De Smara à la Mauritanie, une route stratégique et des postes-frontières aux enjeux multiples
Alors que les travaux de la route reliant Smara à la frontière mauritanienne touchent à leur fin, la Mauritanie a instauré 82 nouveaux postes-frontières, dont quinze concernent directement le Maroc. Une évolution qui relance le débat sur les restrictions de l’accord militaire n° 1, et leurs implications sur le terrain.
Le projet de construction de l’axe routier reliant Smara à la frontière mauritanienne via Amgala et Tifariti est en passe d’être achevé, avec un taux d’avancement de plus de 95%.
Parallèlement, la Mauritanie a récemment publié pour l'ensemble de ses frontières, la liste de 82 postes frontaliers obligatoires pour la circulation des personnes et des biens, dont 15 concernent la frontière marocaine.
Mobilisant un budget de près de 50 millions de dirhams, cette route de 93 km vise à améliorer la connectivité, la sécurité et le confort des usagers. Son achèvement, prévu pour 2025, permettra notamment de réduire les distances pour les voyageurs et transporteurs, en particulier les camionneurs marocains à destination du Mali, du Niger et du Burkina Faso.

Ce projet s’inscrit aussi dans une dynamique plus large, facilitant l’accès à Dakhla et renforçant les ambitions de l’Initiative atlantique. Il symbolise également une reconnaissance fondamentale de la marocanité du Sahara, de son intégrité territoriale et, plus spécifiquement, de ses frontières.
Cela dit, ces nouvelles ouvertures de postes-frontières soulèvent la question de leur compatibilité avec les restrictions imposées par l’accord militaire n°1, et des conséquences potentielles sur le terrain.
Achèvement des travaux en 2025
L'avancement global de la réalisation de l'axe routier (RN17 et RN17B) reliant Smara à la frontière mauritanienne via les communes d’Amgala et Tifariti, sur un linéaire de 93 km, a atteint plus de 95%. C’est ce qu’a indiqué ce mercredi 19 février, le directeur provincial de l'Équipement, du transport et de la logistique de Smara, Samih Zemmari, lors d’une visite de terrain du gouverneur de la province de Smara, Brahim Boutoumilate, et des élus au point kilométrique n° 77 de cette route.
Cet axe routier reliant Smara à la frontière mauritanienne (Fort Trinquet ou Bir Moghreïn au nord du pays), qui a mobilisé un montant global de près de 50 millions de dirhams, se compose de quatre tronçons. Le dernier, toujours en cours de réalisation, s'étend sur plus de 28 km. L’avancement des travaux de réalisation de cet axe a atteint 88%, selon les informations recueillies par Médias24.
La date d’achèvement de ces travaux est prévue pour 2025. Par la suite, cette nouvelle voie permettra de réduire le temps du transport et d’améliorer le confort et la sécurité routière.
La création de cet axe routier s’inscrit pleinement dans le cadre de l’Initiative atlantique, lancée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, visant à renforcer l’intégration régionale en facilitant l’accès des pays du Sahel à l’océan Atlantique.
Ce projet contribuera au développement économique et au renforcement du tissu socio-économique dans la province, en créant des emplois et en consolidant la stabilité des populations des communes d’Amgala et Tifariti.
D’une importance stratégique, il servira de pont logistique reliant le Maroc, la Mauritanie et d’autres pays africains tels que le Mali, le Niger et le Burkina Faso, contribuant ainsi à l’essor économique au niveau régional et continental.
À cette occasion, des informations ont été communiquées au gouverneur de la province et à sa délégation concernant la construction d’une gare routière, d’une superficie de 3.600 m², dans le but d’améliorer les conditions d’accueil des passagers et d’optimiser la gestion des flux de voyageurs.
De plus, le gouverneur a lancé une nouvelle ligne de taxis de première catégorie reliant Smara à Amgala via Lagaida, facilitant ainsi la mobilité des citoyens.
Il convient de rappeler qu’une menace du polisario avait récemment pesé sur la Mauritanie, l’avertissant des conséquences d’une éventuelle ouverture d’un poste-frontière avec le Maroc et de la mise en service d’une nouvelle route reliant Smara à la frontière mauritanienne.
15 postes-frontières dans les zones limitrophes du Maroc
Quelques jours après ces menaces, le ministère de l’Intérieur mauritanien a décrété, le 11 février dernier, l’ouverture de 82 nouveaux postes-frontières. Quinze d'entre eux se trouvent dans trois provinces jouxtant le Maroc : Dakhlat Nouadhibou, Tiris Zemmour et Adrar.
Dans la province de Dakhlat Nouadhibou, six postes-frontières internationaux ont été créés : quatre dans l’arrondissement de Nouadhibou (aéroport, port, port de pêche traditionnel et un point situé à 55 km) et deux dans l’arrondissement de Chami (Atmimichat et Adouirou).
Dans la province de Tiris Zemmour, le décret établit sept postes répartis sur trois arrondissements : Zouerat, Fderik et Fort Trinquet (ou Bir Moghreïn).
Enfin, dans la province d’Adrar, deux postes-frontières internationaux ont été instaurés dans l’arrondissement d’Atar : l’aéroport d’Atar et le poste de Choum.
Une question se pose : ces zones sont-elles situées dans les secteurs interdits par l’accord militaire n° 1 ? Par exemple, la province de Tiris Zemmour borde la zone de Tifariti, où des incursions armées du Polisario en septembre 1991 avaient conduit le Roi Hassan II à adresser une lettre au secrétaire général de l’ONU, Pérez de Cuéllar, lui demandant de prendre les mesures nécessaires pour évacuer ces éléments.
Tifariti se trouve dans la zone située entre le mur de défense et la frontière mauritanienne. Il est important de rappeler que la ceinture de sécurité n’est pas une frontière, mais un ouvrage défensif, au-delà duquel s’étend une zone inhabitée. L’ensemble du territoire demeure sous souveraineté marocaine.
L’accord militaire n° 1, dont le contenu a été publié par Médias24 dans un précédent article, établit des restrictions précises sur la présence militaire des parties en conflit. Il définit notamment une zone tampon de 5 km à l’est du mur, où toute présence est interdite, ainsi que deux zones restreintes (25 km à l’est et 30 km à l’ouest), et deux autres zones à restriction limitée.
Cet accord a été signé en décembre 1997 entre le polisario et la Minurso, puis en janvier 1998 entre les Forces armées royales et la Minurso.
Dans le document officiel du ministère de l'Équipement, la nouvelle voie est appelée Route Smara-Frontière mauritanienne. Cette route fait 6 mètres de large avec des accotements de 1 mètre de chaque côté. Sa finalisation et sa reconnaissance par la Mauritanie en font un événement qui a une large portée géopolitique. Quant aux menaces du polisario, le Maroc saura se défendre. Rappelez-vous Guergarate...
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