Ahmed Faouzi

Ancien ambassadeur. Chercheur en relations internationales.

L’Association des Nations du sud-est asiatique, un marché à conquérir

Le 31 août 2021 à 13h23

Modifié 1 septembre 2021 à 16h47

Ahmed Faouzi, ancien ambassadeur et chercheur en relations internationales, estime que le Maroc peut largement miser sur la région du sud-est pacifique en tant que partenaire commercial, à condition de mettre au diapason certains dispositifs.

Dix ans après l’institution de la Communauté économique européenne à Rome en 1957, les pays du sud-est asiatique instaurent, à leur tour, l’Association des Nations du sud-est asiatique, dénommée Asean, en 1967 en Thaïlande, à Bangkok. Ils y eut au départ cinq pays fondateurs : la Thaïlande, l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines et Singapour. Cinq autres se sont ajoutés par la suite : Brunei, le Viêtnam, le Myanmar, le Laos et le Cambodge.

Ce marché de 650 millions de consommateurs est devenu la troisième économie de la région derrière la Chine et le Japon, et bien avant l’Inde. La préoccupation initiale était d’ordre politique, le but étant de se constituer comme rempart contre le danger communiste. Au niveau économique, les ambitions initiales des chefs d’Etat étaient fort modestes. Deux objectifs statuaires sont assignés à cet ensemble : promouvoir le développement de la coopération culturelle et socio-économique, et renforcer la paix et la stabilité.

A l’origine, il n’était pas question chez les pères fondateurs de s’engager sur la voie de l’intégration économique. Le projet, comme le proclamait la déclaration de Bangkok, avait pour objectif de favoriser la croissance économique, le progrès social, le développement culturel et la promotion de la paix et de la stabilité régionales.

Des compromis plus que des lois contraignantes

Au fil des années, le projet d’un marché unique s’est précisé avec la croissance et le dynamisme économiques enregistrés dans les pays membres, aboutissant à la mise en place d’une communauté économique devenue une réalité depuis 2016. L’Asean constitue désormais une zone de production attrayante compte tenu de la sécurité et de la paix qui y règnent, et du coût de la main d’œuvre, mais aussi en raison des complémentarités qui existent entre les différentes économies.

L’exemple de réussite de cet ensemble est devenu un cas d’école et une leçon pour les autres pays en développement. Les pays de l’Asean ont poursuivi des objectifs nationaux de développement d’abord, avant toute intégration. La coopération régionale initiée passait toujours à travers des compromis, et non par des lois contraignantes.

C’est cette démarche singulière qui caractérise l’évolution du marché Asean. Elle mêle les acteurs étatiques et non étatiques, une logique institutionnelle adossée à une dynamique du marché. Le libéralisme instauré est insufflé par un capitalisme d’Etat, qui renforce à son tour le secteur privé. Ce n’est qu’à partir du sommet de Bali en 1976 que des programmes concrets de coopération économique interrégionale ont été lancés.

Une répartition des investissements en faveur du développement de réseaux régionaux de production

Le premier effort notable de coopération économique à l’échelle régionale a été l’adoption d’un accord tarifaire préférentiel (PTA). Il se révéla, quelques années après, insuffisant pour stimuler le commerce interrégional. La libération tarifaire n’a touché qu’un pourcentage étroit des échanges réels. En 1992, c’est le lancement de la zone de libre-échange Asean Free Trade Area (AFTA).

Suite à ce constat, les pays de l’Asean lancent des projets pilotés par les États pour tirer profit d’éventuelles économies d’échelles et de complémentarité. Un dispositif dit Band to band complimentation (BBC) incite les entreprises privées à exploiter les complémentarités entre les membres. Il autorise la réduction tarifaire de 50% sur les composantes produites localement, à condition qu’au moins deux pays y soient impliqués.

Cette politique va se révéler favorable au développement de réseaux régionaux de production. Un produit peut être fabriqué à titre d’exemple à Singapour, testé en Malaisie et assemblé en Thaïlande. C’est le cas du constructeur japonais Toyota qui a réparti ses investissements sur quatre pays de la région, chacun se spécialisant sur un segment.

Cette politique ambitieuse pousse les pays de l’Asean à passer de l’industrialisation de substitution aux importations, à une stratégie de promotion des exportations. L’évolution du contexte économique internationale, notamment les négociations multilatérales de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), a aidé ce regroupement à rendre tout l’espace Asean très compétitif, et à s’affirmer face aux autres marchés, notamment le Forum économique de l’Asie Pacifique (APEC).

La prise de conscience de leur force d’une part, et la concurrence extérieure, à commencer par celle de la Chine, d’autre part, a fini de convaincre les pays de l’Asean de la nécessité d’agir en commun pour améliorer leur attractivité afin d’attirer plus d’investissements étrangers. L’établissement de la Communauté économique de l’Asean (CEA) en 2016, marché unique pour la production et la circulation des biens, des services, du capital et des travailleurs qualifiés, a été l’objectif ultime de cet ensemble.

Cette avancée visait à renforcer les économies nationales dans un contexte de concurrence vive. Il s’agissait aussi de passer d’une logique étatique, imposée par le haut, à une dynamique intégrant les intérêts et aspirations du secteur privé. Cette intégration régionale s’est avéré aussi le moyen de renforcer la capacité de chaque pays face aux défis de la mondialisation.

Les quatre objectifs assignés au marché de l’Asean sont les suivants : 1. être un marché et une base de production unie ; 2. instaurer une région compétitive ; 3. mettre en place un développement équitable ; 4. intégrer la région à l’économie mondiale. Tous ces objectifs font l’objet d’une surveillance étroite à travers une série d’indicateurs appelée Asean scorecard. Pour les pays qui ne parviennent pas à suivre le rythme des réformes, des mesures sont prévues pour réduire les écarts au sein de la zone.

Un marché à saisir pour le Maroc

En pacifiant les relations entre eux – tous les contentieux territoriaux sont réglés à l’amiable, ou soumis à des juridictions internationales – et en accroissant l’attractivité de la région, les pays de l’Asean ont incontestablement contribué à la réussite de chacun d’entre eux, et facilité, par la même, leur insertion dans les chaînes de valeur mondiales. Les pays du grand Maghreb, comme les pays arabes ou africains, ont là un exemple de réussite qui doit les interpeler pour qu’ils prennent conscience que c’est dans l’unité et la prospérité économique partagée, qu’on est le plus fort.

Concernant le commerce avec cette région, le Maroc peut facilement y placer plusieurs de ses produits, à commencer par ses agrumes, à la seule condition de résoudre l’équation du prix de transport. D’autres produits alimentaires peuvent trouver preneurs, comme l’huile d’olive, ou doivent répondre aux goûts des locaux qui sont bien différents des nôtres. Par ailleurs, certains pays de l’Asean, disposant d’importants fonds et d’une certaine expertise comme la Singapour, la Malaisie ou l’Indonésie, sont peu présents en Afrique. C’est à ce niveau là que notre intervention peut être capitale et utile.

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