.000 employés, fondée en 2005, est sur le point de devenir la première "licorne" de la région, c’est-à-dire la première startup valorisée à plus d’un milliard de dollars.

L’environnement régional n’est pourtant guère propice à l’entrepreneuriat. Au-delà des guerres, du terrorisme et de l’agitation politique dont souffre le monde arabe – sans parler des difficultés habituelles rencontrées par les entrepreneurs loin de la Silicon Valley, à savoir la pénurie de capital-risque disponible, la rareté des talents ou le manque d’infrastructures –, se posent toutes sortes de problèmes structurels.

La démographie des entreprises n’est pas le moindre. Selon une étude réalisée en 2011, 70% de l’économie du secteur privé dans la région MOAN sont détenus par des structures familiales – une proportion plus élevée que partout ailleurs. Cela signifie que dans une bonne part des milieux d’affaires, les fonds sont levés, les participations sont prises et les activités sont gérées dans des cercles restreints et socialement fermés.

L’adage selon lequel, lorsqu’on lance une nouvelle activité, il ne faut compter que sur ses amis, sur sa famille ou alors sur des fous, semble trouver dans la région MOAN une désarmante conclusion : "Si l’on n’est ni un ami ni un membre de la famille, c’est qu’on doit être un fou." Peut-être minimise-t-on les risques avec ce genre de comportement, mais on favorise aussi une culture qui répugne à s’y exposer. Qui plus est, le maintien d’une activité dans le cercle familial réduit son potentiel disruptif, même lorsqu’elle parvient à innover.

Cette culture familiale ou "tribale" des affaires est le résultat d’une longue histoire, où s’accumulent juridictions consulaires incompétentes, nationalisations arbitraires et gouvernance d’entreprise inefficace. Si la plupart des pays ont enregistré des progrès sur ces différents fronts, les traditions tribales des milieux d’affaires demeurent très enracinées et il faudra du temps pour les faire évoluer.

Mais des initiatives sont possibles dès aujourd’hui, pour corriger les problèmes inhérents à cette culture des affaires, comme le manque de capital-risque disponible, dont auraient besoin les nouveaux entrepreneurs. Au Liban, par exemple, la Banque centrale a lancé la Circulaire 331, un plan de soutien sans précédent, qui garantit jusqu’à 75% des investissements des banques locales en faveur des startups, à une hauteur qui peut atteindre 3% du capital de la banque. Ce programme, qui fonctionne depuis 2013, a généré plus de 400 millions de dollars de capital-risque.

La façon dont l’État envisage son rôle crucial de client constitue le deuxième obstacle majeur à l’innovation des entreprises dans la région MOAN. En tant que fournisseur de biens et de services – pour un équivalent de 10% à 15% du PIB dans les pays développés, mais jusqu’à 20% du PIB dans les pays en développement –, l’État peut agir comme moteur de la croissance et de l’innovation. Rappelons que la création de la Silicon Valley et son développement furent encouragés par des contrats et des achats publics. 

Mais dans les pays de la région MOAN, les conditions de collaboration avec l’État – conditions d’adjudication, échéanciers, contraintes administratives – sont prohibitives pour les petites entreprises (de dix à cinquante employés). Incapables d’accéder au marché des biens et des services publics, celles-ci gâchent dès lors des occasions non négligeables de croître et de parvenir à maturité, ce qui limite nécessairement leur capacité à dynamiser la croissance économique et le développement.

Un troisième obstacle à l’innovation des entreprises dans la région MOAN tient à la structure industrielle. Le bâtiment, la banque, les télécommunications, le tourisme et l’industrie manufacturière traditionnelle représentent une part importante du secteur privé dans l’économie régionale. Dans ces différentes activités, ce sont généralement des familles qui possèdent les entreprises, souvent de taille importante, gourmandes en dépenses d’équipement et qui n’ont pas l’habitude de considérer les startups comme des partenaires stratégiques possibles.

Tout cela signifie que les droits d’entrée pour les nouvelles entreprises sont très élevés, ce qui limite drastiquement les occasions de mettre à contribution les grandes industries et plus encore d’en perturber la routine ou de les inciter à se diversifier vers l’innovation. Même les startups qui ont réussi une percée ont du mal à mettre en place des partenariats (B2B). Si les télécommunications font à cet égard figure d’exception, leur développement demeure entravé par les réglementations en vigueur.

