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Dépenses militaires : la dérive budgétaire d'Alger face à la stratégie d'efficience du Maroc

Selon les données du SIPRI, l’Algérie a porté son effort de défense à 25,4 milliards de dollars en 2025, contre 6,3 milliards pour le Royaume. Un écart de quatre à un qui, au-delà des volumes engagés, interroge le rendement réel des choix du voisin de l'Est et met en relief l’approche plus contenue suivie par Rabat.

Algérie: achats d’armes russes et risque de sanctions américaines
N.K.
Le 1 juillet 2026 à 15h20 | Modifié 1 juillet 2026 à 15h52

Selon le rapport du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), l’Algérie a alloué en 2025 un montant record de 25,4 milliards de dollars à ses dépenses militaires. Ce chiffre marque une nouvelle accélération de l’effort de défense d’Alger, dans un contexte mondial de réarmement, mais avec un niveau particulièrement élevé à l’échelle régionale.

Cette enveloppe de 25,4 milliards de dollars représente :

- Une hausse de 11% sur un an, en termes réels, par rapport à 2024.

- Une progression de près de 39% en deux ans : le budget militaire algérien est passé de 18,3 milliards de dollars en 2023 à 21,8 milliards en 2024, avant d’atteindre 25,4 milliards en 2025.

- Le 20e budget militaire mondial en valeur absolue.

- Le premier budget militaire d’Afrique et du monde arabe, ce qui fait de l’Algérie le principal contributeur aux dépenses militaires en Afrique du Nord.

Le rapport du SIPRI met aussi en évidence le poids de cet effort sur l’économie algérienne. La défense absorbe désormais 8,83% du PIB de l’Algérie, l’un des taux les plus élevés au monde, plaçant le pays au 3e rang mondial derrière l’Ukraine et Israël. Elle représente également 25% des dépenses publiques, loin devant la santé, estimée à environ 6,8 milliards de dollars, soit 2,4% du PIB, et l’éducation, à près de 13,7 milliards de dollars, soit 4,9% du PIB, pour une population de 46,8 millions d’habitants.

Le SIPRI note qu’un tel niveau d’effort financier est rarement observé en dehors des États directement impliqués dans une guerre active. Pour plusieurs observateurs, cette situation interroge sur les déterminants stratégiques et politiques de la trajectoire budgétaire algérienne.

Le Maroc, une trajectoire budgétaire plus contenue

À l’opposé, le Maroc affiche une trajectoire plus maîtrisée. Toujours selon les données du SIPRI, le budget de la défense du Royaume s’établit à 6,3 milliards de dollars en 2025.

Sans entrer dans une logique de surenchère budgétaire, Rabat poursuit la modernisation de ses forces armées selon une approche plus graduelle.

- Les dépenses militaires marocaines affichent une hausse de 6,6% sur un an, une progression plus modérée que celle observée en Algérie. Cette évolution permet au Royaume de consolider ses capacités opérationnelles tout en préservant ses grands chantiers d’infrastructure et de développement humain.

- Cette trajectoire place le Maroc au deuxième rang africain en matière de budget militaire, derrière l’Algérie, mais avec un niveau de dépenses environ quatre fois inférieur.

Ce différentiel budgétaire illustre deux approches distinctes. D’un côté, l’Algérie consacre une part très importante de ses ressources publiques à la défense. De l’autre, le Maroc cherche à maintenir un équilibre entre modernisation militaire, stabilité macroéconomique et priorités de développement.

Pour notre consultant militaire Abdelhamid Harifi, l’asymétrie des budgets révèle moins un déséquilibre capacitaire qu’une différence doctrinale. Face à la montée en puissance budgétaire d’Alger, Rabat privilégierait, selon lui, une stratégie d’efficacité des coûts, de dissuasion asymétrique et d’exploitation de ses atouts géographiques.

"Le Maroc sait comment faire très mal à l’Algérie sans dépenser trop en armes, profitant de la géographie des deux pays et de sa position géostratégique au détroit de Gibraltar".

Cette configuration permettrait au Royaume, selon cette analyse, de sanctuariser son territoire et de sécuriser ses intérêts vitaux sans s’engager dans une course aux armements coûteuse. En évitant une escalade budgétaire, le Maroc préserve sa marge de manœuvre financière et maintient ses priorités nationales autour de l’attractivité, de l’investissement productif et du développement des infrastructures.

Pour Abdelhamid Harifi, l’arbitrage budgétaire algérien traduit aussi une lecture stratégique fortement centrée sur le Maroc. "C’est un indice très inquiétant sur la stabilité politique et économique de l’Algérie, qui semble se considérer dans une guerre existentielle face à un ennemi imaginaire appelé le Maroc... qui de son côté semble ignorer cette menace pour se concentrer sur son développement économique, évitant ainsi le risque d’une escalade d’achats massifs d’armes.

Opacité, délais industriels et rendement capacitaire

L’analyse des chiffres du SIPRI et de la réalité du terrain soulève une autre question, celle du rendement effectif des dépenses militaires algériennes. Si les budgets annoncés atteignent des niveaux élevés, leur traduction en capacités opérationnelles immédiatement disponibles n’est pas toujours linéaire.

Abdelhamid Harifi rappelle d’abord qu’un budget élevé ne se transforme pas automatiquement en moyens militaires déployables, en raison de facteurs techniques, industriels et calendaires souvent sous-estimés.

"Les achats d’armement ont souvent un caractère cyclique... On tend à confondre l’évolution du budget de défense avec l’évolution des achats, ce qui est pratiquement faux, dans la mesure où la majorité des achats se font selon un calendrier de paiement étalé dans le temps, soit pour des raisons de financement ou de délais de production", explique-t-il.

La méthodologie du SIPRI peut également accentuer ces décalages de perception. L’institut suédois n’intègre dans son suivi annuel que "les armes dont la réception a été confirmée ou dont le contrat est officiel". Ce mode de calcul explique pourquoi les rapports annuels peuvent faire apparaître des écarts entre les budgets votés, les paiements engagés et l’acquisition effective des matériels.

Au-delà de ces aspects méthodologiques, l’expert pointe un problème plus profond de gouvernance au sein de l’appareil sécuritaire algérien. Malgré des budgets très élevés depuis plusieurs années, il estime que le rendement capacitaire de ces investissements demeure insuffisant.

"La mafia qui dirige l’Algérie continue à dépenser plus pour un résultat très faible qui ne justifie pas le budget", affirme Abdelhamid Harifi. "Réellement, les achats militaires ne sont pas à la hauteur des budgets alloués depuis 2016 à aujourd’hui... remettant encore une fois en doute la fiabilité et la transparence budgétaire dans ce pays".

Ainsi, l’Algérie apparaît engagée dans une trajectoire militaire particulièrement coûteuse, dont le poids sur les finances publiques interroge autant que l’efficacité opérationnelle. Dans ce contexte, le contraste avec le Maroc tient moins au niveau absolu des dépenses qu’à la capacité de chaque pays à articuler sécurité, soutenabilité budgétaire et priorités économiques.

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N.K.
Le 1 juillet 2026 à 15h20

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