Migration : la route des Canaries recule fortement, sur fond de coopération maroco-espagnole
Les arrivées irrégulières en Espagne ont baissé de 32,5% au premier semestre 2026, selon le ministère espagnol de l’Intérieur, avec une chute de 67,2% aux Canaries, tandis que certains itinéraires, notamment terrestres vers les présides occupés de Sebta et Mélilia, enregistrent des hausses localisées.
Les arrivées irrégulières en Espagne ont nettement reculé au premier semestre 2026, avec une chute particulièrement marquée sur la route des Canaries, selon les dernières données du ministère espagnol de l’Intérieur, dans un contexte de coopération migratoire renforcée entre Rabat et Madrid.
Entre le 1er janvier et le 30 juin, 12.138 personnes sont arrivées irrégulièrement en Espagne par voie maritime ou terrestre, contre 17.990 sur la même période de 2025, soit une baisse de 32,5%, d’après le rapport quinzomadaire du ministère.
La diminution est plus nette encore pour les seules arrivées par mer, passées de 16.931 à 9.440 personnes, soit un recul de 44,2%. Le nombre d’embarcations a également baissé, de 542 à 371.
Le repli le plus important concerne les îles Canaries, longtemps soumises à une forte pression sur la route atlantique. L’archipel a enregistré 3.708 arrivées par mer au premier semestre, contre 11.321 un an plus tôt, soit une chute de 67,2%. Le nombre de bateaux y est tombé de 186 à 49.
Un recul sur la route atlantique
Ces chiffres s’inscrivent dans une tendance plus large de baisse de la route ouest-africaine vers l’Europe. Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, relevait déjà en 2025 une forte contraction de cet axe, liée notamment à la baisse des départs depuis plusieurs pays de la façade atlantique africaine.
La publication de ces données intervient alors que le Maroc et l’Espagne présentent régulièrement la gestion migratoire comme l’un des piliers de leur relation bilatérale. Dans leur déclaration conjointe de décembre 2025, les deux gouvernements ont mis en avant une coopération “intégrale”, fondée sur une approche préventive, constructive et humaine de la migration.
Cette coopération dépasse le seul contrôle des flux. Elle concerne aussi la mobilité régulière, notamment les programmes de migration circulaire, que Rabat et Madrid présentent comme un cadre de mobilité “régulière, sûre et ordonnée”. Sur ce volet, le programme WAFIRA II vise notamment à renforcer l’accompagnement des saisonnières marocaines avant le départ, pendant le séjour en Espagne et après le retour.
Madrid et Rabat coopèrent également sur les grands dispositifs de mobilité entre les deux rives, comme l’Opération Passage du Détroit 2026, pour laquelle les autorités espagnoles ont souligné l’importance de la coordination avec le Maroc.
Des routes qui se recomposent
Cette architecture de coopération ne fait toutefois pas disparaître les variations selon les itinéraires. Alors que les Canaries enregistrent une forte baisse, les arrivées par mer vers la péninsule espagnole ont progressé de 19,4%, à 3.086 personnes, contre 2.585 un an plus tôt.
En incluant les Baléares, les arrivées maritimes vers la péninsule et l’archipel méditerranéen atteignent 5.717 personnes, en légère hausse de 2,1%. Les Baléares seules enregistrent toutefois un recul de 12,7%, avec 2.631 arrivées contre 3.015 au premier semestre 2025.
Les données espagnoles font aussi état d’une hausse des entrées terrestres dans les présides occupés de Sebta et Mélilia, passées de 1.059 à 2.698 personnes au premier semestre. Sebta concentre l’essentiel de cette évolution, avec 2.582 entrées terrestres, contre 978 un an plus tôt, tandis que Mélilia passe de 81 à 116.
Les arrivées par mer vers les deux enclaves restent marginales : aucune n’a été recensée à Sebta au premier semestre, contre trois un an plus tôt, et 15 l’ont été à Mélilia, contre sept en 2025.
Plutôt qu’une évolution uniforme, les chiffres espagnols traduisent donc une recomposition des routes migratoires : baisse générale des arrivées, fort recul de l’axe canarien, mais hausses localisées sur certains points d’entrée.
Pour Madrid comme pour Rabat, la réponse passe par la poursuite d’une coopération combinant contrôle des réseaux de trafic, gestion des frontières, mobilité régulière et programmes de migration circulaire, dans un dossier devenu central pour les relations entre les deux rives du détroit.
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