img_pub
Rubriques

Espérer du “Regrexit”

LONDRES – Jusqu’à ce que les Britanniques décident de la quitter, le plus grand problème de l’Union européenne semblait être la crise des réfugiés, qui, de fait, a joué un rôle crucial dans le déclenchement d’un désastre plus grave encore, le Brexit.  

Le 11 juillet 2016 à 17h06

Le vote en faveur du Brexit fut un choc. Le matin suivant les résultats, la désintégration de l’UE semblait pratiquement inévitable. D’autres crises latentes, dans d’autres pays de l’UE, notamment l’Italie, renforçaient la probabilité de cette sombre prévision.

Mais alors que s’estompe le choc du référendum, on assiste à une réaction inattendue: la tragédie n’apparaît plus comme un fait accompli. De nombreux électeurs britanniques ont commencé à éprouver ce "regret de l’acheteur", pour lequel ce qui n’était qu’une hypothèse devient réalité. La livre sterling a plongé. Un nouveau référendum en Ecosse semble désormais hautement probable. Ceux qui avaient mené la campagne du "Leave" sont en proie à une étrange fièvre de destruction fratricide et certains de leurs partisans commencent à réaliser l’avenir lugubre qui les attend, eux et le pays tout entier. Signe de l’évolution de l’opinion publique, une pétition adressée au Parlement, réclamant la tenue d’un nouveau référendum, a déjà rassemblé plus de quatre millions de signatures.

Si le Brexit fut une mauvaise surprise, cette réponse spontanée en est une excellente. De gens des deux bords – et, mieux encore, des gens qui n’avaient pas voté (notamment des jeunes de moins de trente-cinq ans) – se sont mobilisés. C’est le genre d’engagement citoyen que l’UE n’est jamais parvenue à susciter.

La tourmente qui a suivi le référendum a laissé entrevoir aux Britanniques ce qu’ils s’apprêtaient à perdre en quittant l’UE. Si cette prise de conscience gagne le reste de l’Europe, ce qui semblait devoir déboucher sur l’inévitable désintégration de l’UE pourrait au contraire créer l’élan nécessaire à une Europe plus forte et meilleure.

Le processus peut partir de Grande-Bretagne. On ne peut pas revenir sur le résultat du vote populaire, mais une campagne pétitionnaire pourrait transformer le paysage politique en portant ce nouvel enthousiasme pour l’appartenance à l’UE. La démarche pourrait être reprise dans les autres pays de l’Union, créant ainsi un mouvement pour le sauvetage de l’UE, en appelant à sa restructuration. Je suis convaincu qu’à mesure que les conséquences du Brexit se feront sentir, dans les mois qui viennent, de plus en plus de gens auront envie de rejoindre le mouvement.

L’UE ne doit pas plus pénaliser les électeurs britanniques qu’ignorer leurs inquiétudes légitimes quant à ses insuffisances. Les dirigeants européens doivent admettre leurs propres erreurs et reconnaître le déficit démocratique dont souffre l’actuel dispositif institutionnel. Plutôt que d’assimiler le Brexit à la négociation d’un divorce, ils devraient saisir l’occasion de réinventer l’UE – d’en faire ce genre de club que le Royaume-Uni et d’autres pays menaçant d’en sortir voudront rejoindre.

Si les électeur déçus, en France, en Allemagne, en Suède, en Italie, en Pologne et partout ailleurs constatent que l’UE améliore leur vie, elle en sortira renforcée. Dans le cas contraire, elle se désintégrera plus vite que ne l’imaginent aujourd’hui ses dirigeants et ses habitants.

Une Europe au bord de l’effondrement

L’Italie est la prochaine zone de turbulences, qui doit faire face à une crise bancaire et où se tiendra en octobre un référendum. Le Premier ministre Matteo Renzi est pris dans un cercle vicieux: s’il ne parvient pas à résoudre la crise bancaire à temps, il perdra le référendum. Cela pourrait amener au pouvoir le Mouvement 5 étoiles, partenaire au Parlement européen du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), ardent promoteur du Brexit. Pour trouver une solution, Renzi a besoin de l’aide des autorités européennes, mais celles-ci sont trop lentes et trop rigides.

Les dirigeants européens doivent admettre que l’Europe est au bord de l’effondrement. Plutôt que de rejeter la faute sur les uns ou sur les autres, ils doivent s’unir pour prendre des mesures exceptionnelles.

Il faut tout d’abord tracer une distinction très nette entre les pays membres de l’UE et ceux qui appartiennent à la zone euro. Les pays qui ont la chance de ne pas appartenir à la zone euro ne doivent pas subir de discriminations. Si la zone euro souhaite, à juste titre, une intégration renforcée, il lui faut son propre Trésor public et son propre budget, qui représenteront l’autorité fiscale et budgétaire, aux côtés de l’autorité monétaire, en l’occurrence la Banque centrale européenne (BCE).

En deuxième lieu, l’UE doit mettre à profit ses excellentes perspectives de crédit, largement inexploitées. Ses dirigeants, s’ils renonçaient à utiliser les capacités d’emprunt de l’UE, dont l’existence est en jeu, rien de moins, feraient preuve d’un comportement irresponsable.

En troisième lieu, l’UE doit renforcer sa défense, afin de se protéger de ses ennemis extérieurs, qui souhaitent, à n’en pas douter, tirer parti de son actuelle faiblesse. L’Ukraine, dont les citoyens sont prêts à mourir pour défendre leur pays, constitue à cet égard son principal atout. En se défendant, les Ukrainiens défendent aussi l’UE – une disposition qui n’est pas aujourd’hui des plus répandues. L’Ukraine a la chance d’avoir un nouveau gouvernement, plus déterminé et plus enclin à réaliser les réformes que ses citoyens, comme ses soutiens extérieurs le réclament. Mais l’UE et ses Etats membres ne fournissent pas à l’Ukraine l’aide qu’elle mérite (les États-Unis sont mieux disposés).

