Amal Ayouch
Actrice marocaineSalon du livre : il ne s'agit pas de délocaliser mais de multiplier les salons (lettre ouverte)
Lettre ouverte à Monsieur Mehdi Bensaid, ministre de la Culture, de la jeunesse et de la communication, par l'actrice Amal Ayouch.
Cher Monsieur,
Je ne peux tout d'abord que vous féliciter pour toutes les actions que vous menez, aussi bien pour la culture que pour le patrimoine. Votre dynamisme et votre enthousiasme témoignent de l'intérêt que vous portez à ces domaines et de votre engagement pour améliorer la situation qui était, pour le moins que l'on puisse dire, au plus bas, voire moribonde.
Depuis quelques mois en effet, il ne se passe pas une semaine sans que l'on ne vous voie lancer un projet, réhabiliter des espaces, réfléchir à améliorer la situation sociale de tel ou tel corps artistique. J'avoue même que j'ai beau vous suivre dans votre actualité, parfois je loupe quelque chose, parfois j'en ai le vertige. Il y a tellement à faire, nous diriez-vous et le temps presse ! Il y a en effet tout à faire, à structurer, à construire. Vous avez cela à cœur, par amour pour ce pays, le nôtre, et ce ne sont pas que des discours vains : vous êtes actif, sur le terrain. Merci pour cela.
Ma lettre pourrait s'arrêter là, car déjà en cela vous méritez plus d'un courrier de remerciements. Toutefois, je voudrais attirer votre attention sur quelque chose qui, en tant que citoyenne casablancaise, me tient à cœur (moi aussi). Le Salon international de l'édition et du livre, le fameux SIEL ! Hélas, oh combien hélas ! Casablanca s’est vu priver de son ciel, de son horizon de savoir ! Vous avez obscurci le nôtre pour éclairer davantage celui, déjà bien chargé, de la capitale des Lumières. Vous avez privé la plus grande ville du Royaume du Maroc de l’un des rares événements culturels - si ce n'est l'unique - organisé par le ministère de la Culture.
J'avais pour habitude de m'y rendre tous les ans. Et ce n'est pas la Saint-Valentin que je fêtais tous les mois de février : mon rendez-vous amoureux à moi, c'était le salon du livre. Découvrir de nouveaux ouvrages, rencontrer les auteurs, assister aux débats…Et surtout, surtout - ce qui me touchait beaucoup -, voir des classes entières d'enfants se faufiler entre les rayons des livres. Des instituteurs, des professeurs acharnés qui tentent de susciter l'attrait pour le livre, de sensibiliser les enfants à la lecture. Combien de personnes m'ont dit : "Cet événement, on l'attendait tous les ans avec ferveur. Nous avons été dépossédés de notre savoir." Certes, les Rbatis doivent être heureux et je n'ai pas de doutes sur le fait que l'événement à Rabat ait été une réussite.
Mais ne pensez-vous pas, M. le Ministre, qu'un tel évènement culturel, éducatif, sociologique, thérapeutique et commercial doive être multiplié plutôt que délocalisé et ce, dans différentes villes ? Il serait même judicieux, si je peux me permettre, de penser à différents formats, salons, caravanes... pour que tout le Maroc puisse en bénéficier. Créer une émulation inter-régions.
M. le Ministre, je suis sûre que vous avez déjà pensé à tout cela. J'ai grandement confiance dans ce que vous faites et continuerez à faire. Je ne rentrerai pas dans le vaste sujet qui dit que la culture est un rempart contre l'obscurantisme. Je ne dirai pas non plus : "Rendez-nous notre salon". Je dirais plutôt "Multipliez les salons du livre. Et faites que Casablanca, au même titre que Rabat, fasse rayonner et résonner la lumière."
Puissiez-vous, M. le Ministre, trouver l'engouement autour de vous pour parvenir à mener à terme tout ce que vous entreprenez.
Avec les meilleures pensées et les salutations respectueuses d'une citoyenne qui aime son pays.
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