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Mondialisation, extrémisme et islamophobie en Europe

Les événements qu’a connus la France au mois de janvier interviennent dans un contexte très inquiétant marqué par la xénophobie et l’hostilité aux musulmans dans de nombreux pays européens et par la montée de la violence et de la thématique de «guerre intercivilisationnelle» transformant ainsi le débat intellectuel en question quasi existentielle.  

Le 19 février 2015 à 15h53

Il s'agit en fait de la corrélation entre islam et violence et sur la place des musulmans en France en particulier et en Europe en général. C’est un débat qui porte sur la cohérence de la société française, que l'on perçoit comme menacée par la bombe démographique musulmane.

Ces événements interviennent aussi dans un contexte de diabolisation des musulmans qui se répand de manière exponentielle dans tous les pays européens, et pas seulement ceux frappés de plein fouet par la crise économique. Cela monte en Suisse, en Norvège, en Suède, en Allemagne qui connait une irrésistible ascension de l’islamophobie avec le mouvement anti-islamique le PEGIDA.

En mai 2014, le Pew Center américain a publié une étude sur la manière dont les musulmans sont perçus dans différents pays d’Europe. Les chiffres montrent que  63% des Italiens ont une opinion défavorable des musulmans. La Grèce, avec 53 % d’opinions défavorables, se place en deuxième position, suivie par  la Pologne 50 %, l’Espagne 46 %, l’Allemagne 33 %, la France 27 %, et enfin la Grande Bratagne 26 %.

Ces populations perçoivent l’islam comme un projet politique totalitaire et non comme une religion et les jeunes musulmans comme des jihadistes en sommeil et comme des cellules dormantes qui sont toujours prêts à l'action.

En Europe, la couverture médiatique des dernières années n'a rien ménagé pour mettre à l'avant-scène la question de l’islamisme avec une fabrication médiatique de l'islamophobie qui connaît une courbe dangereusement élevée au fil de l'aggravation de la crise économique et sociale.

En France, des livres-scandale, blasphématoires dans lesquels on exprime le racisme le plus effréné et on appelle à déporter des musulmans, passent pour pure littérature. Alors pourquoi les verrous sautent? Ceci trouve son explication dans le processus historique.

L’Europe fait face à une crise d'adaptation fondamentale au nouvel état du monde. Pendant des siècles, les Européens étaient les maîtres du monde. Or, maintenant, ce n’est plus le cas. Ils ont la nostalgie de cette époque où les musulmans étaient enfermés dans les colonies, considérés comme sans culture et non civilisés et traités avec la chicotte.

Aujourd’hui, l’islam est très dynamique, avec un taux de transmission qui s’est considérablement accru dans les générations les plus jeunes, alors que le catholicisme traverse une crise profonde.

Autrefois, le système a été fait pour diaboliser le français de souche, qui avait tort face au maghrébin, car il fallait valider à tout prix l'immigration par le patronat, et toute réaction de résistance sociale ou culturelle était considérée comme un acte ignoble et raciste, aujourd’hui,  avec un chômage de masse qui s'intensifie avec les années, il est clair que l’immigré n’a plus sa place dans la société d'accueil, alors on l’utilise comme bouc émissaire pour expliquer la crise économique engendrée par la globalisation financière.

Aujourd'hui, le désarroi domine: l’Europe est ballottée dans les remous d'une mondialisation de plus en plus envahissante, les peuples européens ont perdu le contrôle de leur présent subissant la tyrannie économique du libéralisme.

Cette haine raciale et guerre interreligieuse intervient donc dans un contexte marqué par une crise sociale et économique profonde, conséquence de la dette et du racket bancaire. Un contexte marqué aussi par un apartheid territorial, social, ethnique, reléguant maghrébins et africains dans des zones périurbaines, et des ghettos, terreau fertile a l'éclosion de la violence et de la radicalisation.

C’est ce qu’Emile Durkheim appelait il y a plus d’un siècle une anomie, c’est-à-dire une situation dans laquelle les individus sont abandonnés et les groupes sont marginalisés, et dans laquelle les liens sociaux se sont rompus. Ce qui, au fond, est une défaite du politique dans ce qu’il a de plus noble : l’organisation du vivre ensemble.

La France n’est pas en mesure d’accepter le multiculturalisme ce qui se traduit par des actes sanglants qui sont aussi le résultat de l'échec de la France à assimiler deux générations d'immigrés venus de leurs anciennes colonies. La ghettoïsation dans les cités françaises, couplée au chômage des jeunes et au passé colonial constitue un cocktail explosif. C'est de l'essence jetée sur le feu. La «vérité, c'est qu'il y a une corrélation forte entre l'importance et la durée du chômage et la délinquance» affirmait Michel Rocard l'ancien Premier ministre français.

