Ukraine: Hollande et Merkel appellent à l'application des accords de Minsk
François Hollande et Angela Merkel ont réaffirmé vendredi leur volonté de voir les accords de Minsk appliqués intégralement, trois jours après la prise par les rebelles de la ville stratégique de Debaltseve, qui offrait un spectacle de désolation.
Le président français, qui rencontrait à Paris la chancelière allemande, s'est dit convaincu que "tous les accords de Minsk" devaient s'appliquer et que les cessez-le-feu devaient être "intégralement respectés sur l'ensemble de la ligne de front", trois jours après l'abandon précipité de ce verrou stratégique de l'Est séparatiste par l'armée ukrainienne.
Mme Merkel a ajouté que l'objectif était maintenant que les engagements de Minsk soient "mis en œuvre et traduits dans la pratique", de façon à ce que "le bain de sang ne se poursuive pas".
Les chefs de la diplomatie français, allemand, russe et ukrainien se rencontreront mardi à Paris pour discuter du conflit dans l'est de l'Ukraine, a annoncé de son côté le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius.
Avec ses maisons déchiquetées et des rues parsemées de véhicules brûlés, Debaltseve offrait vendredi un spectacle de désolation. Pratiquement toutes les fenêtres de ce qui fut un important noeud ferroviaire de 25.000 habitants ont été soufflées par les bombardements quotidiens des dernières semaines, a constaté un journaliste de l'AFP qui a pu entrer dans la ville.
Si les combattants séparatistes célébraient cette prise militaire importante, qui permet de relier les deux "capitales" séparatistes de Donetsk et Lougansk, les civils resté à Debaltseve pendant les combats étaient amers.
"Ils ont bombardé les quartiers les uns après les autres pour faire fuir les habitants", a déclaré à l'AFP Tatiana Rechetova, 60 ans, qui attend devant l'administration des chemins de fer une hypothétique distribution de pain.
Au sous-sol de ce grand bâtiment, une vingtaine de femmes hagardes et affamées vivent là, certaines depuis plusieurs mois, dans un fatras de détritus et de matelas de fortune. "Vous ne nous avez pas défendues!", s'est énervée l'une d'elle, s'adressant aux Occidentaux.
- vingt chars russes entrés en Ukraine -
Confrontés à des bombardements incessants, 2.500 soldats ont pu s'enfuir précipitamment dans la nuit de mardi à mercredi. Kiev a annoncé la mort de 13 soldats mais les pertes pourraient être bien plus importantes, alors que l'armée ukrainienne a reconnu être sans nouvelles vendredi de 31 soldats. Elle a également annoncé que 110 de ses hommes ont été faits prisonniers.
Les rebelles, qui contrôlent intégralement la ville, ont assuré y avoir découvert les corps de 57 soldats ukrainiens, en plus de nombreuses armes dont 28 chars d'assaut.
"Un échange de prisonniers avec l'Ukraine aura lieu samedi", a déclaré une représentante rebelle pour les droits de l'Homme, Daria Morozova, à l'agence de presse russe Interfax.
Kiev n'a pas confirmé cet échange, qui fait partie de la série de mesures agréées lors des accords de "Minsk 2" signés le 12 février.
Deux soldats ukrainiens ont été tués et trois blessés au cours des dernières 24 heures, a par ailleurs annoncé vendredi un porte-parole militaire ukrainien, Vladislav Seleznev, tandis qu'un autre porte-parole a annoncé que des combats continuaient dans les régions de Donetsk et de Marioupol, important port industriel au sud-est de l'Ukraine.
Vingt chars russes ont franchi la frontière russo-ukrainienne à Novoazovsk, à l'extrémité sud de la ligne de front, a annoncé ce deuxième porte-parole, Andriï Lyssenko.
Dans le fief rebelle de Donetsk, une civile a été tuée par un bombardement vendredi, a annoncé l'administration séparatiste de la ville.
Au sein de l'armée et de la société ukrainienne, des voix s'élèvent pour critiquer l'état-major, accusé d'être incompétent. A Artemvisk, une ville située à 35 kilomètres au nord de Debaltseve dans laquelle les troupes ont été regroupées, un responsable régional pro-Kiev a déclaré à l'AFP, sous couvert d'anonymat, que la plupart des soldats refusaient de retourner combattre.
- nouveau bilan -
Le porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l'Homme, Ruppert Colville, s'est dit vendredi "profondément inquiet du sort des civils, des prisonniers et des blessés" dans la zone de Debaltseve. Le bilan du conflit s'établit maintenant à 5.692 morts depuis avril 2014, a-t-il ajouté, précisant que ce bilan pouvait être "considérablement plus élevé".
Jeudi, le président ukrainien Petro Porochenko a de nouveau appelé à l'envoi de forces de maintien de la paix dans l'est de l'Ukraine, notamment pour le contrôle de la frontière russo-ukrainienne, par laquelle Kiev et les Occidentaux accusent la Russie de faire passer des armes, ce que Moscou dément.
Mais l'appel de M. Porochenko est resté lettre morte, malgré une conversation téléphonique à quatre avec François Hollande, Angela Merkel et Vladimir Poutine jeudi. En dépit des violations manifestes du cessez-le-feu à Debaltseve, les quatre dirigeants avaient seulement convenus, selon un communiqué du Kremlin, "de mettre en œuvre avec rigueur l'intégralité de la série de mesures agréées le 12 février à Minsk".
"L'Ukraine traverse un moment critique. Les violations continues du cessez-le-feu pourraient mener à une violence incontrôlée", a déclaré le ministre serbe des Affaires étrangères Ivica Dacic, président en exercice de l'OSCE.