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Pauvreté dans le monde: au-delà des chiffres

ASUNCIÓN – Qu’est-ce que la pauvreté ? Pendant des décennies, nous l’avons définie par un nombre, que la Banque mondiale situe à un niveau de revenu personnel actuellement inférieur à 1,90 $ par jour. Mais un simple chiffre ne peut saisir toute la complexité de la pauvreté. Il est essentiel de mesurer d’autres paramètres que le revenu pour connaître les besoins des populations démunies et leur offrir une assistance optimale.  

Le 13 avril 2016 à 12h14

La semaine prochaine, la Banque mondiale tiendra ses réunions du printemps à Washington, DC, ce qui nous permettra d’établir des points de repère qui englobent les dimensions sociales et environnementales de la pauvreté. La Banque mondiale a admis qu’il faudrait considérer d’autres paramètres que le revenu et a récemment créé la Commission sur la pauvreté mondiale, pour recommander des mesures supplémentaires.

Même si bon nombre de groupes publics et privés colligent déjà des données sur un éventail de problèmes affectant les collectivités démunies comme l’alimentation, la santé maternelle ou l’accès à l’éducation, de telles données demeurent, en grande partie, inexploitées et sont rarement échangées entre institutions. Mais il y a certaines lueurs d’espoir, notamment l’Indice de progrès social, qui donne un cadre de référence pour effectuer le suivi de multiples symptômes de pauvreté dans plusieurs pays, afin de compléter les mesures traditionnelles liées au revenu.

Considérer d’autres paramètres

Se baser sur un seul chiffre pour mesurer la pauvreté, c’est poser un mauvais diagnostic des besoins des gens sous le seuil de pauvreté. Dans mon pays, le Paraguay, je collabore avec l’une des plus importantes entreprises sociales du pays, Fundación Paraguaya, qui assure du microfinancement et donne des cours et des formations à des milliers de citoyens parmi les plus démunis. Nous étudions plus de 50 paramètres sur six vecteurs de pauvreté, y compris le revenu, le logement, l’éducation et les infrastructures.

L’une de nos clientes, Doña Mercedes, est aujourd’hui une micro-entrepreneure prospère, dans une collectivité rurale à proximité d’Asunción, la capitale du pays. À l’époque où elle s’est lancée avec la Fundación Paraguaya, elle partageait un logis d’une pièce avec 16 autres membres de la famille et préparait ses repas sur un petit foyer dans un plancher en terre battue. Aujourd’hui, son plancher est en ciment, sa maison est en brique, sa cuisine est dans une pièce séparée et elle a des économies personnelles de 500 $.

L’outil d’auto-évaluation sur la pauvreté de la Fundación Paraguaya lui a permis de mieux cerner ses besoins et de les combler un à la fois. Tandis que les démarches traditionnelles insistent en grande partie sur l’estimation des sources des dépenses et des revenus des ménages, l’auto-évaluation de Fundación Paraguaya a aidé Doña Mercedes à ventiler ses besoins en 50 domaines distincts, sur lesquels elle pouvait travailler, item par item et à les surveiller au fil du temps.

Par exemple, elle a évalué par elle-même l’état de sa salle de bain et de sa cuisine, la qualité de la nourriture préparée à la maison, l’état de santé dentaire de ses proches, le nombre de chambres dans la maison et même son estime de soi et ses capacités à prendre des décisions. Une simple carte de pauvreté l’aide à mesurer ses progrès par l’emploi des couleurs qu’on retrouve sur un feu de circulation, rouge, jaune et vert, afin de faire ressortir les domaines qu’elle doit améliorer en priorité. Elle planifie prochainement d’ajouter à son domicile deux chambres à coucher et de travailler à agrandir son commerce.

Des indices de pauvreté au contexte local

Fundación Paraguaya a été en mesure de reproduire ce genre de réussite dans d’autres régions du monde. En Tanzanie, où j’ai œuvré pendant trois ans dans des collectivités rurales, nous avons aidé des villages des hauts plateaux du sud à adapter nos indices de pauvreté au contexte local, afin de s’attaquer aux besoins en eau potable, en assainissement et en électrification. Des initiatives similaires sont en train d’être déployées en Afrique du Sud, au Nigeria, en Ouganda, en Chine et ailleurs.

Nous pourrions accomplir encore plus de progrès avec l’aide du secteur public. Fundación Paraguaya recueille des données enrichies sur plusieurs dimensions, suivant plus de 8.700 familles par an, uniquement au Paraguay. Si ces renseignements étaient transmis à l’État du Paraguay, qui a ses propres méthodes de collecte des données, nous pourrions cerner plus rapidement les poches de pauvreté et adapter des programmes d’aide à chaque famille. Puisque l’information est remplie sur une base volontaire, ce genre de collaboration pourrait offrir une aide ciblée et faire ressortir les services publics qui sont nécessaires.

De plus, si la Commission sur la pauvreté mondiale de la Banque mondiale adopte des mesures multidimensionnelles de pauvreté, d’autres organismes seront incités à produire et à échanger des données plus détaillées sur la pauvreté. Les travailleurs humanitaires auront ainsi accès à une carte plus complète de la pauvreté dans le monde, qui leur permettra d’amplifier l’efficacité des initiatives anti-pauvreté.

Il ne sera pas facile de choisir quelles mesures y inclure ou même comment établir des critères universels. Mais même l’adoption de seulement quelques critères de base ferai progresser les choses. Les mesures unidimensionnelles telles que le seuil de revenu quotidien de 1,90 $ ont établi pendant trop longtemps le mauvais diagnostic des problèmes des gens démunis et plus important encore, de leurs causes. Nous savons que l’indice de référence de 1,90 $ par jour ne tient pas compte de toutes les difficultés que les populations démunies éprouvent dans des endroits comme le Paraguay.

Heureusement, il semble que la Banque mondiale admet les limites de son indice de revenu. Pour que le bon type d’aide atteigne ceux qui en ont le plus besoin au bon moment et de manière efficace, les responsables du développement doivent adopter le type de données multidimensionnelles sur la pauvreté que les organismes humanitaires comme Fundación Paraguaya ont appris à recueillir.

Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier

© Project Syndicate 1995–2016

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Le 13 avril 2016 à 12h14

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