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De l'art de la diplomatie

Critiquer la politique étrangère du Maroc, en ces temps si difficiles pour notre diplomatie et si périlleux pour l'intégrité territoriale de notre pays, reviendrait à tirer sur une ambulance. 

Le 10 novembre 2015 à 9h19

Souligner les défaillances du ministre en exercice et de l'appareil diplomatique dans son ensemble serait un pléonasme. Inutile donc de rappeler l'épisode humiliant de la fouille au corps imposée au ministre à l'aéroport de Paris Charles de Gaulle ou ses propos hilarants sur son entrevue avec la ministre suédoise des Affaires étrangères qu'il aurait, dit-il, "ébranlée"!

Inutile aussi d'égrener la liste des insuccès, ou du moins des absences, de notre diplomatie partout où notre pays a avantage d’exercer une influence: aux Nations unies, dans les organisations internationales de type FMI et Banque mondiale, au sein de l'Union africaine et à la Banque africaine de développement, auprès de la Commission de Bruxelles et du Parlement européen.

Inutile également de rappeler nos rendez-vous manqués avec les nouvelles puissances régionales ou émergentes comme les pays scandinaves, l'Iran, l'Afrique du Sud, le Nigéria, le Vietnam, le Mexique, le Venezuela... données en offrande à la diplomatie algérienne. Inutile enfin de souligner l'ampleur de notre incapacité à comprendre le mode de fonctionnement des ONG internationales à l'influence planétaire, à l'image de Human rights watch ou Amnesty international.

Sommes-nous pour autant condamnés à ignorer ad vitam aeternam les principes et les méthodes de la diplomatie? Devons-nous nous résoudre au spectacle d'un appareil diplomatique refuge d'une classe politique et d'une haute fonction publique en mal de statut, ou réceptacle d'une caste de pistonnés aux relations bien établies? A la première comme à la seconde question, la réponse est à l'évidence non!

Les diplomates ont pour mission de mettre en œuvre la politique étrangère du royaume. Le ministre participe à la définition de cette politique, en accord avec le Chef du gouvernement et sous l'autorité du Roi, qui décide des grandes orientations. Le rôle des diplomates est considérable, dans la mesure où ils incarnent l'image du Maroc à l'étranger et participent à la défense de ses intérêts suprêmes.

Des compétences techniques et des qualités humaines

Pour mener à bien cette mission, ils doivent disposer à la fois de compétences pluridisciplinaires qui font de la diplomatie un métier à part entière, mais aussi de qualités humaines et personnelles qui hissent la diplomatie à un niveau supérieur d'exigence et font d'elle davantage un art qu'une technique. 

Aucun ambassadeur ne peut faire l'économie d'une connaissance approfondie du dossier du Sahara marocain, de son histoire, des règles de droit international démontrant la marocanité de ce territoire, des arguments géopolitiques justifiant une solution de stabilisation de la région du Sahel et de sécurisation des frontières.

Aucun ambassadeur ne peut, non plus, ignorer les tenants et aboutissants des grands dossiers de la géostratégie mondiale, du conflit israélo-palestinien à la crise ukrainienne, en passant par la menace terroriste de l'Etat islamique Da'ech, la course à l'armement militaire, le renseignement, l'intelligence économique et la sécurité des Etats, les dérèglements climatiques, les crises humanitaires et migratoires, le partage des ressources énergétiques et alimentaires, les guerres économiques dans la mondialisation, les traités de libre-échange, les paradis fiscaux, etc.

Cette liste non exhaustive de thématiques, que l'on peut démultiplier à profusion, doit être parfaitement maîtrisée par nos ambassadeurs. Il ne s'agit pas pour eux de réciter en chœur des fiches pratiques préalablement rédigées par les services ministériels, mais de contribuer à forger la doxa diplomatique marocaine par leurs propres connaissances, leurs propres observations de terrain et leurs propres réseaux relationnels.

La diplomatie est affaire de compétences et de connaissances. Certes! Mais elle est aussi une question de savoir-faire et de savoir-être. Le diplomate est autant un observateur de la réalité de son pays d'accréditation qu'un être observé. La qualité de son action dépend en grande partie de son style personnel, de sa personnalité, de son charisme, de l'adéquation de son propre comportement avec l'exigence d'une moralité irréprochable au regard des référentiels du pays hôte.

Le représentant d'une nation avant tout

La diplomatie des cocktails, canapés et cornes de gazelles est révolue. Un ambassadeur n'est ni un restaurateur, ni un dandy mondain. C'est avant tout un représentant d'une nation à l'extérieur de ses frontières, qui doit savoir se fondre dans les rouages diplomatiques, politiques, administratifs, médiatiques et culturels du pays d'accueil. La parole de l'ambassadeur ne peut en aucun cas être audible, ni crédible, s'il n'a pas un certain entregent, s'il n'est pas en mesure d'établir des relations de confiance, et osons le dire, de connivence, avec l'élite du pays où il exerce sa mission de représentation.

Cette capacité à tisser un réseau de partenariats et d'alliances ne se décrète pas. Elle se bâtit patiemment dans la durée. Elle se mérite. Elle suppose de construire des liens à la fois professionnels et personnels sur des scènes de représentation différentes et avec des intervenants divers. Elle requiert une certaine expertise dans le style de communication, dans la façon d'exprimer une position pour obtenir son acceptabilité, la façon de l'expliquer et de la défendre par l'argumentation sans heurter des avis contraires.

Parallèlement à cet investissement personnel dans la relation diplomatique, l'ambassadeur doit aussi savoir s'effacer, pour être le porteur des messages officiels du Souverain et du gouvernement, et être le gardien des normes protocolaires et des règles de préséance.

Mais face à des instructions générales émanant de Rabat qui ne peuvent tout préciser à l'avance, un ambassadeur efficace doit pouvoir se bâtir une marge de manœuvre à partir d'une exégèse des discours royaux et des orientations de politique étrangère du gouvernement.

Apparaît ainsi un double écueil pour la diplomatie marocaine: la prudence excessive qui est nourricière d'une diplomatie stérile, et l'aventurisme démesuré qui est producteur d'une diplomatie incertaine. L'art de la diplomatie est de trouver un équilibre subtil entre ces deux extrêmes.

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Le 10 novembre 2015 à 9h19

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