Indonésie: Joko Widodo intronisé président face à de rudes épreuves
Joko Widodo, le premier président de l'Indonésie sans liens avec le régime de l'ex-dictateur Suharto, a été intronisé lundi et va être confronté à de rudes épreuves pour réformer la troisième plus grande démocratie au monde.
Trois mois après son élection, Joko Widodo a prêté serment au cours d'une cérémonie d'investiture devant le Parlement à Jakarta, à laquelle assistent de nombreux dignitaires étrangers, parmi lesquels le Premier ministre australien Tony Abbott et le secrétaire d'Etat américain John Kerry.
"Au nom de Dieu, je jure de remplir mes obligations en tant que président de l'Indonésie en faisant de mon mieux et de la manière la plus juste possible", a déclaré Joko Widodo, surnommé Jokowi.
Portant un costume noir et le traditionnel couvre-chef indonésien, Jokowi a écouté debout l'hymne national au côté de son prédécesseur, Susilo Bambang Yudhoyono, avant de prononcer son discours d'investiture.
De nombreux partisans de Jokowi se sont réunis dans divers endroits de la capitale pour les festivités hautes en couleurs prévues tout au long de la journée pour célébrer l'événement sous haute sécurité.
Plus de 24.000 policiers sont déployés en ville pour cette passation de pouvoirs. Après la clôture de la cérémonie au Parlement, le nouveau chef de l'Etat doit parcourir les rues de Jakarta dans une calèche jusqu'au palais présidentiel. Les festivités s'achèveront dans la soirée par un concert de rock heavy metal, dont Jokowi est un fan.
Issu d'un milieu modeste, Jokowi est le premier président ne venant pas de l'élite politico-militaire qui était aux commandes du plus grand pays musulman au monde depuis la chute du dictateur Suharto en 1998.
Elu en juillet à l'issue d'une campagne âprement disputée face à l'ex-général controversé Prabowo Subianto, Jokowi, 53 ans, a connu une ascension fulgurante en politique grâce à une popularité acquise d'abord en tant que maire de sa ville natale puis gouverneur de Jakarta en 2012.
- Réformes cruciales -
Pendant la campagne, il a promis de lutter en priorité contre la corruption endémique et de réduire la pauvreté, suscitant beaucoup d'espoirs dans ce pays de 250 millions d'habitants, dont près de 40% vivent avec moins de deux dollars par jour.
Mais l'enthousiasme est quelque peu retombé depuis l'élection à la fonction suprême de cet ancien vendeur de meubles élevé dans une cabane de bambou. La coalition de Prabowo, majoritaire au Parlement, a obtenu tous les postes clés dans les deux chambres et supprimé l'élection directe des dirigeants locaux, un système qui a permis à Jokowi de passer de l'anonymat à la présidence, après avoir été élu maire puis gouverneur au suffrage direct.
Contre toute attente, l'ex-général a rencontré vendredi Jokowi pour la première fois depuis son élection et appelé les partis de sa coalition à soutenir le nouveau président, une déclaration qui a fait retomber la tension entre les deux camps, mais accueillie avec prudence par les analystes.
Le nouveau président, qui n'a aucune expérience politique au niveau national, va se retrouver face à de rudes épreuves pour mettre en place des mesures cruciales promises - améliorer l'accès aux soins et à l'éducation, réduire la bureaucratie et relancer la première économie d'Asie du Sud-Est - compte tenu de la faible marge de manoeuvre budgétaire et d'un Parlement où il n'a pas de majorité.
Pour redonner du tonus à une croissance qui a ralenti au deuxième trimestre à un plus bas depuis cinq ans (+5,12%), il devra, selon les experts, réduire drastiquement les subventions accordées pour l'essence, qui représentent plus de 20% du budget de l'Etat, une mesure impopulaire à l'origine de violentes émeutes par le passé.
Cette réforme permettrait de dégager des fonds pour accroître les investissements et le développement des infrastructures dont manque cruellement l'archipel de 17.000 îles et îlots. Jokowi entend aussi améliorer le climat des affaires pour attirer des investisseurs étrangers qui se plaignent du protectionnisme.