L’islamophobie n'est plus le fait de la seule extrême droite. Le conflit de civilisation se met aussi en place à gauche. Alors pourquoi cette volte-face ? La réponse se trouve dans le contexte proche-oriental, du côté du conflit israélo-palestinien où on assiste à un changement et un renversement des alliances avec l'émergence  du modèle du Hezbollah dans l'autorité palestinienne et du Hamas qui a été pourtant élu démocratiquement mais diabolisé par les pays occidentaux et mis au ban de la communauté internationale.

Ces événements sanglants prennent donc leur source dans la tourmente proche-orientale et sahélienne d’aujourd’hui ; celle qui voit des Etats fragilisés voire même périr tels que la Syrie, la Libye et l’Irak, et des frontières abolies. Les interventions occidentales en Afghanistan en Libye et en Irak dont les ambitions sont connues et qui ont été d'une grande sauvagerie ont abouti à l’émergence du djihadisme et de l’effondrement des sociétés civiles de la région. C’est ce que certains analystes qualifient de première guerre de la mondialisation.

L’Etat Islamique(Daech) n’est que la conséquence de la situation terrible faite aux populations en Irak, en Syrie, etc. Il serait ingénu d’imaginer un instant que l’Europe sera épargnée par le cocktail de guerres et de conflits qui met le monde arabo-musulman en fusion.

Bien sûr, ceux qui commettent des attentats contre des civils innocents expriment un point de vue sur le monde qui rejoint la thèse de ceux qui ont adopté la vision du monde énoncée par Samuel Huntington dans son ouvrage «Choc des civilisations» : «nous, nous sommes des démocrates civilisés, eux sont des barbares, violents,  criminels». C’est une sorte de partage du monde : le monde musulmand’un côté, une Europe purifiée de l’autre.

Ces deux logiques, en opposition illusoire, sont en réalité du même genre. Ce sont des logiques d’apartheid et de combat. Des logiques adoptées aussi par les adeptes de la « théorie du grand remplacement » qui ne cessent de réclamer la déportation de tous ceux qui ne sont pas des français de souche et pour qui les événements tragiques survenus à Paris représentent une véritable aubaine pour affirmer leur théorie, surtout que les esprits et les pensées sont depuis quelque temps captivés par cette idée d’une confrontation imminente entre islam et occident.

Il y a un vrai risque que l’Europe, sous couvert de guerre contre le terrorisme, s’engage dans une guerre de  civilisations». Mais ces guerres alimentent toujours de nouvelles guerres plus cruelles, plus violentes, et plus meurtrières. L’esprit de guerre est un piège. C’est une spirale qui conduit chaque jour davantage vers une guerre hors de tout contrôle.

Certes, l'extrémisme islamique existe, comme il existe un extrémisme juif dans les territoires occupés, et extrémisme dans les églises protestantes évangéliques. L’extrémisme dans toutes ses formes (extrémisme, sionisme, racisme, antisémitisme, impérialisme, etc.) est à rejeter rigoureusement car il annihile la dignité humaine. Il n'y a de place en vérité que pour l'examen de conscience auquel chacun doit se livrer.  L’Europe en général et la France en particulier entrent désormais dans le temps du débat.

Nous ne pouvons pas terminer cet article sans citer le célèbre dramaturge et critique irlandais, George Bernard Shaw, prix Nobel de littérature 1925 qui écrivait : « Je voulais mieux connaître la vie de celui qui, aujourd'hui détient indiscutablement les cœurs de millions d'êtres humains; je suis, désormais, plus que jamais convaincu que ce n'était pas l'épée qui créait une place pour l'Islam dans le cœur de ceux qui cherchaient une direction à leur vie. C'était cette grande humilité, cet altruisme du Prophète, l'égard scrupuleux envers ses engagements, sa dévotion intense à ses amis et adeptes, son intrépidité, son courage, sa confiance absolue en Dieu et en sa propre mission. Ces faits, et non l'épée, lui amenèrent tant de succès et lui permirent de surmonter les problèmes ».

Alphonse de Lamartine (1854) écrivait dans « Vie de Mahomet » :« Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l'immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l'homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l'histoire moderne à Mahomet? Les plus fameux n'ont remué que des armes, des lois, des empires; ils n'ont fondé, quand ils ont fondé quelque chose, que des puissances matérielles, écroulées souvent avant eux».


 

 

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Le 19 février 2015 à 15h53

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