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Une union toujours plus étroite ou un marché commun?

BERLIN – L'essence même de l'Union européenne va se jouer lors du prochain référendum du Royaume-Uni, où ce pays va se poser la question de rester ou non un membre de cette union. Le Royaume-Uni veut une Europe différente de celle que l'UE représente actuellement. Dans les grandes lignes, sa préférence va plutôt à une Europe constituée uniquement d'un marché commun. Même si la Grande-Bretagne a longtemps été en mesure de se retirer de l'euro et de nombreux autres aspects de l'Union (et n'est donc pas forcée en quelque sorte de participer au processus d'approfondissement de l'union politique de l'Europe), ce problème constitue l'essence idéologique de la controverse.  

Le 8 mars 2016 à 12h33

C'est une question qui dépasse largement le débat sur le "Brexit" du Royaume-Uni. La montée en puissance des forces euro-sceptiques dans nombre d'États membres de l'UE a soulevé la même question sur le continent, où de nombreuses personnes pensent que l'objectif d'une union politique risque de surcharger les citoyens des États membres et doit être abandonné.

Comme les Britanniques, de nombreux Européens continentaux se demandent si une réglementation transnationale par les institutions de Bruxelles et une union politique sont réellement nécessaires. Une association libre d'États-nations souverains, partageant le noyau dur économique d'un marché commun continental (comme le modèle britannique), n'est-elle pas suffisante ? Pourquoi s'embêter avec cette intégration complexe, qui implique l'accord de Schengen, avec une union monétaire et des réglementations européennes, qui en fin de compte ne fonctionnent pas correctement et qui affaiblissent la compétitivité globale des États membres ?

Dans la perspective de l'histoire européenne d'après-guerre, il apparaît clairement que ce débat nous poursuit quasiment depuis le début. La mise au point du Royaume-Uni dans les années 1950 et 1960 portait encore pour l'essentiel sur le Commonwealth. Le processus d'intégration européenne, visant à surmonter l'hostilité franco-allemande et à concilier le potentiel industriel de l'Allemagne de l'ouest avec la stabilité européenne (et donc sous l'égide de sécurité des États-Unis et de l'Otan, visant à exclure le retour de la guerre en Europe), n'a bénéficié que d'une attention secondaire.

Après que le traité de Rome de 1957 a établi la Communauté économique européenne (CEE), l'Association européenne de libre-échange a été fondée sous la direction du Royaume-Uni quelques années plus tard. Les objectifs de l'AELE ont été une simple union douanière et un marché commun et elle a été conçue dès le départ pour rivaliser avec la CEE, notamment en Europe du Nord et parmi les pays neutres. Mais cette union n'a jamais pris.

La raison de l'échec de l'AELE est instructive: elle se fondait uniquement sur des intérêts économiques et ne poursuivait aucun autre idéal. L'AELE n'avait aucune âme et cette absence la rendait incapable de rivaliser avec l'Union européenne naissante.

Surmonter la fragmentation européenne

Bien sûr, les intérêts économiques ont été primordiaux dans le maintien des progrès de l'Union européenne. Mais l'idée de l'unification de l'Europe transcende clairement une simple unification économique. Son but consistait et consiste toujours à surmonter la fragmentation européenne par l'intermédiaire d'un processus d'intégration, qui commence par l'économie et se termine avec l'intégration politique. Winston Churchill le savait, comme on peut s'en rendre compte dans son discours de Zurich de 1946 (qui vaut la peine d'être relu de nos jours), dans lequel il appelait à la création des "États-Unis d'Europe".

L'UE est le principal projet historique de l'Europe. Elle a tenté, jusqu'à présent avec succès, de tirer les leçons de siècles de guerres apparemment sans fin, pour construire un nouveau système pan-européen d'États qui n'est plus fondé sur un simple équilibre des pouvoirs, mais également sur le dépassement des rivalités nationales en institutionnalisant les intérêts communs et les valeurs partagées. L'UE a accompli de grandes choses qu'il ne faut pas oublier, à l'heure où elle traverse les crises actuelles.

L'erreur britannique est de supposer qu'un but unique, un marché commun pour l'Europe, peut se concrétiser sans l'autre but, celui d'une plus grande intégration politique à long terme. Pour fonctionner, un marché commun exige une importante délégation de souveraineté et une réglementation européenne étendue. En fait, l'UE ne peut ignorer ni les États-nations, ni les institutions et les politiques communes, sans se mettre en danger. Ces deux dimensions sont ses pierres angulaires.

L'UE s'est caractérisée d'emblée par cette dualité: une confédération ayant de forts éléments fédéraux intégrés et de fortes institutions. Quiconque remet en question cette dualité remet tout le système en question, d'autant plus que le statu quo actuel de l'UE est tout sauf enclin à une stabilité durable. L'UE n'y parviendra que lorsqu'elle aura enclenché son progrès décisif vers une véritable fédération.

C'est pourquoi la majorité des États membres ne doit jamais abandonner l'objectif d'une "union toujours plus étroite". Le Royaume-Uni ne partage pas cet objectif et n'est pas tenu de le partager. Mais l'avenir de l'UE dépend de sa réalisation. Tout le reste n'est qu'une question de compromis pragmatiques, pour lesquels il existe une grande marge de manœuvre.

© Project Syndicate 1995–2016


 

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Le 8 mars 2016 à 12h33

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