Automobile : Madrid voit le Maroc comme un partenaire, mais veut protéger ses usines
Dans une réponse parlementaire, l’exécutif espagnol refuse de voir l’essor industriel marocain comme une menace systémique, mais conditionne la coopération avec Rabat à la défense de l’emploi, à la réindustrialisation de la filière et au maintien de règles de concurrence équilibrées.
Le gouvernement espagnol assume une ligne d’équilibre face à la montée en puissance de l’industrie automobile marocaine : coopérer davantage avec Rabat, sans laisser cette proximité fragiliser l’appareil productif espagnol, selon une réponse parlementaire publiée par le Congrès des députés.
Interrogé par trois députés de Vox sur le risque de délocalisation de la production automobile et de composants depuis l’Espagne vers le Maroc, l’exécutif espagnol refuse de présenter le Royaume comme un rival structurel de l’Union européenne.
Dans sa réponse, datée du 17 juin 2026, Madrid estime que l’amélioration de la compétitivité marocaine doit plutôt être lue comme une opportunité de renforcer les relations économiques et institutionnelles entre les deux pays, dans un contexte d’échanges commerciaux en hausse et de coopération étroite.
Le gouvernement espagnol distingue ainsi le Maroc de concurrents jugés plus systémiques pour l’Europe, comme les États-Unis ou la Chine. Rabat est présenté comme un “partenaire stratégique” sur lequel les entreprises espagnoles et européennes peuvent s’appuyer dans leurs plans d’expansion.
Coopérer, mais sous conditions
Cette coopération est toutefois assortie de conditions. Madrid insiste sur la nécessité de protéger l’emploi, de consolider l’écosystème industriel espagnol et de garantir des règles de concurrence équilibrées.
Cette réponse intervient dans un moment sensible pour l’automobile espagnole. En 2025, la production de véhicules en Espagne a reculé de 4,3%, à 2,27 millions d’unités, selon l’Association espagnole des constructeurs automobiles et de camions (ANFAC). Le secteur reste engagé dans une transition coûteuse vers l’électrification, avec des chaînes de production en adaptation et une demande européenne encore irrégulière.
La tendance restait fragile au printemps 2026. En mai, la production espagnole a de nouveau baissé de 4% sur un an, à 211.642 véhicules, tandis que le cumul des cinq premiers mois affichait encore un recul de 1%, selon l’ANFAC.
C’est dans ce contexte que Madrid met en avant son “Plan España Auto 2030”, présenté par le chef du gouvernement Pedro Sánchez comme l’outil central de réindustrialisation de la filière. Le plan prévoit notamment 25 mesures autour de l’offre, de la demande, des infrastructures, des nouvelles mobilités et de la compétitivité.
Parmi les leviers annoncés figurent le Plan Auto+, doté de 400 millions d’euros en 2026 pour soutenir l’achat de véhicules électriques, un programme Moves Corredores de 300 millions d’euros pour les points de recharge, ainsi que 580 millions d’euros supplémentaires pour le PERTE VEC, le dispositif espagnol consacré au véhicule électrique et connecté.
Une complémentarité à encadrer
Le message adressé par Madrid est double : l’Espagne veut rester une base industrielle majeure en Europe, mais elle ne veut pas tourner le dos à la complémentarité avec le Maroc, devenu un relais de production, de composants et d’intégration régionale pour plusieurs groupes européens.
Côté marocain, les exportations automobiles se sont établies à 154,49 milliards de dirhams en 2025, en recul de 2% sur un an, selon les chiffres provisoires de l’Office des Changes. Le secteur reste toutefois le premier poste exportateur du Royaume.
La réponse espagnole traduit donc moins une inquiétude déclarée face au Maroc qu’une tentative de cadrage politique : faire de la proximité industrielle avec Rabat un atout pour les entreprises européennes, tout en évitant que cette stratégie ne nourrisse le sentiment d’un affaiblissement productif en Espagne.
“Les relations de l’Espagne avec le Maroc sont régies par les principes de réciprocité, de réalisme et de recherche d’un équilibre”, souligne le gouvernement espagnol, qui dit vouloir préserver à la fois la sécurité économique, la prospérité et la résilience industrielle du pays.
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