Elon Musk, l’électron libre
S’il y a une personnalité aux États-Unis qui risque de voler la vedette au président Donald Trump durant ce mandat, c’est bien Elon Musk. Il est plus riche, plus jeune, plein d’énergie et plus enthousiaste que lui. En revanche, il est moins expérimenté et rodé à la chose publique que le président. C’est cette naïveté politique que Trump cherchera à exploiter et à mettre à son profit, tant que leur amitié tiendra encore la route.
Musk est sans doute conscient de son apport aux républicains, il sait qu’il est admiré mais aussi jalousé. Il sait qu’on le prenne pour un génie hors-pair, lui qui est parti de rien pour être à la tête de la première fortune du pays et du monde.
Trump et Musk sont deux personnages, populistes à l’excès, au verbe facile et aux caractères bien trempés. Ils comptent cohabiter durant quatre ans pour transformer l’Amérique, et pourquoi pas le monde, espèrent-ils. À moins qu’un incident vienne briser leur alliance durant ce mandat, ou que, à l’américaine, l’un des deux chercherait à éliminer l’autre. Musk a été pour beaucoup dans le succès de Trump face à Biden. Il a financé gracieusement sa campagne, mis à sa disposition ses puissants réseaux sociaux et ses équipes, et s’y est même investi personnellement.
Musk au secours de Trump
Pour l’occuper utilement, Trump a conçu pour Musk un département à sa mesure, celui de l’efficacité gouvernementale. Il avait planifié de lui flanquer, au même département, Vivek Ramaswamy, un autre milliardaire surnommé le Trump 2.0, et a dû finalement se raviser. Il est de notoriété publique que deux caïmans ne peuvent survivre dans le même marigot. Musk n'en a cure, il gèrera son domaine seul, et il a déjà la tête ailleurs. Il lorgne l’Europe pour chambouler son champ politique en soutenant tous les mouvements d’extrême-droite. Exactement comme il a fait avec Trump.
Si le monde connait suffisamment Trump, Musk parait difficile à appréhender politiquement. Il affirmait lui-même que par le passé il votait démocrate, et que sa reconversion aux idées républicaines s’est faite naturellement durant le premier mandat Trump. La récente tentative d’assassinat de celui-ci l’a rapproché davantage de lui, avant d’épouser ses idées nationalistes, et de financer sa campagne pour le faire réélire. Maintenant que Trump est aux manettes, Musk voit encore plus grand. Son objectif est d’aider l’extrême-droite européenne à conquérir le pouvoir.
Musk, une vie très riche
Musk est un homme qui aime changer de postures et de situations. Il est né sud-africain, devenu canadien, avant d’être naturalisé citoyen américain. Parti de rien, il a fait fortune en Amérique pour être l’homme le plus riche des Etats-Unis. Avec un capital estimé à 450 milliards de dollars, il est la première fortune du monde. Ses affaires sont florissantes et tournent autour des secteurs futuristes comme l’intelligence artificielle, les voitures électriques, les énergies renouvelables, les industries spatiales, et bien d’autres. Musk est une personnalité inclassifiable, et il est souvent là où on l’attend le moins. Il est de partout et de nulle part. Il pousse l’outrecuidance à rêver de mettre, un jour, les pieds sur la planète Mars.
C’est que dès son enfance, le petit Elon fût diagnostiqué Asperger, c’est-à-dire autiste sans déficit intellectuel ou retard de langage. Il a eu des rapports difficiles à l’école avec ses enseignants et ses camarades de classe. Il s’est toujours senti incompris, critiqué et victime de harcèlements scolaires. Vivant avec son père divorcé, il n’a trouvé le salut qu’après avoir quitté l’Afrique-du-Sud pour aller étudier au Canada. En 1992, il rejoindra l’université de Sandford aux États-Unis, non loin de la Silicone Valley. C’est là où il prend conscience du développement de l’internet et des immenses possibilités que ce secteur offre à l’économie américaine.
Musk suspend alors ses cours et monte sa première société. Mais avec un visa étudiant, l’administration lui interdit de se lancer dans l’entreprenariat sur le sol américain et son titre de séjour est invalidé. Il réussira lors de ce premier combat à régulariser sa situation, puis à monter sa première entreprise. La nationalité américaine ne lui a été octroyée que dix ans après son installation aux États-Unis. Depuis, ses sociétés se succèdent dans des domaines divers, comme Zip2 éditrice de logiciel, qui sera acquise par la suite par Compaq, ou la banque en ligne X.com, dont il maintiendra l’entreprise PayPal sous son contrôle.
Une panoplie d’autres entreprises verront le jour, comme OpenAI sur l’intelligence artificielle, qu’il quitte en 2018 pour éviter des conflits d’intérêts avec ses autres activités. Il fonde la startup Neuralink dont l’un des objectifs est de relier le cerveau humain à des circuits intégrés dans le but de fusionner l’intelligence humaine à l’intelligence artificielle. Avec l’entreprise Tesla, il développe la voiture électrique, dont le modèle Tesla Roadstar sera bien commercialisé. Tesla lui rapporte des bénéfices qui permettront le financement d’autres modèles de voiture, et de monter l’entreprise SolarCity spécialisée en produits voltaïques.
Ses ambitions ne s’arrêteront pas là. Désabusé par la politique de la NASA qui manque, selon lui, d’ambitions, il fonde SpaceX qui développe et produit des véhicules de lancement spatiaux. Avec cette entreprise, son premier objectif est de moderniser cette industrie, réduire les coûts de lancement, et surtout de rendre possible un jour l’implantation des humains sur la planète Mars, son rêve d’enfance. En attendant, SpaceX et la NASA collaborent étroitement pour le transport de fret et d’astronautes vers la station spatiale internationale.
