img_pub
Rubriques

Les pays du Golfe doivent s'engager dans la diversification économique

BEYROUTH – En juin 2014, le baril de brent (principale référence sur le marché du pétrole) valait 115 dollars. Aujourd'hui, seulement deux ans plus tard, il se négocie à 45 dollars, voire moins. Il n'est pas surprenant que cet effondrement ait été un choc brutal pour l'Arabie saoudite et les monarchies pétrolières du Golfe, dont le pétrole représente quelque 85% des revenus. Elles doivent réaliser que contrairement aux baisses précédentes, celle-ci n'est pas transitoire.  

Le 27 avril 2016 à 13h19

Cette nouvelle normalité reflète de nouvelles réalités:

- La croissance de l'économie chinoise - et par conséquent ses besoins en pétrole - ne peut que diminuer.

- Le rendement de l'énergie va augmenter, notamment en raison des engagements pris en décembre lors de la conférence de Paris sur le réchauffement climatique.

- Des innovations révolutionnaires rendent le gaz naturel et le gaz de schiste beaucoup plus compétitifs, de même que les sources d'énergie renouvelables.

- Avec le retour de l'Iran, de la Libye et de l'Irak parmi les grands exportateurs de pétrole, la baisse du prix de l'or noir est inévitable et elle est appelée à durer.

L'Arabie saoudite et les autres pays du Golfe doivent profiter de l'occasion pour entreprendre enfin des réformes économiques de grande ampleur. Ils devraient adopter un nouveau modèle de développement, qui les libère de leur dépendance à l'égard des hydrocarbures. Les réserves budgétaires constituées dans le passé grâce aux revenus du pétrole peuvent donner un bref répit aux six pays du Conseil de coopération des Etats du Golfe (CCG). Mais ils devraient utiliser cette période pour accomplir les réformes structurelles indispensables, destinées à leur garantir une croissance durable, la stabilité macroéconomique et une exploitation raisonnée et équitable de leurs réserves de pétrole et de gaz.

Le caractère urgent des réformes

Autrement dit, ils doivent diversifier leur économie, ce qui passe par la réduction de la taille de l'Etat et la suppression des obstacles qui freinent le secteur privé. Une réforme radicale du système de kafala (un mode de surveillance et de contrôle des travailleurs immigrés), supprimerait un obstacle majeur à la mobilité de la main d'œuvre. Les pays du Golfe devraient également établir un cadre juridique réglementaire applicable aux privatisations et aux partenariats public-privé. Malheureusement, jusqu'à présent, seuls le Koweït et Dubaï autorisent désormais ce type de partenariat et seule Arabie saoudite envisage de privatiser des aéroports (Jeddah et Dammam).

La privatisation et l'instauration d'un partenariat public-privé dans le domaine des infrastructures, de l'énergie, de l'éducation, du transport et de la logistique pourrait attirer massivement les investissements, tant d'origine locale qu'étrangère. Il en serait de même avec une législation autorisant les étrangers à être propriétaires à 100% d'une entreprise et garantissant leur droit de propriété - ce qui aurait pour avantage supplémentaire d'encourager les expatriés à économiser et à investir localement. Les zones franches de Dubaï sont la preuve que le succès vient avec la libéralisation et l'autorisation donnée aux étrangers d'être propriétaires ou de diriger une entreprise.

Les pays du CCG devraient accorder un caractère d'urgence aux réformes budgétaires. Les dépenses publiques et subventions inutiles représentent 8% de leur PIB hors revenus pétroliers et 5% de leur PIB revenus pétroliers inclus. Les subventions en matière d'énergie (si courantes dans leurs économies) introduisent une distorsion dans la production et dans la consommation. Elles s'opposent à toute tentative de diversification économique de la part de l'Etat et augmentent leur vulnérabilité à la volatilité mondiale du prix de l'énergie. Supprimer ces subventions stimulerait les investissements destinés à accroître l'efficacité énergétique et à augmenter la part de l'énergie solaire - et aurait des effets bénéfiques substantiels en termes d'environnement et de santé publique.

De la même manière, pour parvenir à fixer un prix adapté et équitable pour les services publics - notamment l'eau, l'électricité et le transport - ils devront créer une ligne budgétaire en faveur de la création d'emploi, grâce à des projets liant éducation et emploi. Plutôt que d'exclure le secteur privé du budget public, ils pourraient au contraire l'inclure dans des projets de développement.

Les Etats du Golfe devraient aussi diversifier à tout prix leurs sources de revenus. Le régime fiscal le plus répandu parmi eux n'est pas adapté à cet objectif. Il ne permet guère à l'Etat d'influer sur le secteur privé et il exclut les mesures budgétaires anti-cycliques. Entre 2012 et 2014, leurs rentrées fiscales hors secteur pétrolier ne représentaient que 1,6% de leur PIB.

Dans cet objectif, ils se préparent à réformer la fiscalité début 2018, en introduisant l'impôt sur les sociétés, une taxe foncière, des taxes sur l'essence, le tabac et l'alcool et une TVA, au taux de 5%, qui ne rapporterait que de 1,5 à 2% du PIB.

Pourquoi ne pas aller plus loin? Une taxe sur le carbone de 0,52 dollar par litre rapporterait plus de 50 milliards de dollars par an à l'Arabie saoudite, ce qui réduirait substantiellement son déficit budgétaire, évalué à 90 milliards de dollars pour cette année.

