Souveraineté alimentaire : face aux prix et à la sécheresse, Akhannouch défend son bilan agricole
À la Chambre des conseillers, le chef du gouvernement a répondu aux critiques sur le cheptel, les viandes rouges et le coût du panier quotidien en défendant les aides aux éleveurs, les investissements dans l’eau et l’agriculture, ainsi qu’une réorganisation annoncée des circuits de distribution, avec 12 marchés de gros régionaux.
Lors de la séance mensuelle consacrée aux questions de politique générale, mardi 30 juin à la Chambre des conseillers, le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a défendu la stratégie de l’exécutif en matière de souveraineté alimentaire. Face aux critiques sur les prix des produits alimentaires et la situation du cheptel, il a mis en avant le bilan des politiques agricoles, les investissements engagés depuis 2021 et les mesures destinées à préserver l'approvisionnement du marché national.
Dans son intervention, Aziz Akhannouch a rappelé que la souveraineté alimentaire constitue un enjeu stratégique pour le Royaume, dans un contexte marqué par sept années successives de sécheresse, les perturbations des marchés internationaux et la hausse des coûts de l'énergie. Selon lui, la réponse du gouvernement repose sur une approche intégrée associant agriculture, eau, énergie et soutien social. Il a également souligné que, durant la crise sanitaire, le Maroc était parvenu à assurer des taux de couverture compris entre 98% et 100% pour les principaux produits alimentaires, notamment les viandes, les fruits, les légumes et le lait.
Les acquis agricoles mis en avant
Le chef du gouvernement est revenu sur les acquis du Plan Maroc Vert, qui a mobilisé 132 MMDH d'investissements entre 2008 et 2020, permis une croissance annuelle moyenne du PIB agricole de 4,7%, créé plus de 50 millions de journées de travail et bénéficié à près de 730.000 agriculteurs à travers 989 projets d'agriculture solidaire.
Il a ensuite mis en avant les résultats de la stratégie Génération Green 2020-2030, citant notamment la généralisation de la couverture sociale à près de 1,4 million d'agriculteurs, la revalorisation de 25% du SMAG, l'accompagnement de plus de 17.000 jeunes porteurs de projets agricoles et la création de 30 centres régionaux de formation. Le gouvernement prévoit également d'étendre les projets d'agriculture solidaire sur 350.000 à 400.000 hectares d'ici 2030, au profit des petits agriculteurs, des jeunes et des femmes rurales.
Sur le volet productif, Aziz Akhannouch a affirmé que l'activité agricole devrait progresser de 15% en 2026, après une croissance de 4,6% en 2025. Il a également rappelé la signature de 19 contrats-programmes avec les interprofessions agricoles, pour une enveloppe globale de 110 MMDH, ainsi que la poursuite des investissements dans l'irrigation. Les superficies équipées en irrigation localisée devraient ainsi atteindre 930.000 hectares d'ici fin 2026, soit 58% des terres irriguées du Royaume.
L’eau, autre pilier de la réponse
Le chef du gouvernement a également insisté sur les investissements consacrés à la sécurisation des ressources en eau. Il a rappelé que l'enveloppe du Programme national d'approvisionnement en eau potable et d'irrigation a été portée de 115 à 143 MMDH, tandis que la capacité de dessalement a été multipliée par neuf, passant de 46 millions de m³ en 2021 à 415 millions de m³ fin 2025. À l'horizon 2030, les nouvelles stations devraient produire 1,7 milliard de m³, couvrant près d'un tiers des besoins nationaux en eau potable et irriguant 147.000 hectares.
Il a également cité l'interconnexion des bassins hydrauliques entre le Sebou et le Bouregreg, qui a permis de transférer plus de 400 millions de m³ d'eau au profit de plus de 11 millions d'habitants entre Rabat et Casablanca.
Concernant la lutte contre les effets de la sécheresse, Aziz Akhannouch a indiqué que près de 20 MMDH avaient été mobilisés pour soutenir les agriculteurs et les éleveurs. Le programme a notamment permis la distribution de 27 millions de quintaux d'orge subventionnée, de 8,5 millions de quintaux d'aliments composés, de 650.000 tonnes d'engrais phosphatés et de 3 millions de quintaux d'engrais azotés au profit de plus de 160.000 agriculteurs.
Il a également rappelé le lancement du programme de reconstitution du cheptel national, doté de 12 MMDH conformément aux hautes instructions royales. Plus de 1,2 million d'éleveurs ont été recensés dans le cadre de cette opération.
Le chef du gouvernement a aussi mis en avant les mesures de soutien au pouvoir d'achat, rappelant que 135,6 MMDH avaient été mobilisés entre 2021 et 2025 pour la compensation du gaz butane, du sucre, de la farine et de l'électricité. Il a souligné que le soutien social direct bénéficie désormais à 3,9 millions de familles, soit près de 12 millions de personnes, pour un budget de 52 MMDH à fin janvier 2026. Selon lui, ces mesures ont contribué à faire reculer l'inflation alimentaire de 20,8% en février 2023 à 1,5% entre décembre 2025 et février 2026.
Viandes rouges et circuits de distribution
Dans sa réplique aux interventions des groupes parlementaires, Aziz Akhannouch s'est particulièrement attardé sur la question des viandes rouges. Il a estimé que la hausse des prix résultait à la fois des effets de la sécheresse et de l'augmentation des coûts de production à l'échelle mondiale, rappelant que les prix internationaux des viandes rouges avaient progressé d'environ 190% en six ans.
Il a également fait état d'une amélioration de plusieurs filières agricoles cette année, avec une production céréalière de 90 millions de quintaux, une récolte oléicole de 2 millions de tonnes ayant permis la production de 600.000 tonnes d'huile d'olive, une production d'agrumes de 1,9 million de tonnes, de dattes de 160.000 tonnes, ainsi qu'une production de 530.000 tonnes de viandes rouges et de 820.000 tonnes de viandes blanches.
Il a assuré que le gouvernement poursuivrait les mesures destinées à renforcer l'offre, améliorer les circuits de commercialisation et lutter contre les intermédiaires et la spéculation. Il a annoncé que l'exécutif travaillait à la création de 12 marchés de gros, un par région, afin de mieux organiser les circuits de distribution.
Il a également indiqué que le gouvernement pourrait de nouveau suspendre les droits de douane sur les importations de viandes rouges si l'équilibre du marché l'exigeait, tout en rejetant les accusations relatives à un prétendu soutien financier de 13 MMDH aux importateurs. Selon lui, il s'agit uniquement d'une exonération des droits de douane prévue par la loi de finances afin de stabiliser les prix.
Enfin, Aziz Akhannouch a défendu la politique de soutien au monde rural, estimant que les aides accordées aux agriculteurs et aux éleveurs étaient indispensables après plusieurs années de sécheresse. Il a assuré que le gouvernement continuerait à prendre les mesures nécessaires pour préserver la production nationale, reconstituer le cheptel et garantir la sécurité alimentaire du pays.
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