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ECONOMIE

Assurance auto : Rahhou veut élargir les critères tarifaires

Le marché de l'assurance automobile reste marqué par une faible différenciation des tarifs entre les compagnies, malgré un cadre concurrentiel en apparence libéralisé. Pour le président du Conseil de la concurrence, cette situation résulte de plusieurs facteurs réglementaires et structurels, notamment le Code des assurances, la sinistralité, la fraude et les coûts d’intermédiation.

Assurance auto : Rahhou veut élargir les critères tarifaires
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Le 16 juillet 2026 à 16h42 | Modifié 16 juillet 2026 à 16h58

Le secteur de l'assurance automobile compte plusieurs opérateurs. Bien que le marché soit libéralisé, le choix de l'assureur ne semble pas réellement déterminant au moment de souscrire un contrat, car les tarifs sont pratiquement les mêmes d'une compagnie à l'autre.

"Cette situation est historique", estime ce jeudi 16 juillet 2026 Ahmed Rahhou, président du Conseil de la concurrence, invité des Grands Rendez-Vous de Médias24. "Elle n'est pas normale. Nous l'avons déjà relevé dans un rapport publié il y a trois ans et, depuis, nous faisons pression" dans ce sens.

"Nous avons demandé de lever cette contrainte, qui est parfois d'ordre réglementaire. Aujourd'hui, la différenciation tarifaire en assurance automobile est restreinte par la loi, notamment par le Livre IV du Code des assurances, qui est actuellement en cours de modification".

"Nous avons donc demandé un élargissement des critères de tarification afin qu'il y ait une véritable compétition entre les opérateurs", ajoute-t-il.

La modification du Livre IV du Code des assurances est en cours

"Lorsqu'un secteur ne fait pas suffisamment la différence entre les bons et les mauvais conducteurs, entre les régions où il y a beaucoup d'accidents et celles où il y en a moins, il y a une tendance naturelle, dans une profession où les primes sont définies statistiquement, à tout ramener à une moyenne et à appliquer un tarif qui finit par être quasiment le même pour tous, puisqu'il s'adresse au même marché".

"Cette tendance est critiquable. Elle n'est pas bonne pour le pays. La modification du Livre IV est donc en cours. Elle ouvre déjà la voie à certains critères de différenciation. Ce n'est pas totalement à la hauteur de nos ambitions, mais nous pensons que cela peut constituer une première étape afin de ne pas perturber le marché de manière trop brutale".

"Il y a également le rôle de l'intermédiation. Nous considérons qu'il existe des coûts liés au non-paiement des primes par certains agents aux compagnies d'assurance. Ce sont des coûts qui sont finalement supportés par le consommateur final. Il y a aussi les coûts liés à la fraude à l'assurance, ainsi que ceux liés à la sinistralité".

"Il n'y a pas longtemps encore, nous discutions avec les professionnels du secteur et nous faisions la remarque suivante : nous avons des milliers de morts chaque année au Maroc à cause des accidents de la route, mais cela coûte aussi énormément d'argent aux compagnies d'assurance. Il faut donc réduire ce nombre de décès, ce qui serait dans l'intérêt général".

"Aujourd'hui, comme cela a été fait dans certains pays qui ont pris le problème de l'accidentologie à bras-le-corps, les compagnies d'assurance pourraient elles-mêmes identifier les zones accidentogènes et, si nécessaire, financer des travaux de voirie pour les sécuriser".

Le recours à la sanction n'est pas toujours le bon levier

"Il y a une réflexion très large sur ce sujet, qui dépasse largement le seul cadre de la tarification. Car la tarification d'aujourd'hui est le résultat de tout cela : trop d'accidents, trop de victimes, et donc trop de primes payées. Cela renchérit le coût de l'assurance et, comme les critères de différenciation sont insuffisants, cela conduit à appliquer quasiment le même tarif à tout le monde".

Et de souligner : "On a beau interpeller les compagnies d'assurance aujourd'hui, cela continuera si rien ne change. Il faut agir sur le coût des accidents, sur la fraude et sur le paiement des primes. Nous avons formulé toute une batterie de recommandations dans nos rapports, qui sont aujourd'hui reprises par l'Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance (ACAPS), laquelle y ajoute naturellement ses propres préoccupations pour améliorer le fonctionnement du secteur".

"Face à un secteur où nous estimons nous-mêmes que la concurrence n'est pas suffisante, le recours à la sanction n'est pas toujours le bon levier, parce que les pratiques peuvent continuer comme avant".

Ce qui n'est pas normal, c'est l'entente, pas le fait que les prix augmentent

S'agissant de la réforme du barème d'indemnisation des accidents de la circulation, dont la mise en œuvre devait entraîner une hausse des primes de responsabilité civile automobile avant d'être suspendue début avril, à la veille de son entrée en vigueur, Ahmed Rahhou distingue clairement une augmentation des coûts d'une éventuelle entente entre assureurs.

"Là-dedans, il y a deux choses. Une hausse concertée n'est pas acceptable. C'est pour cela que cela a été suspendu. On ne peut pas accepter ce genre de choses".

"Par contre, des éléments de coût qui augmentent pour tout le monde peuvent conduire chacun à réviser ses tarifs. Il faut faire attention à ne pas interpréter la concomitance d'une décision, induite par des frais ou des éléments exogènes qui concernent toute une profession, comme une entente".

"En revanche, lorsqu'il y a une véritable entente, c'est différent. Chacun doit réfléchir en fonction de ses coûts, de sa clientèle et de son propre calendrier pour réviser ses prix. Les prix sont libres. Nous n'avons pas le droit de les bloquer ad vitam aeternam".

"Nous avons agi dans certains secteurs pour plafonner les prix pendant une certaine durée, mais c'était pour éviter qu'une opération de concentration ou qu'un élément exogène ne produise un effet de tache d'huile sur l'ensemble du secteur. Ce qui n'est pas normal, c'est l'entente, pas le fait que les prix augmentent".

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