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L'Europe s'est égarée

La réponse de l'Europe aux défis stratégiques auxquels elle est confrontée donne l'impression que ses dirigeants n'ont absolument aucune idée de ce qu'ils doivent faire.

Le 25 novembre 2015 à 13h09

Et en effet, ils n'en ont peut-être aucune idée: il faut l'admettre comme une réalité, plutôt que tenter de le cacher.

Autrement dit, l'économie stagnante de l'Union européenne conditionne sa réponse aux pressions externes auxquelles elle est confrontée: une crise interne a laissé une faible marge de manœuvre aux dirigeants européens. Heureusement, l'Europe a les moyens de résoudre cette crise si elle parvient à mobilier la sagesse et la volonté politique.

L'origine des problèmes de l'UE se situe dans sa réponse à la crise financière mondiale de 2008: deux ans de relance budgétaire à grande échelle. Bien que cette mesure n'ait pas arrangé grand-chose pour la croissance, cela a abouti à une dette publique paralysante. Sept ans plus tard, le rendement par personne de l'UE n'est pas supérieur à ce qu'il était au début de la crise. Pendant ce temps, la dette publique moyenne a atteint 87% du PIB, ce qui laisse peu de place à la flexibilité ou à l'innovation politique.

La reprise tarde à venir

Rétrospectivement, il est bien facile de dire ce qu'il aurait fallu faire. La Grèce, qui a effectué la plus grande relance budgétaire, est le pays dont l'économie a subi le plus de dégâts. Sa dépression continue, alors que des pays comme la Lettonie, la Lituanie et l'Estonie, qui ont entrepris des ajustements budgétaires précoces et radicaux et ont libéralisé leurs économies, sont en forte croissance.

En outre, la lenteur de la prise de décision européenne a aggravé les difficultés de la Grèce. Dans le domaine de la politique économique, une mauvaise décision rapide est souvent préférable à l'inaction. Au lieu de résoudre rapidement la crise financière grecque, les dirigeants européens lui ont permis d'envahir le débat sur d'autres questions durant cinq longues années. Durant cette période, la Grèce est restée à la traîne, sans jamais prendre les mesures décisives qui auraient pu restaurer la confiance.

Son attention concentrée sur la macroéconomie, l'UE a négligé de prendre les mesures qui auraient mis la croissance économique sur la bonne voie: libéraliser les marchés, réduire les dépenses (plutôt qu'augmenter les impôts), et surtout développer davantage son plus grand atout, le marché unique européen.

Peu de choses ont changé depuis que les économistes italiens Alberto Alesina et Francesco Giavazzi ont fait remarquer il y a près d'une décennie, que "Sans réformes sérieuses, profondes et globales, l'Europe va inexorablement décliner, à la fois économiquement et politiquement". Ils ont prévenu que "Sans un changement profond, dans 20 ou 30 ans, la part de l'Europe [dans la production mondiale] sera nettement inférieure à ce qu'elle est aujourd'hui et peut-être plus important encore, son influence politique sera bien plus réduite".

En effet, un rapport de la Banque mondiale sur la croissance européenne en 2012 résume la situation en ces termes: "Des Européens vieillissants sont coincés entre des Américains innovants et des Asiatiques efficaces."

Taxer et réglementer encore et encore

Les principaux coupables de la sous-performance de l'Europe sont bien connus: des impôts élevés, des réglementations trop nombreuses et mauvaises, l'absence de marchés stratégiques et des dépenses publiques élevées. Et il n'y a qu'une seule raison pour laquelle les gouvernements européens dépensent tant d'argent: à cause d'une protection sociale excessive. Comme l'a fait remarquer la Banque mondiale: "Les gouvernements d'Europe de l'Ouest dépensent environ 10% du PIB de plus que les États-Unis, le Canada et le Japon. La différence dans les dépenses de protection sociale est de 9% du PIB."

Pour financer ces dépenses, il faut augmenter les recettes. Et parce qu'il est difficile de taxer efficacement le capital, l'Europe a imposé des prélèvements exorbitants sur le travail. Sur l'ensemble du continent, mais surtout en Europe méridionale, les taxes et les réglementations strictes du marché du travail maintiennent un taux de chômage élevé à 11% de la population active et dissuadent les Européens d'investir dans leur éducation. Les conséquences normales sont trop peu d'emplois, trop peu d'investissements dans l'éducation sophistiquée, trop peu d'innovation et des augmentations minimes de la productivité.

Le plus frappant est le retard européen dans le développement de la haute technologie et de l'innovation. À tous les égards, la plus grande partie de l'Europe paraît pitoyable. Sur les 50 meilleures universités dans le monde, selon la liste de Shanghai et la liste du Supplément du Times sur l'enseignement supérieur, environ 30 sont américaines, six ou sept sont britanniques et seulement une poignée se trouvent en Europe continentale. Une demi-douzaine de pays d'Europe du Nord peuvent rivaliser avec les États-Unis dans le domaine de la recherche, des dépenses de développement et des brevets délivrés, mais le Sud et l'Est de l'Europe restent loin derrière.

En outre, l'UE n'a pas encore ouvert ses marchés aux services aux entreprises ni au commerce numérique, grâce auxquels l'économie américaine se développe, même si les services représentent environ 70% du PIB dans la plupart des pays de l'UE. En 2006, la Commission européenne a publié une directive sur la libéralisation du commerce des services, mais les grands pays (notamment l'Allemagne), ont refusé de la mettre en œuvre. L'absence des services et des marchés numériques nuit au développement d'une économie moderne en Europe. Ce n'est pas par hasard si des géants américains comme Apple, Amazon et Google dominent le monde du high-tech.

Un besoin urgent de réformer

Il n'y a rien d'inévitable dans le malaise de l'Europe, tout comme il n'y a rien de typiquement européen dans le fait d'avoir des transferts sociaux excessifs. Les gouvernements européens sérieux, l'Irlande et la Pologne en particulier, ont traité ce problème avec succès. Le reste de l'UE doit non seulement suivre le mouvement, mais il doit également réduire les impôts sur les revenus et les déductions salariales et libéraliser leur marché du travail.

Des réformes économiques fondamentales sont généralement mises en œuvre seulement après une crise grave, comme ce fut le cas en Grande-Bretagne dans les années 1970, en Suède et en Finlande dans les années 1990 et en Europe de l'Est après la chute du communisme en 1989. L'UE a gâché les opportunités offertes par la crise financière mondiale de 2008 et la crise de l'euro qui l'a suivie. Plutôt que de procéder aux changements pénibles qui auraient permis une forte reprise, les responsables politiques européens ont pesé sur l'économie par davantage de dépenses et de dettes.

L'UE va continuer à patauger jusqu'à ce qu'elle reconnaisse ses erreurs et qu'elle commence à effectuer les réformes dont son économie a besoin. Ce n'est qu'en remettant fermement le continent sur le chemin de la croissance que les dirigeants européens seront en mesure de relever les défis externes auxquels ils sont confrontés actuellement.

Par Rédaction Medias24
Le 25 novembre 2015 à 13h09

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