Mais l’une de ses grandes réussites fût l’achat de l’entreprise Twitter qu’il rebaptisa X. Après avoir évoqué la possibilité de créer un réseau concurrentiel, il opta par entrer dans le capital de l’entreprise en rachetant 9,2% des actions, faisant bondir le cours d’achat de 25%. Il déposera par la suite une offre d’achat de l’ensemble des actions de Twitter à un prix supérieur au marché, de l’ordre de 44 milliards de dollars. De cette entreprise de communication, si stratégique pour les États-Unis et le reste du monde, il fera une machine de guerre pour conquérir les opinions publiques et dominer le marché.
Dès cette acquisition, Musk rétablit le compte de Donald Trump sur X dont ce dernier était banni depuis l’assaut contre le Capitole en janvier 2021. D’aucuns penseraient que l’achat de Twitter n’avait pour objectif que de permettre à Trump de disposer de cet outil pour préparer sa campagne électorale et répandre ses idées et son programme. Auparavent, Musk procède à un sondage en ligne pour justifier et valider son choix. Sur les quinze millions d’utilisateurs qui ont voté, 51,8% ont été pour rétablir le compte de Trump, contre 48,2%. Il est vrai que cette plateforme a permis de libérer davantage les diatribes des républicains contre les démocrates, et de propulser la campagne de Trump pour gagner les élections.
Si au niveau des affaires tout parait lui réussir, c’est au niveau politique que des questions légitimes fusent sur la personnalité Musk. Pourquoi a-t-il rejoint Trump et lui a apporté son appui et sa caution maintenant ? Est-ce par réelle conviction ou par pure opportunisme pour protéger ses propres affaires et les faire fructifier davantage à l’ombre des républicains ? La première conséquence de l’arrivée de Trump était l’envolée des actions des entreprises de Musk comme jamais auparavant.
La presse américaine révèle que son revirement politique tient à la transition de sexe de l’un de ses enfants qui l’a sensibilisé aux dangers du mouvement gauchiste woke. On explique aussi que c’est ce motif qui a pesé pour ordonner, en juillet 2024, le déplacement du siège de SpaceX de la Californie, trop libérale et permissive à ses yeux, vers le Texas conservateur et fief des républicains. Cette prise de position l’a rapproché davantage de Trump.
Par la suite, la tentative d’assassinat de Trump en juillet 2024 a fini par le convaincre de soutenir ouvertement Trump. Musk a fait le parallèle avec le président Roosevelt qui, lui aussi, a échappé à un attentat similaire en 1912, et qui est devenu l’homme providentiel qu’on connait dans l’histoire américaine. Un mois après cet attentat, Trump et Musk animeront conjointement comme des frères siamois un débat sur X, et participeront plus tard à un rassemblement électoral, où la vedette est Musk, venu en renfort à son chef.
Musk à la conquête de l’Europe
Depuis, les idées politiques de Musk se radicalisent à l’intérieur des États-Unis avec des ramifications dangereuses en Europe où il fleurte ouvertement avec l’extrême-droite. Le champ américain devient soudainement trop étroit à ses yeux et à ses ambitions sans limites. Il se servira désormais de tous les atouts que lui procure sa notoriété pour s’immiscer dans la vie politique européenne. Il prend la défense de l’extrémiste franco-suisse Alain Soral, remet en cause le secours apporté aux migrants en Méditerranée et soutient ouvertement le parti de Georgia Meloni en Italie. En Allemagne, il appuie également le parti extrémiste AfD et s’offre le luxe de traiter ouvertement Olaf Scholz d’idiot et d’incapable.
Avec le Royaume-Uni, Musk adoptera les mêmes attitudes puisées dans le langage fleuri de son modèle Trump. Il critique à l’envie, et sans retenue, le parti travailliste britannique et son chef le Premier-ministre Keir Stramer. Il encense, pour un temps, l’extrémiste Nigel Farage, instigateur du brexit, et son parti Reform UK, et lui promet cent millions de dollars pour élargir sa base populaire. En décembre dernier, Farrage fut accueilli royalement par Musk en Floride, et à Mar-a-Lago, propriété de Donald Trump, pour affuter et mettre en œuvre un large plan contre les travaillistes britanniques.
Cependant le vent a mal tourné. Au début de ce mois de janvier, Musk trouve Farrage un peu mou à son goût. Il change subitement d’avis et lui retire sa confiance et son appui parce qu’il n’a pas ce qu’il faut pour être un leader, dira-t-il. En réalité, la presse britannique révèlera que les deux hommes se sont opposés sur le sort d’un autre extrémiste britannique, Tommy Robinson. Celui-ci est un activiste notoire, encore plus extrémiste, islamophobe et conspirationniste que Farrage, et paradoxalement se trouve en détention pour ses déclarations racistes et subversives. C’est sur Robinson, fondateur de l’English Defense League, groupuscule de la mouvance hooligan, que Musk jettera son dévolu. Farage qui ne fait plus l’affaire est éjecté sans scrupule.
Les européens sont titanisés par le retour de ce duo de choc qu’est Trump-Musk, et commencent à alerter sur le danger que représente pour eux Musk. Ils contemplent médusés ses interventions et bafouements de leurs propres souverainetés. Si Musk était russe ou chinois, on aurait droit à une véritable levée de boucliers et un bombage de torse pour dénoncer toute intrusion. Mais comme notre héro est américain, fortuné et puissant, alors on fait l’autruche et on laisse faire. Qui ose encore se mettre sur le chemin des américains ? Si les européens n’arrivent pas à circonscrire l’influence de Musk sur leurs propres terrains aujourd’hui, ceci leur sera encore plus difficile demain.
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