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Réinventer l'Europe

BERLIN – Depuis 2009, lorsque la crise financière qui a éclaté en Amérique en 2008 a ébranlé la zone euro en son sein, la gestion de crise est devenue la nouvelle norme de l'Europe. En effet, la crise a fait suite à la crise en Europe et cela ne devrait pas changer de sitôt.  

Le 4 mai 2016 à 14h28

L'Europe a connu une crise financière, une crise grecque, une crise en Ukraine et depuis la fin de l'été 2015, une crise des réfugiés. Et à présent que le Royaume-Uni, l'un des plus forts parmi les États membres de l'Union européenne sur le plan économique et militaire, va organiser un référendum le 23 juin pour savoir si ce pays doit quitter l'UE (le fameux Brexit), l'Europe pourrait bientôt faire face à une crise de sécession.

Menace de désintégration interne

En effet, une crise de confiance massive vis-à-vis de l'Europe et de ses institutions s'est développée dans la plupart des Etats membres de l'UE, ce qui a encouragé un renouveau des partis politiques et des idées nationalistes, ainsi qu'un relâchement de la solidarité européenne. La renationalisation de l'Europe s'accélère, ce qui fait de cette crise la plus dangereuse de toutes, car elle constitue une menace de désintégration interne.

Les dirigeants politiques de l'UE (les chefs d'Etat et de gouvernement des Etats membres et les dirigeants du Conseil européen et de la Commission européenne), ont pris une décision fatidique, suite à la crise financière. Ils ont placé leur confiance dans la gestion de crise, plutôt que dans un projet visant à développer une vision pour l'Europe et une stratégie pour la mettre en œuvre.

La gestion stratégique de l'Europe aurait nécessité de faire des compromis nécessaires, qui auraient sans doute entraîné des risques politiques dans tous les Etats membres. Au lieu de cela, les dirigeants européens ont choisi de laisser la réalité des différentes crises faire le travail à leur place, en plaçant leur foi dans la force des choses. Mais cette approche, née de la lâcheté et de la ruse mal à propos, a eu également son prix: pour ses citoyens, une UE qui agit uniquement en mode de crise est l'image même de l'incompétence, une UE indigne de leur confiance, qui n'est plus la solution aux problèmes du vieux continent, mais simplement un nouveau problème.

Après près de six décennies d'intégration réussie, l'Europe est devenue une caractéristique forte de la vie quotidienne: une réalité politique, économique, institutionnelle et juridique. Mais toutes les manifestations de l'Europe dépendent de la vitalité de son idée sous-jacente, de son âme. Si cette idée meurt parmi les citoyens et les peuples européens, l'UE prendra fin, non pas dans une explosion, mais dans un long gémissement douloureux.

Le référendum du Brexit

Les choses ne peuvent pas continuer de la sorte. L'enjeu est trop important: il s'agit de l'avenir de notre continent, dans un monde en rapide évolution. Une politique de mesures timides ne suffit plus. Sans une vision renouvelée de l'Europe et une approche efficace pour faire face aux crises, de nouveaux (et d'anciens) nationalistes du continent vont continuer de se renforcer et de mettre en péril l'ensemble du projet d'intégration pacifique sur la base de l'Etat de droit

Le référendum du Brexit va donner le ton, à la fois pour le Royaume-Uni, mais également pour l'UE dans son ensemble. La décision sera suivie soit par des soupirs de soulagement (comme je l'espère), soit par un cataclysme qui frappera l'UE en son sein et apportera une catastrophe au Royaume-Uni. Toutefois, quoi que les Britanniques décident, les nombreuses crises de l'Europe doivent être résolues.

La crise financière est tout, sauf terminée: elle a seulement pris une nouvelle forme politique. Le Portugal, l'Espagne et l'Irlande ont montré que les majorités démocratiques ne sont plus disposées à supporter le traitement de la politique d'austérité, qui tue son patient en voulant le soigner. Et la crise grecque arrive à son point d'ébullition.

L'euro risque de ne pas survivre. Malgré les signes d'une reprise économique modérée dans la zone euro, l'écart entre l'Allemagne et la plupart des autres pays de la zone euro se creuse de plus en plus. Il n'y a plus de discours sur la convergence au sein de l'union monétaire, comme il n'y en a pas eu depuis longtemps.

Faire face aux crises, sans craindre les risques politiques

Et pourtant, il est clair que si l'euro échoue, l'ensemble du projet européen échouera avec lui. Les dirigeants européens savent que l'euro est tout sauf à l'épreuve de la crise, en dépit des améliorations techniques réalisées au cours de la crise précédente. À moins qu'un grand compromis renouvelé ne soit trouvé entre l'Allemagne et les autres pays de la zone euro, il ne sera jamais à l'abri des crises. Dans la pratique, cela signifie une réforme de la zone euro sur la base d'une plus grande intégration politique, ce qui de toute évidence n'est pas une mince affaire.

Cela vaut également pour la sécurité commune de l'UE, pour la protection des frontières extérieures et pour une réforme de la politique européenne des réfugiés. Là encore, un leadership politique efficace exige une vision renouvelée , pour une Europe unie du XXIe siècle: ce qu'elle peut et doit fournir, comment elle doit être constituée et ce dont les institutions et les pouvoirs ont besoin.

L'Europe n'a aucune raison d'avoir peur des crises. Elles mettent les choses en mouvement et donnent l'occasion à l'UE d'aller de l'avant et de se renforcer, à condition de faire face aux crises, sans craindre les risques politiques qui s'ensuivent.

Une fois que le Royaume-Uni se sera prononcé en juin, l'Europe devra donner sa réponse, avec courage, avec une vision et des solutions réelles. Le nationalisme n'est pas la réponse. Seuls de véritables Européens peuvent assurer un avenir pacifique et prospère pour l'Europe.

© Project Syndicate 1995–2016

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Le 4 mai 2016 à 14h28

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