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Samir Bennis

Conseiller politique à Washington D.C., rédacteur en chef de Morocco World News.

La rebuffade du polisario par le Kenya révèle le leadership croissant du Maroc en Afrique

Le 30 septembre 2022 à 9h41

Modifié 30 septembre 2022 à 9h41

Le Maroc dispose de riches ressources en phosphate qui lui permettent d'accroître son influence géopolitique et son importance vitale pour la sécurité alimentaire en Afrique et au-delà.

Alors que peu de choses semblaient faire l'unanimité entre le nouveau président du Kenya et son rival lors des dernières élections controversées de ce pays de l’Afrique orientale, la nécessité de renforcer les relations avec le Maroc semblait être une évidence à Nairobi.

Quelques jours à peine après la confirmation de William Ruto comme président élu du Kenya, son principal opposant -- Raila Odinga -- va monter au créneau pour dénoncer la manière dont ce dernier a annoncé sur Twitter son intention de rompre les liens entre Nairobi et la pseudo République (RASD) autoproclamée par le Front Polisario.

Ruto a semblé reconnaître les critiques d'Odinga sur son choix de média, ce qui semble l’avoir incité à supprimer le tweet. Et comme il fallait s’y attendre, certains commentateurs ont été prompts à prétendre que cette « volte-face » procédurale du nouveau président était un signe que la présidence de Nairobi, vieille d'une semaine, n'était pas entièrement favorable au changement de la politique étrangère.

Pourtant, si certaines voix habituelles ont voulu voir dans cet énième bras de fer entre les deux principaux hommes politiques kenyans la confirmation d’une certaine divergence idéologique au sein de la classe politique kényane sur l'épineuse question du Sahara, Odinga s'est empressé de souligner que, cette fois-ci, son principal grief contre Ruto était non pas le contenu du message de celui-ci, mais la manière dont il l’a annoncé.

Pour quiconque a suivi la controverse qui a marqué les dernières élections du Kenya, y compris surtout le fait qu’Odinga et ses partisans s’en étaient pris à ce qu’ils ont dit être une élection truquée, il était plus que surprenant de voir ces deux rivaux acharnés s'accorder publiquement sur les mérites de la décision de Ruto de mettre un terme aux liens entre Nairobi et le front séparatiste en vue de tisser de profondes relations diplomatiques avec Rabat.

Il semble qu'au cours de son premier mois de travail, Ruto ait simplement abusé des procédures constitutionnelles kényanes relatives aux mesures de politique étrangère, qui nécessitent l’approbation parlementaire. Autrement dit, le Kenya est un État démocratique d'institutions dans lequel les décisions d’une telle ampleur ne sont pas prises sur les réseaux sociaux.

En dépit d'une certaine désinformation dans la presse kényane, spéculant sur un retrait du Kenya de sa nouvelle position, les récentes évolutions indiquent clairement que, bien que Nairobi n’ait pas officiellement rompu ses relations avec la république fantoche créée pour faire le jeu de l’Algérie, les nouvelles autorités kenyanes ont fait le premier pas dans cette direction.

La probabilité que le Kenya change sa reconnaissance du Polisario a été encore renforcée par une déclaration publiée par les dirigeants de la milice séparatiste le jour même de l'annonce de Ruto. Tout aussi frappant était le fait qu’Odinga ait clarifié sa critique de l’annonce du nouveau président en insistant qu'il n'avait jamais mentionné le Polisario, et qu'au contraire il était bien conscient des « relations importantes et bénéfiques entre le Kenya et le Maroc ». Tout ceci suggère l'émergence d’un consensus à Nairobi : la nécessité de nouer et d’entretenir de très bons rapports avec Rabat.

Le deuxième tweet de Ruto a souligné que le président du Kenya soutient le processus politique parrainé par l'ONU comme seul mécanisme pour résoudre le conflit autour du Sahara. Or, plutôt que d’une certaine volte-face en faveur du front séparatiste, il s’agissait là en réalité d’une manière plus courtoise et plus diplomatiquement correcte de formuler l'idée motrice du premier tweet: que le Kenya ne reconnaît plus la Rasd autoproclamée. Ceci pour la simple raison que les autres pays qui reconnaissent cette entité fabriquée par l'Algérie ne parlent tout simplement pas du processus politique souls l’égide de l'ONU.