Une indépendance monétaire

Les pays du CCG devraient émettre des titres de dette et des sukuks (produits obligataires qui respectent les règles de la finance islamique) pour financer le déficit budgétaire, des projets de développement et des investissements. Leur dette publique n'étant pas très importante, ils peuvent se permettre un léger déficit budgétaire. Le développement de leurs marchés financiers permettrait au secteur privé de puiser dans les fonds abondants investis à l'extérieur du Golfe par le CCG.

Enfin, il faudrait que le CCG favorise l'indépendance monétaire et une plus grande flexibilité du taux de change. Généralement, les pays du CCG adoptent une politique expansionniste durant les périodes fastes et serrent la ceinture lors des ralentissements. Lier leurs devises au dollar a aggravé ce caractère pro-cyclique. Cela donne de la crédibilité à leurs devises, mais empêche une véritable dépréciation et masque le profond changement structurel de leurs liens économiques et financiers depuis 30 ans - leur prise de distance par rapport aux USA et à l'Europe et leur rapprochement avec la Chine et l'Asie.

Ils devraient plutôt "accrocher" leurs devises à un panier de monnaies incluant le dollar, l'euro, le yen et le yuan. Si ce panier incluait aussi le pétrole, leurs devises pourraient suivre le cours du brent, à la hausse comme à la baisse.

En conclusion, la diversification économique - prêchée de longue date, mais guère mise en œuvre - est maintenant une nécessité pour les Etats pétroliers du Golfe. La nécessité est la mère de l'invention. Le CCG devrait s'en convaincre.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

© Project Syndicate 1995–2016


 

Par
Le 27 avril 2016 à 13h19

à lire aussi

Trains RER: L'ONCF s'associe à la Corée du Sud pour structurer son futur réseau
Quoi de neuf

Article : Trains RER: L'ONCF s'associe à la Corée du Sud pour structurer son futur réseau

Dans l'optique de fluidifier le transport au sein des grandes métropoles régionales d'ici 2030, l'ONCF confie la réalisation et le suivi technique de son futur réseau RER à l'industrie ferroviaire sud-coréenne. Hyundai Rotem assurera l'entretien sur deux décennies tandis que KORAIL encadrera le contrôle qualité de la production et le transfert de compétences vers les équipes marocaines.

Sortie de l'acier, tensions géopolitiques, Mondial 2030... La stratégie d'Aluminium du Maroc expliquée par Abdeslam El Alami
Actus

Article : Sortie de l'acier, tensions géopolitiques, Mondial 2030... La stratégie d'Aluminium du Maroc expliquée par Abdeslam El Alami

Le groupe industriel installé à Tanger a validé la sortie de son activité acier lors de son conseil d'administration du 12 mai dernier. Son PDG, Abdeslam El Alami, invité du 12/13 de Médias24, explique les raisons de cette décision, revient sur l'impact de la guerre au Moyen-Orient sur ses approvisionnements en billettes d'aluminium, et anticipe la demande du secteur à l'horizon 2030.

Épisode 5. Une nation en mission : quand le football rassemble diplomates, institutions et citoyens dans une même aventure
Contributions

Article : Épisode 5. Une nation en mission : quand le football rassemble diplomates, institutions et citoyens dans une même aventure

Les épisodes précédents ont montré comment plusieurs centaines de Marocains ont traversé la planète pour soutenir les Lionceaux de l’Atlas lors de la finale de la Coupe du monde U20 au Chili et comment les joueurs eux-mêmes considéraient ce public comme un acteur de leur réussite. Derrière les joueurs et les supporters se trouvait un ensemble beaucoup plus vaste d’acteurs qui avaient le sentiment de participer à la même mission. Des employés de la Royal Air Maroc aux équipages des avions, des diplomates aux responsables institutionnels, chacun semblait mobilisé autour d’un objectif commun.

Grâce au programme “Nasmaa”, 56 patients opérés pour retrouver le chemin de l'audition
Santé

Article : Grâce au programme “Nasmaa”, 56 patients opérés pour retrouver le chemin de l'audition

Ils viennent du Maroc, de Palestine ou de plusieurs pays africains. Pour certains, le son n'a jamais fait partie de leur quotidien. Grâce à une nouvelle campagne du programme Nasmaa menée sous l'égide de la Fondation Lalla Asmaa, 56 enfants et jeunes adultes ont franchi une étape décisive vers l'audition.

L'embellie historique des barrages masque encore la fragilité des nappes
Eau

Article : L'embellie historique des barrages masque encore la fragilité des nappes

Avec 12,6 milliards de mètres cubes stockés au 19 juin 2026, soit un taux de remplissage de 74,43 %, les barrages marocains renouent avec des niveaux inégalés depuis août 2015. Une embellie portée par le bassin de l'Oum Errabiâ, mais qui ne doit pas masquer la vulnérabilité des nappes phréatiques, loin de leurs niveaux d'avant la sécheresse.

Maroc Ecosse. Steve Clarke: “Le Maroc ira loin, mais on leur a rendu la vie difficile”
Mondial2026

Article : Maroc Ecosse. Steve Clarke: “Le Maroc ira loin, mais on leur a rendu la vie difficile”

C'est Ouahbi qui le raconte: à la fin du match, il a salué le coach écossais à qui il a dit qu'il avait une bonne équipe qui aura un bon parcours. En conférence de presse après-match, le sélectionneur écossais a estimé que le Maroc irait loin et qu'il pouvait atteindre le dernier carré.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité