Abdallah-Najib Refaïf
Journaliste culturel, chroniqueur et auteur.Livres à S.I.E.L ouvert
Dans cette chronique, Abdallah-Najib Refaïf revient sur l'historique du Salon international de l’édition et du livre et son rôle dans l’évolution et dans la création des premiers maillons de la "chaîne du livre".
Un jour, il y a quelque temps de cela, un ami grand lecteur, rencontré par hasard alors qu’il sortait d’une des rares librairies de la ville me dit en ironisant sur un ton agacé : "Ceux qui devraient écrire lisent, et ceux qui ne lisent pas se croient obligés d’écrire." J’ai cru comprendre, connaissant son exigence en matière de livres et de lecture, qu’il se plaignait du nombre d’auteurs sans talents, selon lui, et d’ouvrages publiés sans qualité littéraire, toujours d’après lui. Pourtant, en ce temps là il s’en publiait si peu et les auteurs locaux se comptaient sur les doigts des deux mains. Quant aux maisons d’édition publiant de la littérature générale, il n’y en avait point, si l’on excepte celles qui imprimaient les livres scolaires et autres ouvrages démago-pédagogiques. N’ayant aucunement envie d’ouvrir en pleine rue un débat contradictoire sur la rareté des auteurs, l’absence des éditeurs, la difficulté de se faire éditer, ni de lui opposer mon désaccord à propos de son jugement sévère sur la qualité de certains ouvrages publiés à l’époque, je l’ai laissé pester et maugréer contre tout et rien. Sachant qu’il avait lui-même toujours caressé secrètement l’espoir d’écrire ou de publier quelques écrits cachés, j’ai mis ses griefs sur le compte du dépit ou de la jalousie.
Que n’aurait-il pas pesté aujourd’hui alors que la situation de l’édition dans le pays a connu une amélioration notable et que les livres édités et les d’auteurs publiés se sont multipliés ? Il faudrait être d’une grande mauvaise foi ou frappé d’amnésie pour ne pas reconnaitre cette évolution dans le secteur de l’édition. L’évolution est d’autant plus appréciable que l’on est parti de rien ou de pas grand-chose. Aujourd’hui, seul un espace comme le salon du livre en donne la mesure en chiffres et en lettres. Mais tout d’abord, faisons un petit rappel historique pour les oublieux et ceux qui font semblant d’avoir oublié.
Le salon International de l’Edition et du Livre a été lancé à la fin des années 80 en plein marasme politique, socio-économique et culturel, sur une idée suggérée par un petit comité d’amoureux des livres à Mohamed Benaissa, ministre des Affaires culturelles, comme on désignait à l’époque ce département. L’heureux hasard de son acronyme, S.I.E.L, a été considéré comme un bon signe ou une bénédiction des cieux. Ce fut le cas, car on peut dire que le S.I.E.L a joué un rôle non négligeable dans l’évolution ou du moins dans la création des premiers maillons de ce qu’on appelle la chaîne du livre. Les éditions se succédant, le salon a connu des moments difficiles, de faux aménagements (comme la décision de le faire alterner avec un salon de livres maghrébin, quand l’idée du Maghreb uni était dans l’air du temps avant de prendre, si l’on ose dire, du plomb dans l’aile). Bref, le S.I.E.L dépendait aussi parfois de la personnalité du ministre de la Culture, de sa couleur politique, voire même de sa culture et des rapports qu’il entretenait avec les livres. Rien d’étonnant, car cela est toujours le cas partout dans le mode tant il a été prouvé que le problème n’est pas le ministre de la Culture, mais la culture du ministre. Toujours est-il que malgré les aléas de la vie politique et sociale et en dépit des changements intempestifs du calendrier de sa tenue, le Salon a continué depuis près de 30 ans de donner à voir et à lire de nombreux ouvrages édités au Maroc et parfois soutenus par le ministère. La qualité de l’impression, du papier et des maquettes n’a souvent rien à envier à ce qui se fait ailleurs en Europe. Quant à la qualité et à la teneur des ouvrages publiés, notre ami bougon et dépité, cité au début de cette chronique, n’y trouverait surement rien à redire aujourd’hui. Les thèmes, les domaines et les genres sont variés, le ton, l’expression ou l’analyse sont plus libérés et moins frileux ; des pans sombres ou occultés de l’histoire du pays sont appréhendés, interrogés ou revisités. Bref, le récit national s’écrit peu à peu sous d’autres éclairages plus contrastés et moins verticaux ou officiels.
Tout cela est révélé sous le grand chapiteau du S.I.E.L lorsqu’on se promène dans les stands des dizaines d’éditeurs nationaux ou dans les allées du salon dont la 28e édition se tient à Rabat entre le 1er et le 11 juin de cette année. Seuls quelques esprits chagrins ou certains professionnels aigris de la critique permanente et de la détestation recuite peuvent nier ou faire peu de cas des efforts qui ont été fournis et des étapes franchies au cours de ces dernières années. Certes, il reste encore des carences à combler, des maillons manquants dans la chaîne du livre à retrouver : la diffusion, la rareté des librairies, une stratégie politique de l’édition bien articulée qui passe en premier lieu par la définition et le soutien de l’entreprise culturelle en tant qu’entité spécifique et d’utilité publique… Mais tout cela n’empêche pas de célébrer la disponibilité de livres, à S.I.E.L ouvert en grand nombre, incarnée par la présence d’auteurs de différentes générations et, il faut s’en féliciter, de plus en plus d’autrices, d’éditrices et bien sûr de lectrices.
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