Si la nouvelle position kényane est officiellement confirmée dans les jours et mois qui suivent, ce ne sera pas non plus la première fois que Nairobi décide de mettre un terme à ses relations avec le Polisario. Le Kenya l'a fait en 2006 et a maintenu cette position jusqu'en 2014. Mais la différence entre la situation actuelle et celle de 2006 réside dans les changements géostratégiques qui se sont produits en Afrique et dans le monde au cours de la dernière décennie.

Un de ces changements de paradigmes majeurs est le rôle central que joue désormais le Maroc dans les questions de développement en Afrique. Grâce à la diplomatie royale et au renforcement de la puissance économique croissante du Maroc, le royaume a non seulement renforcé ses liens stratégiques et fraternels avec ses alliés historiques francophones (surtout en Afrique de l’Ouest), mais il s'est aussi attelé à tisser de nouvelles relations amicales en Afrique anglophone.

Ces dernières années, plusieurs des plus grandes banques et entreprises marocaines ont pénétré les marchés de nombreux pays africains. Dans le même temps, les richesses en phosphate tant désirées du Maroc constituent également une carte maîtresse dont l'importance ne fera que croître dans les années à venir.

Bien entendu, l’Algérie et ses alliés de la vieille garde de l'État kényan et les médias vont certainement continuer à tenter de saper la nouvelle voie prise par ce pays sur la question du Sahara. Or affermir les relations avec le Maroc afin d'avoir accès à son approvisionnement en engrais semble être la meilleure, voire la seule, option pour le Kenya devant les interminables contraintes locales et globales auxquelles ce pays fait et fera face pour assurer la sécurité alimentaire de sa population à court, moyen et long termes.

Au cours des prochaines décennies, la contribution du Maroc à la sécurité alimentaire mondiale augmentera considérablement à mesure que les réserves marginales de ses concurrents se tarissent. Ce constat est particulièrement pertinent en Afrique, où l'agriculture représente 30 % du PIB et fournit le moyen de subsistance précieux à 55 % de la main-d'œuvre du continent.

Le rôle central du Maroc dans la réalisation de la sécurité alimentaire

Le monde vit actuellement une nouvelle ère, où atteindre la sécurité alimentaire est devenue une préoccupation urgente pour de nombreux gouvernements, notamment en Afrique, en Amérique latine et en Asie. De nombreuses études publiées par de prestigieux centres de recherche, ainsi que par la Banque mondiale et l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture ont montré que l’humanité est confrontée à l'une des périodes les plus sombres de son histoire en raison de la hausse alarmante des prix des produits alimentaires de base.

En raison des graves effets du COVID-19 sur les chaînes d'approvisionnement mondiales, les taux d'inflation avaient poussé les prix des denrées alimentaires en juin 2021 au niveau d'avant le déclenchement des révolutions arabes en 2011. La guerre russe en Ukraine a aggravé la situation en engendrant une crise inflationniste alarmante. Pendant ce temps, l'accélération du changement climatique a entraîné à la fois des famines et des troubles politiques dans de nombreux pays qui dépendent des importations de nourriture ou d'engrais pour leur survie.

Dans un tel contexte, le rôle du Maroc dans les prochains mois, années et décennies est à bien des égards comparable au rôle qu’a joué l'Arabie saoudite sur les marchés pétroliers au fil des dernières décennies. L'importance croissante de Rabat lui donnera ainsi une influence considérable sur les prix des engrais à l'échelle mondiale et, par conséquent, sur la capacité de nombreux pays à maintenir ou à atteindre leur sécurité alimentaire.

La réalisation de la sécurité alimentaire nationale nécessite l'emploi de techniques modernes de productivité agricole, dont la plus essentielle est l'utilisation d'engrais pour augmenter le niveau de productivité agricole. Le Maroc, qui détient 70 % des réserves mondiales de phosphate, est le seul pays à disposer d'une capacité inégalée de production de phosphates et d'engrais.

Grâce aux efforts considérables déployés par le Groupe OCP au cours des deux dernières décennies pour augmenter le niveau de production d'engrais, le Maroc est devenu la destination principale des pays qui souffrent d'une baisse de productivité agricole et cherchent à la renforcer afin d'atteindre la sécurité alimentaire.