C’est dans l’activité en ligne que les startups de la région MOAN réussissent le mieux. Les grands acteurs établis n’ont pas montré pour le commerce électronique un intérêt prématuré et le ticket d’entrée, pour ce qui concerne les dépenses d’équipement ou l’accès au marché, est relativement peu élevé. D’ailleurs, la plupart des entreprises qui ont réussi dans ce domaine vendent directement au consommateur et effectuent leurs transactions au moyen de services de paiement électronique, qui leur permettent de lever certains obstacles et d’éviter les commissions bancaires exorbitantes.

Les progrès que ces startups parviennent à accomplir soulignent leur capacité à conduire l’innovation et à créer de la croissance économique. Ils devraient donc inciter tant les milieux d’affaires que les administrations de la région MOAN à réviser leurs jugements. Les États notamment doivent apprendre à faire jouer leurs dépenses en faveur du développement de jeunes entreprises novatrices et les entreprises ayant pignon sur rue doivent ouvrir aux startups leurs activités, coopérer avec elles pour développer l’innovation et insuffler du dynamisme aux marchés.

Les startups sont indubitablement des plateformes pour l’innovation et des moteurs de la croissance économique, de l’emploi et du développement. Il est temps que les pays de la région MOAN tirent parti de ce potentiel.

© Project Syndicate 1995–2016

Par Rédaction Medias24
Le 6 mai 2016 à 15h34

à lire aussi

Maroc-Espagne. Sebta, Mélilia et la fiction d’un front maroco-américain pour la récupération des présides
DIPLOMATIE

Article : Maroc-Espagne. Sebta, Mélilia et la fiction d’un front maroco-américain pour la récupération des présides

Sur fond de tensions inédites entre Madrid et Washington autour de l’usage des bases militaires espagnoles dans la guerre contre l’Iran, une partie du débat public espagnol voit ressurgir le spectre d’une récupération de Sebta et Mélilia par le Maroc avec un appui américain. Une hypothèse nourrie par certaines prises de position et amplifiée médiatiquement, mais qui, à ce stade, relève davantage du fantasme que d’une dynamique diplomatique réelle.

FZ Mansouri veut poursuivre Barlamane en justice
Quoi de neuf

Article : FZ Mansouri veut poursuivre Barlamane en justice

Mise en cause par barlamane.com pour une affaire foncière, la maire de Marrakech annonce qu'elle va poursuivre ce journal en ligne ainsi que tout journaliste qui relaierait ces "allégations non fondées".

Météo: les prévisions du dimanche 25 avril 2026
Les prévisions quotidiennes

Article : Météo: les prévisions du dimanche 25 avril 2026

Voici les prévisions météorologiques pour le dimanche 26 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie : - Formations brumeuses matinales et nocturnes […]

Sahara: De Mistura évoque un “véritable élan” qui relance l’espoir d’une issue au conflit
NATION

Article : Sahara: De Mistura évoque un “véritable élan” qui relance l’espoir d’une issue au conflit

Comme prévu par la résolution 2797 adoptée le 31 octobre 2025, le conseil de sécurité de l'ONY s'est réuni à huis clos pour faire le point avec l'envoyé personnel et l'envoyé spécial de l'ONU pour le Sahara, au sujet de l'avancement des efforts de paix.

Immobilier. Les nouveaux choix d'investissement en 2026 à Casablanca
Actu immobilier

Article : Immobilier. Les nouveaux choix d'investissement en 2026 à Casablanca

À Casablanca, le marché immobilier change de configuration. La raréfaction des petites surfaces et la hausse des prix pèsent sur le résidentiel, tandis que des segments comme la logistique et l'industriel offrent aujourd'hui des rendements plus élevés. Dans ce contexte, les arbitrages des investisseurs évoluent selon les budgets et les opportunités. Décryptage avec Asaad Sadqi, président de l'Association régionale des agences immobilières Casablanca-Settat.

Un milliard sans garantie de l'État : comment la région Casablanca-Settat a réussi son pari obligataire
ECONOMIE

Article : Un milliard sans garantie de l'État : comment la région Casablanca-Settat a réussi son pari obligataire

La région Casablanca-Settat vient de clôturer sa première levée obligataire, une opération inédite pour une région. La levée est d'un montant d'un milliard de dirhams sur le marché des capitaux, dont 400 millions apportés par la Banque européenne (BERD). Le président de la région, Abdellatif Maazouz, revient sur les coulisses de cette opération, ses fondements financiers et les projets qu'elle est appelée à financer.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité