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ECONOMIE

Exportations d'engrais : une double opportunité pour le Maroc

ROUND UP. Le marché mondial des engrais offre un avantage et une opportunité au Maroc. L’avantage de revenus record lui permettant de contenir les dépenses record en gaz, pétrole et blé. L’opportunité de remporter de nouvelles parts de marché.

Exportations d'engrais : une double opportunité pour le Maroc
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Le 5 juin 2022 à 17h22 | Modifié 26 août 2022 à 15h56

Le contexte de crise, qui pénalise fortement le Maroc sur certaines denrées comme le pétrole, le gaz ou le blé, le favorise en revanche sur les engrais.  Après une année 2021 record pour OCP, le trend haussier s’est poursuivi en 2022. Les ventes de phosphates et dérivés ont presque doublé pour atteindre 36,1 MMDH à fin avril 2022, contre 18,2 MMDH à fin avril 2021.

Selon le dernier bulletin de l’Office des changes, "cette évolution fait suite, principalement, à l’augmentation des ventes des engrais naturels et chimiques (+13,7 MMDH) due à l’effet prix qui a plus que doublé (7.541 DH/T à fin avril 2022 contre seulement 3.241 DH/T à fin avril 2021). En revanche, les quantités exportées baissent de 5,1% sur la même période".

La performance est remarquable d'autant plus que l'augmentation des ventes a permis de contrebalancer l'envolée des prix des intrants importés notamment le soufre et l'ammoniac. "La hausse des prix de vente ayant neutralisé l’impact de la hausse des coûts des intrants, principalement le soufre et l’ammoniaque. Le taux de marge brute a atteint 63% contre 65% au premier trimestre 2021", précisait l’OCP dans sa communication financière relative au premier trimestre 2021.

Cette aubaine financière permet donc au Royaume d’éviter d’aggraver le déficit de sa balance commerciale, de maintenir un certain "équilibre" et même d’avoir une remontée exceptionnelle de dividendes. OCP a annoncé verser à l’Etat un dividende de 8 MMDH au titre de l’exercice 2021. Des milliards qui comptent en cette période où le budget est sous pression.

Pénurie des engrais, envolée des prix

L'opportunité n’est pas que financière ; elle est aussi commerciale et géopolitique. La perturbation de la disponibilité des engrais sur le marché mondial fait planer le spectre de la crise alimentaire.

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a indiqué en mars dernier que "les disponibilités internationales d’engrais restent limitées, les stocks sont réduits. Certains effets immédiats de la pénurie actuelle d’engrais sont déjà manifestes".

Plusieurs facteurs expliquent cette situation :

- l’envolée des cours mondiaux des engrais. L’indice des prix des engrais de la Banque mondiale a augmenté de près de 10% au premier trimestre 2022. Selon la Banque mondiale, les prix des engrais devraient croître de près de 70% en 2022 avant de baisser en 2023. Les prix du DAP (Di-Ammonique Phosphate) ont continué d’augmenter au premier trimestre 2022, en hausse de 11%, après de fortes progressions tout au long de 2021. Les prix à fin mars étaient quatre fois plus élevés qu’au début 2020. Les prix du DAP devraient encore augmenter de 50% en 2022 avant de se modérer en 2023.

- les réductions de production. C’est le cas en Europe en raison de la flambée des prix du gaz naturel. En Chine, la hausse des prix du charbon et le rationnement de l’électricité ont contraint les producteurs d’engrais à réduire leur production et leurs exportations pour assurer la disponibilité intérieure, rapporte la Banque mondiale.

- les restrictions d’export décidées par la Russie et la Chine. La Chine, qui représente 30% du commerce mondial de phosphate, a introduit une interdiction d’exportation jusqu’en juin 2022 au moins. La Russie a également interdit temporairement les exportations de nitrate d’ammoniac.

- l’embargo imposé aux produits russes. Selon l’International Fertilizer Association (IFA), les sanctions ont eu pour conséquences de stopper 14% des volumes d’urée commercialisés dans le monde, 11% du phosphate d’ammonium et 21% de la potasse. Sur ce dernier produit, les sanctions contre la Biélorussie ont restreint 20% supplémentaires du commerce mondial. La Russie fournit également 23% du volume mondial d’ammoniac et 46% du nitrate d’ammonium.

Certaines des régions les plus consommatrices d’engrais importent des volumes importants de Russie et de Biélorussie. L’Europe, l’Amérique latine et l’Asie du Sud sont les plus exposées, à en croire l'IFA.  Ces régions doivent rechercher des alternatives, notamment en revoyant à la hausse leurs apports en phosphate, dont le Maroc, avec la Chine et les Etats-Unis, sont les premiers producteurs.

Exportations d'engrais : une double opportunité pour le Maroc

 

Brésil, Japon, Bangladesh... OCP courtisé

Dans ce contexte de forte demande et de faiblesse de l'offre, OCP est en bonne position pour capter des parts de cette "nouvelle" demande. Cela se manifeste déjà chez plusieurs pays. Le Brésil et le Japon, par exemple, ont lancé des concertations avec les producteurs pour assurer leurs besoins en engrais. Le ministre brésilien de l’Agriculture a effectué une tournée dans plusieurs pays, dont le Maroc, dans le cadre de ce qu’il a lui-même appelé "la diplomatie des engrais".

Lors de sa visite à Rabat en mai dernier, le vice-ministre japonais de l’Agriculture, Takebe Arata, a quant à lui déclaré aux médias que son pays cherchait à importer davantage d’engrais et de phosphates du Maroc. "Le Maroc est une puissance mondiale des phosphates. C’est la raison pour laquelle mon pays est intéressé à importer une quantité considérable d’engrais", a-t-il déclaré à l’issue d’entretiens avec le ministre marocain de l’Agriculture à Rabat.

Pour gérer cette demande croissante, OCP a annoncé le 17 mai son intention "d’augmenter ses volumes de production d’environ 10% en 2022 afin de répondre à la demande sur des marchés à forte croissance où le Groupe continue de renforcer sa position de leader mondial".

Le producteur national d’engrais dispose d’une capacité de production de 12 millions de tonnes/an. Cela représente un volume supplémentaire de 1,2 million de tonnes.

OCP "se positionne de telle sorte à pouvoir capter une partie de cette demande", avait expliqué, en mars dernier à Médias24, Karim Lotfi Senhadji, directeur financier du groupe. "Nous sommes capables de monter une chaîne de production d’une capacité de 1 million de tonnes en six mois. C’est ce qui nous permet aujourd’hui de faire monter nos capacités de 3 millions de tonnes supplémentaires dès 2023. Nous comptons ajouter 4 millions de tonnes supplémentaires à l’horizon 2026", avait-il avancé.

Au total, OCP envisage d’augmenter sa capacité de 7 millions de tonnes supplémentaires entre 2023 et 2026.

Les performances records d’OCP expliquées par son directeur financier

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Le 5 juin 2022 à 17h22

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