Chypre: reprise du dialogue pour réunifier l'île
Chypriotes grecs et turcs ont repris mercredi leurs négociations dans la station alpine suisse de Crans-Montana pour tenter de mettre un terme à l'un des plus vieux conflits au monde et réunifier leur île divisée depuis plus de 40 ans.
Le Norvégien Espen Barth Eide, émissaire spécial des Nations unies pour Chypre depuis 2014, n'aura pas la tâche aisée pour réconcilier ces deux communautés rivales en vue de créer un Etat fédéral.
"Cela ne va pas être facile et il n'y a aucune garantie de succès (mais) c'est une occasion unique, parce qu'après toutes ces décennies de division, il est possible de trouver une solution", a-t-il dit aux journalistes avant le début des discussions qui reprennent après une interruption de 5 mois.
Le précédent round organisé en janvier en Suisse avait enregistré quelques avancées mais s'était globalement soldé par un échec.
Chypre est divisée depuis 1974, lorsque l'armée turque a envahi la partie nord de l'île en réaction à un coup d'Etat de Chypriotes grecs qui visait à rattacher le pays à la Grèce et suscitait une vive inquiétude auprès de la minorité chypriote turque.
Depuis, des Casques bleus de l'ONU contrôlent la "ligne verte", une zone tampon démilitarisée séparant les deux communautés.
Les Chypriotes turcs habitent dans la République turque de Chypre du Nord (RTCN), reconnue uniquement par Ankara, où la Turquie stationne quelque 35.000 soldats.
Réunis dans un grand hôtel de Crans-Montana, une station située à 1.500 mètres d'altitude, le président chypriote Nicos Anastasiades et le dirigeant chypriote turc Mustafa Akinci ont entamé cette première journée par une conférence élargie aux ministres des Affaires étrangères et représentants des "garants" de la sécurité de l'île: Turquie, Grèce et Grande-Bretagne, ex-puissance coloniale.
Le ministre britannique Boris Johnson a lui participé uniquement au dîner organisé la veille et a dû regagner Londres dans la nuit pour assister à un vote au Parlement.
La chef de la diplomatie de l'Union Européenne, Federica Mogherini, est également présente, car Chypre est membre de l'UE depuis 2004.
Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, qui suit ce dossier de près, pourrait venir à la fin de la semaine à Crans-Montana.
Espen Barth Eide, qui fait office de médiateur, a estimé que "des progrès importants" ont été accomplis en janvier sur les questions "intérieures" concernant les deux délégations chypriotes: le partage de la gouvernance, la restitution des propriétés spoliées, les questions économiques, les relations avec l'Union européenne et le découpage territorial entre les deux communautés.
- La sécurité, pomme de discorde -
En revanche, sur la question de la sécurité du futur Etat, le médiateur a reconnu que "les points de vue sont diamétralement opposés".
Actuellement, les trois "garants" de la sécurité de l'île conservent le droit d'intervenir militairement.
Mais Nicosie, soutenue par Athènes, réclame le retrait de tous les soldats turcs, ce que refusent les Chypriotes turcs.
Selon une source diplomatique, la Turquie serait prête à réduire de 80% sa présence militaire.
Un petit groupe de manifestants ont brandi mercredi des banderoles à l'arrivée des délégations, pour leur demander de conclure un accord de paix durable.
"Nous pensons à Chypre que les deux communautés veulent réellement une solution. Ce n'est pas facile, mais nous pensons qu'il faut faire des concessions nécessaires", a déclaré à l'AFP Kemal Baykalli représentant du groupe "Unite Cyprus Now" (Unifier Chypre Maintenant).
"Nous craignons que cela soit la dernière chance, mais je pense que les dirigeants sont proches (d'un accord)", a-t-il ajouté.
Bien que largement minoritaires, les Chypriotes turcs contrôlent actuellement 37% de l'île. Selon certains médias chypriotes, la partie grecque serait disposée à leur accorder 28,2% de la superficie du futur Etat, alors que la partie turque en réclamerait 29,2%.
La Grande-Bretagne, ex-puissance coloniale, possède également des bases militaires dans la partie sud de l'île. Londres a offert de restituer 49% (117 km2) du territoire occupé par ses bases en cas de règlement de la crise.
La partition a provoqué l'exode entre le nord et le sud de dizaines de milliers de Chypriotes grecs et turcs qui espèrent, en cas d'accord, retrouver leurs propriétés. D'autres, installés depuis quatre décennies, ne veulent pas recommencer leur vie ailleurs, comme c'est le cas pour la ville symbole de Morphou (nord).