Décrit par nombre d’observateurs comme un élément essentiel de la politique marocaine en Afrique, OCP s’engage, depuis la création de sa branche africaine en 2016, à améliorer la capacité des agriculteurs africains à accroître leur niveau de productivité. Au cours de ces deux dernières années, les nombreux projets et initiatives du Groupe OCP à travers le continent africain ont notamment aidé à atténuer les effets persistants du COVID-19 et de la guerre en Ukraine. À ce titre, le groupe a fait don de grandes quantités d'engrais à de nombreux pays africains, comme le Rwanda, qui a reçu 15 000 tonnes d'engrais marocains en juillet.

Une baisse de productivité agricole au Kenya en raison du prix élevé des engrais

Le Kenya fait partie d'un nombre croissant de pays dont la productivité agricole a chuté à un niveau si bas que des millions de citoyens sont menacés de famine. Cette baisse est naturellement liée à la forte hausse des prix des engrais sur les marchés internationaux en raison de la guerre en Ukraine, ce qui a entraîné une augmentation de plus de 400 % du prix de ces engrais par rapport à 2020. Ces prix devraient encore augmenter de 50% d'ici la fin de l'année.

Or il n’y a pas que le Kenya à faire face à cette situation désastreuse. En effet, de nombreux pays africains sont actuellement confrontés à une quasi-historique pénurie de nourriture, ce qui entraîne généralement des troubles politiques et la famine. L’Afrique est le continent où plus d'une personne sur cinq souffre de la faim, soit le plus grand nombre au monde, tandis que 282 millions d'Africains souffrent de malnutrition.

Comme dans le reste du monde, l'augmentation de la productivité agricole du continent africain dépend de l'augmentation du niveau d'engrais qu'il utilise. Selon les prévisions publiées par la Banque mondiale en août dernier, environ 66 millions de personnes en Afrique orientale et australe sont vulnérables à la famine et à la pénurie alimentaire.

Face à la hausse des prix des engrais, de nombreux petits agriculteurs kényans (les piliers du secteur agricole du pays) ont été contraints de réduire leurs surfaces cultivées. Certains agriculteurs kényans ont dû réduire de moitié la superficie consacrée à la culture du maïs. Cette mesure a entraîné une baisse notable de la productivité agricole nationale, ce qui a provoqué une hausse des prix des denrées alimentaires. Selon le Financial Times, Ce niveau de plus en plus limité de production agricole devrait inévitablement entraîner une menace pour la sécurité alimentaire du pays et une baisse du PIB de 0,8 %. 1,4 million de personnes passeront sous le seuil de pauvreté à cause du prix élevé des engrais, tandis que le Kenya subira une forte baisse de la production de maïs, sa principale source de nourriture.

Afin d'atténuer les effets négatifs des prix élevés des engrais sur la capacité des agriculteurs kenyans à y accéder, le précédent gouvernement kenyan a décidé, en avril dernier, d'accorder des subventions aux agriculteurs pour leur permettre d'obtenir des engrais à des prix plus bas. La situation au Kenya reflète les souffrances de nombreux pays d'Afrique subsaharienne en raison de pratiques agricoles désuètes. L’un des problèmes structurels ayant le plus entravé la réalisation des objectifs d’autosuffisance alimentaire dans une grande partie des subsahariens est le faible taux d'utilisation d'engrais par les agriculteurs. Ce taux ne dépassait pas 8 kilogrammes par hectare au début du troisième millénaire.

Afin de trouver une solution progressive à ce dilemme et d'accroître la productivité agricole à travers le continent, l'Union Africaine a exprimé en 2006 l'ambition d’augmenter le niveau d'utilisation des engrais à 50 kilogrammes par hectare. Pourtant, l'utilisation d'engrais par les agriculteurs d'Afrique subsaharienne ne dépasse pas encore 19 kg par hectare, alors que la moyenne mondiale est de 160 kg par hectare. Bien que l'Afrique subsaharienne possède la plus grande superficie de terres cultivables au monde, les faibles niveaux d'utilisation d'engrais rendent la proportion de la productivité agricole en Afrique quatre fois inférieure à celle des pays à forte productivité. Qui plus est, la crise mondiale actuelle risque d'exacerber cette situation et de provoquer une forte baisse du niveau d'utilisation des engrais, ce qui mettra encore plus en péril les ambitions d’atteinte de sécurité alimentaire de nombreux pays du continent.

L’auto-suffisance alimentaire est si importante que ce fut l'une des quatre principales promesses électorales du président kényan récemment élu, William Ruto, en plus de l'industrialisation, le logement et la santé. C’est donc dire que le président kényan est parfaitement conscient que la réalisation de cet objectif dépend de l'obtention d'engrais à des prix appropriés pour aider les agriculteurs à retrouver le niveau de productivité auquel ils étaient habitués avant la guerre ukrainienne, et même à l'augmenter.

Ce scénario ne semble pourtant pas envisageable, d'autant que divers chercheurs préviennent que les prix des engrais ne baisseront probablement plus jamais aux niveaux d'avant la guerre ukrainienne. Selon une étude menée par l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, pour que le Kenya puisse surmonter la crise des engrais, il devrait examiner la possibilité d'augmenter la production locale de cette ressource vitale, notamment en encourageant le secteur privé à conclure des partenariats pour construire des usines d'engrais.

Dans le contexte international actuel, le Maroc est le seul pays qui puisse aider le Kenya, ainsi que le reste de l'Afrique, à prendre une telle mesure pour atteindre la sécurité alimentaire. Rabat a depuis longtemps démontré sa bonne volonté envers de nombreux pays d'Afrique sub-saharienne et son intention sincère de faire progresser le développement intra-africain sur la base du panafricanisme. Au cours de la dernière décennie, le Maroc s'est révélé être une soupape de sécurité pour de nombreux pays africains qui cherchent à atteindre leur sécurité alimentaire.

Grâce à l'assistance de l'OCP visant à aider les pays d'Afrique subsaharienne à accroître l'utilisation d'engrais adaptés à la qualité des sols locaux, le taux de productivité de nombreux pays comme le Sénégal, le Nigeria, le Ghana et l'Éthiopie a augmenté jusqu'à 63 %. En outre, la participation du géant marocain à la construction actuelle d'usines d'engrais dans 12 pays africains, dont le Nigéria et l'Éthiopie, démontre bien le rôle vital du Maroc sur le continent africain. Il va sans dire que ce rôle ne fera que s'accroître dans les années et décennies à venir, aussi longtemps que l’utilisation de l’engrais restera incontournable dans l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire.

Les changements géostratégiques actuels renforcent la position du Maroc

 De tout ce qui précède, il semble que les fluctuations géostratégiques mondiales actuelles aient placé le Maroc dans une position d'influence qui lui permettra de préserver son intégrité territoriale et de renforcer sa position de leader régional. Grâce aux outils dont il dispose pour aider l’Afrique à atteindre une sécurité alimentaire durable, le Maroc pourra non seulement renforcer son influence sur le continent, mais il pourra également renforcer son poids vis-à-vis de l’Europe et des États-Unis d'Amérique. Le contexte mondial actuel a contraint les pays européens à prioriser la réduction de leur dépendance quant aux importations d'engrais russes, qui représentent 30% des engrais importés par le marché européen.

La guerre actuelle en Ukraine a sensibilisé l'Union européenne à la nécessité de se libérer graduellement de sa dépendance des engrais russes, surtout après la décision de la Russie, en novembre dernier, de restreindre ses exportations d'engrais. En tant que premier producteur mondial d'engrais, la Russie peut utiliser cette matière vitale comme un moyen de pression sur ses adversaires, surtout à la lumière du conflit qui l’oppose actuellement aux pays occidentaux.  Le fait que la Russie soit également le deuxième producteur mondial de gaz utilisé dans la production d'ammoniac, un ingrédient essentiel dans la production d'engrais, renforce son influence sur le marché mondial des engrais.

Le premier signe que l’Europe est déterminée à diversifier ses sources d’approvisionnement en engrais a été donné par Jacob Hansen, directeur général de Fertilizers Europe, qui a déclaré en août dernier que l'Europe entend augmenter ses importations d'engrais marocains. Au cours des années prochaines, le Maroc sera l’acteur majeur capable d’aider les pays européens et africains à obtenir un accès plus fiable aux engrais, et ainsi éviter des crises sociales susceptibles de causer des troubles politiques.

Dans le contexte de la crise alimentaire mondiale croissante due à la baisse d'approvisionnement en engrais, le groupe OCP a annoncé son intention d'augmenter sa production d'engrais de 10 % d'ici la fin de l'année. Cela signifie que le groupe mettra sur le marché mondial 1,2 million de tonnes supplémentaires. En outre, le géant marocain prévoit d'augmenter son niveau de production de 7 millions de tonnes supplémentaires au cours de la période comprise entre 2023 et 2026.