Quatrième point, les plans conçus par l’UE pour répondre à la crise des réfugiés doivent être revus de fond en comble. Ils sont truffés d’idées fausses et d’incohérences, qui les rendent inefficaces. Ils sont mal financés. Ils recourent à des mesures coercitives, qui susciteront des résistances. J’ai proposé ailleurs une série de solutions à ces problèmes.

Si l’UE parvient à progresser dans ces directions, elle saura se muer en une organisation à laquelle les gens souhaiteront appartenir. A partir de ce moment, la renégociation des traités – et la poursuite de l’intégration – réintègreront le domaine du possible.

Si les dirigeants européens ne parviennent pas à agir, ceux qui veulent sauver l’Europe pour la réinventer devraient suivre l’exemple des jeunes militants britanniques. Aujourd’hui plus que jamais, les défenseurs de l’UE doivent trouver les moyens de faire sentir leur influence.

Traduction François Boisivon

© Project Syndicate 1995–2016


 

Par Rédaction Medias24
Le 11 juillet 2016 à 17h06

à lire aussi

Trains RER: L'ONCF s'associe à la Corée du Sud pour structurer son futur réseau
Quoi de neuf

Article : Trains RER: L'ONCF s'associe à la Corée du Sud pour structurer son futur réseau

Dans l'optique de fluidifier le transport au sein des grandes métropoles régionales d'ici 2030, l'ONCF confie la réalisation et le suivi technique de son futur réseau RER à l'industrie ferroviaire sud-coréenne. Hyundai Rotem assurera l'entretien sur deux décennies tandis que KORAIL encadrera le contrôle qualité de la production et le transfert de compétences vers les équipes marocaines.

Sortie de l'acier, tensions géopolitiques, Mondial 2030... La stratégie d'Aluminium du Maroc expliquée par Abdeslam El Alami
Actus

Article : Sortie de l'acier, tensions géopolitiques, Mondial 2030... La stratégie d'Aluminium du Maroc expliquée par Abdeslam El Alami

Le groupe industriel installé à Tanger a validé la sortie de son activité acier lors de son conseil d'administration du 12 mai dernier. Son PDG, Abdeslam El Alami, invité du 12/13 de Médias24, explique les raisons de cette décision, revient sur l'impact de la guerre au Moyen-Orient sur ses approvisionnements en billettes d'aluminium, et anticipe la demande du secteur à l'horizon 2030.

Épisode 5. Une nation en mission : quand le football rassemble diplomates, institutions et citoyens dans une même aventure
Contributions

Article : Épisode 5. Une nation en mission : quand le football rassemble diplomates, institutions et citoyens dans une même aventure

Les épisodes précédents ont montré comment plusieurs centaines de Marocains ont traversé la planète pour soutenir les Lionceaux de l’Atlas lors de la finale de la Coupe du monde U20 au Chili et comment les joueurs eux-mêmes considéraient ce public comme un acteur de leur réussite. Pourtant, au fil du terrain, une autre réalité est progressivement apparue. Derrière les joueurs et les supporters se trouvait un ensemble beaucoup plus vaste d’acteurs qui avaient le sentiment de participer à la même mission. Des employés de la Royal Air Maroc aux équipages des avions, des diplomates aux responsables institutionnels, chacun semblait mobilisé autour d’un objectif commun : permettre au Maroc de remporter son premier titre mondial. Cette mobilisation collective a produit un phénomène plus surprenant encore : pendant quelques jours, les hiérarchies sociales et institutionnelles habituellement visibles semblaient s’effacer derrière une identité commune, celle de citoyens engagés dans une même aventure nationale.

Grâce au programme “Nasmaa”, 56 patients opérés pour retrouver le chemin de l'audition
Santé

Article : Grâce au programme “Nasmaa”, 56 patients opérés pour retrouver le chemin de l'audition

Ils viennent du Maroc, de Palestine ou de plusieurs pays africains. Pour certains, le son n'a jamais fait partie de leur quotidien. Grâce à une nouvelle campagne du programme Nasmaa menée sous l'égide de la Fondation Lalla Asmaa, 56 enfants et jeunes adultes ont franchi une étape décisive vers l'audition.

L'embellie historique des barrages masque encore la fragilité des nappes
Eau

Article : L'embellie historique des barrages masque encore la fragilité des nappes

Avec 12,6 milliards de mètres cubes stockés au 19 juin 2026, soit un taux de remplissage de 74,43 %, les barrages marocains renouent avec des niveaux inégalés depuis août 2015. Une embellie portée par le bassin de l'Oum Errabiâ, mais qui ne doit pas masquer la vulnérabilité des nappes phréatiques, loin de leurs niveaux d'avant la sécheresse.

Maroc Ecosse. Steve Clarke: “Le Maroc ira loin, mais on leur a rendu la vie difficile”
Mondial2026

Article : Maroc Ecosse. Steve Clarke: “Le Maroc ira loin, mais on leur a rendu la vie difficile”

C'est Ouahbi qui le raconte: à la fin du match, il a salué le coach écossais à qui il a dit qu'il avait une bonne équipe qui aura un bon parcours. En conférence de presse après-match, le sélectionneur écossais a estimé que le Maroc irait loin et qu'il pouvait atteindre le dernier carré.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité