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Améliorer la gouvernance dans le monde arabe

WASHINGTON, DC – Une récente enquête, menée par la Dotation Carnegie pour la paix internationale auprès de cent intellectuels et responsables arabes, a révélé un large consensus sur les causes profondes des problèmes qu’affronte la région: elle souffre d’un manque de bonne gouvernance. De fait, les inquiétudes des personnes interrogées portaient plus sur les problèmes intérieurs induits par cette carence - autoritarisme, corruption, systèmes éducatifs désuets, chômage - que sur les menaces à l’échelle régionale, qu’il s’agisse du prétendu Etat islamique (EI) ou des ingérences des puissances locales ou étrangères.  

Le 17 mai 2016 à 12h39

L’information n’est pas nouvelle. Les révoltes du Printemps arabe ont mis en évidence l’inadaptation du contrat social régional, face aux défis économiques et politiques du monde actuel. Mais les gouvernements arabes semblent ne pas avoir entendu le message.

Cinq ans après les soulèvements, les citoyens des pays arabes prennent toujours aussi peu de part aux affaires de leur pays - quand cette part ne s’est pas encore réduite. Ils dépendent, qui plus est, d’économies rentières, qui sont incapables de créer suffisamment d’emplois pour leurs populations jeunes et éduquées. Ils sont confrontés à une absence inquiétante de l’Etat de droit et n’ont pas l’assurance d’être traités équitablement, sans distinction de genre, d’origine ethnique ou de religion. 

La Tunisie comme modèle

Mais la mauvaise gouvernance qui règne aujourd’hui ne signifie pas que le monde arabe soit voué à l’échec. La Tunisie est à cet égard le fanal des espérances. Après la révolution de 2011, elle s’est engagée dans un processus ouvert et consensuel, afin de mettre en place un nouveau contrat social, qui respecte les droits individuels et collectifs de tous.

Si la Tunisie est encore confrontée à de graves problèmes économiques, si sa sécurité est toujours menacée, le dialogue national qu’elle a lancé est un premier pas, indispensable, à la solution de ses maux. Aujourd’hui, les autres sociétés arabes doivent elles aussi engager le dialogue, en ayant pour but de créer des économies et des institutions qui répondent aux besoins de tous leurs membres.  

L’histoire nous enseigne que ces processus de transformation demandent du temps. Les idées et les énergies, longtemps réprimées, libérées par des événements comme le Printemps arabe, doivent mûrir avant que leurs effets ne se fassent pleinement sentir sur la société.

Souvenons-nous des soulèvements qui virent, dans l’Europe de 1848, les peuples protester contre des systèmes autoritaires, féodaux et contre l’absence d’horizon économique. Il fallut moins d’un an aux forces du statu quo pour reprendre les rênes du pouvoir et partout les révoltes semblaient avoir été écrasées.

Mais quelque chose avait changé. Des tabous s’étaient brisés. Et dans les années qui suivirent, les progrès techniques permirent aux idées nouvelles de s’épanouir. Petit à petit, le féodalisme commençait à se dissoudre, les valeurs libérales et démocratique élargissaient leur influence, les femmes s’assuraient plus de droits et des systèmes économiques émergeaient qui, en augmentant la productivité, parvenaient à des taux de croissance élevés et amélioraient le niveau de vie.

Un processus du même ordre est en train de se développer dans le monde arabe, où des pans entiers de la population civile, notamment des jeunes, qui n’ont plus confiance dans leurs gouvernements, cherchent des sources différentes d’information et de nouvelles voies pour survivre économiquement. Jusqu’à présent, cette évolution est largement passée inaperçue des pouvoirs publics, ce qui montre à quel point ils sont coupés de leurs concitoyens. Mais bientôt, il sera impossible de l’ignorer.

Des gouvernements coupés de leurs citoyens

Tout cela survient en un temps où d’autres grands changements sont en cours : les systèmes rentiers fondés sur le pétrole sont en perte de vitesse, en raison de la chute brutale des prix de l’énergie lors de ces deux dernières années. L’Arabie saoudite, plus particulièrement, s’est vue contrainte d’entamer une évolution vers un modèle économique qui privilégie, pour assurer la croissance, l’investissement et la productivité. D’autres pays de la région devront en faire autant et réformer leur système économique ou alors affronter la colère de populations de plus en plus mécontentes.

Dans les stratégies de réforme économique, la technologie constituera un élément important. 240 millions d’Arabes – principalement des jeunes – ont déjà accès à l’Internet grâce à leur téléphone portable. On estime qu’en 2020, toute la jeunesse arabe sera connectée. La technologie favorise la création et le partage du savoir, dans une région qui souffre à cet égard d’un retard historique, et les start-ups technologiques sont en plein essor.

Cela ne veut pas dire que la technologie soit la panacée pour la région. Après tout, l’EI utilise aussi la technologie, mais de sinistre manière : pour répandre sa macabre propagande et recruter de nouveaux membres. Mais la technologie peut accélérer le progrès social et économique dans le monde arabe, dès lors que les pays construiront le cadre institutionnel moderne où elle pourra se développer.

De nos jours, aucun pays ne peut évoluer sans se doter d’institutions crédibles et efficaces, sans mettre en place un système d’équilibre des pouvoirs politiques digne de ce nom, sans instituer des contrôles sur les prises de décisions. Ces éléments sont indispensables pour que les pays puissent offrir à leurs citoyens une qualité de vie convenable.

Tôt ou tard, le monde arabe aura tout cela. Si la communauté internationale est avant tout préoccupée par l’EI et par le rôle destructeur de l’Iran au Moyen-Orient, la plupart des Arabes se soucient surtout d’améliorer leur quotidien. Leurs gouvernements doivent les encourager dans cette voie.

Traduction François Boisivon

© Project Syndicate 1995–2016


 

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Le 17 mai 2016 à 12h39

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