Ce faisant, le groupe contribuera à renforcer la puissance économique et les réserves de change vitales du Maroc grâce aux revenus de ses exportations d'engrais, en plus d'accroître son influence géostratégique dans de nombreuses régions du monde, notamment en Europe. Pour le Maroc, cela signifie un afflux fiable de devises étrangères nécessaires pour accéder au capital mondial, rembourser les prêts, financer des projets structurants, ainsi que renforcer la capacité de Rabat à payer les importations étrangères essentielles. Pour l'Europe, le Maroc peut être un refuge et un partenaire fiable pour atténuer progressivement l'influence du marché russe et amoindrir la capacité de la Russie à utiliser cet intrant agricole vital comme un levier dans sa lutte contre l'Occident et le reste du monde. Bruxelles trouvera également au Maroc l'un des rares partenaires capables d'empêcher une crise alimentaire sans précédent en Afrique.

En s'efforçant d'améliorer l'accès du marché mondial aux engrais, le Maroc détient la clé qui permettra à de nombreux pays africains d'atteindre la sécurité alimentaire, ou du moins d'augmenter le niveau de leur production afin de les mettre à l'abri des troubles politiques. Comme le professeur Michaël Tanchum l’a souligné, la démarche du Maroc ne devrait que renforcer sa position de partenaire fiable de l'Union européenne et des États-Unis en Afrique subsaharienne. Les pays européens ne seront pas les seuls à tenter de convaincre le Maroc d'assurer un approvisionnement fiable en engrais. Il existe déjà plusieurs pays influents, dont le Japon et le Brésil, qui cherchent depuis un certain temps à obtenir des engrais marocains.

La stratégie du Maroc en matière de phosphates, que ce soit en Afrique ou à l'égard de ses nombreux partenaires anciens et nouveaux, n'est pas le fruit du hasard. Elle est fondée sur une analyse prospective des fluctuations du marché mondial dans les années et les décennies à venir. Le royaume récolte également les fruits de la politique étrangère perspicace menée par le Roi Mohammed VI au cours des deux dernières décennies pour aider le Maroc à jouer le rôle qu'il mérite en Afrique.

Un autre facteur à l'origine de l'approche révolutionnaire d'OCP est son PDG, Mostafa Terrab, qui a pris la direction de l'entreprise publique en 2006. Depuis qu’il dirige le groupe, Terrab a contribué à conférer à OCP une grande importance stratégique en tant que principal outil géopolitique du Maroc.

Le changement de position du Kenya est également le résultat de l'énorme travail diplomatique effectué par l'ancien ambassadeur du Maroc au Kenya, El Mokhtar Ghambo, qui a déployé de grands efforts pour faire changer les mauvaises perceptions de la classe politique, médiatique et universitaire kényane sur le conflit du Sahara

Cependant, s'il semble que les dirigeants kenyans actuels aient pris conscience de l'importance de renforcer leurs relations avec le Maroc et d'adopter une position non hostile à l'intégrité territoriale du royaume, l'écart est encore grand entre l'opinion publique kenyane et les leaders d'opinion de ce pays et du Maroc. Un aperçu rapide de la couverture médiatique kényane du conflit du Sahara révèle que l'opinion publique de ce pays est toujours influencée par le discours que l'Algérie a promu pendant plus les quatre dernières décennies. Il est donc évident que le Maroc devra adopter une véritable stratégie médiatique et communicationnelle pour rectifier la désinformation qui a longtemps biaisé l'opinion publique kényane en faveur des thèses séparatistes.

En raison de l'incapacité chronique du gouvernement marocain de faire valoir ses arguments dans les pays anglophones, de nombreux faits historiques qui semblent évidents pour les Marocains restent inconnus de la grande majorité des Kenyans. Malgré toutes les avancées diplomatiques marocaines sur le continent africain au cours des six dernières années, le Maroc souffre toujours des mêmes lacunes que par le passé.

Ceci est notamment dû à l'absence d'une stratégie visant à gagner la confiance de l'opinion publique et des décideurs des pays anglophones. Aucun pays ne peut avoir une diplomatie efficace sans une vision précise de la nécessité de posséder des chaines de télévisions, des journaux et des magazines puissants capables d’influencer l'opinion publique internationale et combattre les faux récits que l'Algérie et ses alliés promeuvent depuis plusieurs décennies. Même si le Royaume semble avoir regagné sa place de leader continental, la guerre pour rallier l’opinion publique du continent à la cause de son intégrité territoriale est très loin d'être gagnée.

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