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Cloud et intelligence artificielle : malgré la promesse d’optimisation, la facture numérique des entreprises s’alourdit

Le cloud et l’intelligence artificielle ont longtemps été présentés comme des leviers pour réduire les coûts et booster la productivité des entreprises. Pourtant, derrière cette transition numérique se cache une réalité peu visible : une augmentation constante des dépenses liées aux logiciels. En Europe, cette tendance devient un véritable enjeu économique. Au Maroc, où l’adoption de l’IA s’accélère, ce sont surtout les très petites et moyennes entreprises (TPME) qui risquent de ressentir en premier les effets de cette flambée des coûts.

Cloud et intelligence artificielle : malgré la promesse d’optimisation, la facture numérique des entreprises s’alourdit
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Le 5 juillet 2026 à 11h41 | Modifié 5 juillet 2026 à 11h42

L'essentiel

  • Le cloud et l’intelligence artificielle, longtemps présentés comme des leviers d’efficacité, deviennent aussi de nouveaux centres de coûts pour les entreprises.
  • En Europe, la dépendance aux services cloud et logiciels américains pourrait entraîner un surcoût cumulé de 421 milliards d’euros en dix ans.
  • Au Maroc, l’accélération numérique portée par Cloud First et Digital Morocco 2030 se heurte déjà à des enjeux de maîtrise budgétaire, de gouvernance et de visibilité sur les usages.
  • Pour Karim Faïdi, les entreprises marocaines ont encore une fenêtre pour structurer leurs pratiques FinOps et SAM avant que les dépenses cloud, SaaS et IA ne deviennent difficilement contrôlables.

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Les détails

Longtemps présenté comme un levier d’optimisation des coûts, le cloud computing devait permettre aux entreprises de réduire leurs investissements en infrastructures informatiques au profit de dépenses plus flexibles. L’essor de l’intelligence artificielle générative a renforcé cette promesse d’efficacité, en automatisant certaines tâches et en accélérant la production de contenus et de services.

Si le coût d’accès des technologies numériques ne cesse de baisser, celui de leur usage, en revanche, continue de grimper de manière significative.

Une dépendance numérique coûteuse pour l’Europe

Une étude du cabinet Asterès met en lumière le poids croissant de la dépendance européenne aux services cloud et logiciels américains. Selon ses projections, une hausse moyenne de 10 % par an des prix de ces services sur dix ans entraînerait un surcoût cumulé de 421 milliards d’euros pour les entreprises européennes.

Au-delà de l’impact sur les entreprises, le rapport souligne le rôle central des exportations numériques américaines dans l’économie américaine. Ces achats européens représenteraient, pour les États-Unis, environ 285 milliards de dollars de chiffre d’affaires, plus de 800 000 emplois directs, 186 milliards de dollars de valeur ajoutée et 51 milliards de dollars de recettes fiscales et sociales. En tenant compte des effets indirects, cette empreinte économique représenterait près de deux millions d’emplois aux États-Unis.

Pour les entreprises utilisatrices, cette concentration du marché se traduit par une capacité accrue des grands fournisseurs mondiaux à ajuster leurs modèles tarifaires, une réalité qui dépasse désormais l’Europe et commence à toucher les entreprises marocaines, à mesure que l’adoption du cloud et de l’intelligence artificielle s’accélère dans le royaume.

Une inflation des coûts cloud difficile à contenir

Cette dynamique s’accompagne d’une hausse continue des dépenses liées au cloud et aux logiciels. À l’échelle mondiale, les dépenses en infrastructures cloud devraient atteindre environ 330 milliards de dollars en 2026, sur un marché du cloud public estimé à plus de 1 000 milliards de dollars, selon les estimations de Forrester. Mais la maîtrise des coûts reste un défi majeur pour les entreprises. D’après Flexera, 72 % d’entre elles dépassent leur budget cloud, et près de 29 % des dépenses IaaS et PaaS sont considérées comme inutilisées ou gaspillées.

Pour Karim Faïdi, directeur associé de Cost House MEA, cabinet spécialisé dans la performance économique et l’optimisation des coûts IT, 2026 marque un véritable point de bascule pour les entreprises marocaines. “La pression sur les coûts cloud et logiciels n’a jamais été aussi forte”, résume-t-il.

Selon lui, trois facteurs expliquent cette hausse : la montée en puissance de l’intelligence artificielle et de ses coûts de calcul, la multiplication des abonnements SaaS souscrits sans coordination entre les équipes, et la sous-utilisation des ressources cloud déjà déployées.

Le Maroc dans une phase d’accélération numérique

Le Maroc ne fait pas exception à la transformation numérique mondiale. Avec sa stratégie Cloud First et le programme Digital Morocco 2030, le royaume affiche une ambition claire : faire du digital un levier de compétitivité. Ce programme prévoit 11 milliards de dirhams d’investissements et la création de 240 000 emplois dans le numérique.

Selon une étude menée par Boston Consulting Group (BCG) et ReKrute, 52 % des cadres marocains utilisent déjà régulièrement l’intelligence artificielle générative. Ce niveau d’adoption place le Maroc au 4e rang mondial, à égalité avec la Chine. Il témoigne d’une accélération notable de l’intégration de ces technologies dans les pratiques professionnelles.

D’après la 27e édition de la PwC Global CEO Survey (2024), 90 % des dirigeants d’entreprise au Maroc se déclarent confiants quant à la croissance économique du pays au cours des 12 prochains mois. Cette confiance se reflète dans leurs anticipations à moyen terme : 61 % se disent extrêmement confiants dans les perspectives de leur entreprise sur les trois prochaines années, tandis que 51 % prévoient une augmentation de plus de 5 % de leurs effectifs.

Des niveaux de maturité encore contrastés

Sur le terrain, les impacts de cette transformation ne sont toutefois pas homogènes. Comme l’explique Karim Faïdi, les enjeux diffèrent fortement selon la taille des structures. “Les grandes entreprises sont confrontées à une complexité croissante : multiplication des contrats, redondance des outils, shadow IT et difficulté à consolider les dépenses”, souligne-t-il.

À l’inverse, les PME font face à une problématique de visibilité et de maîtrise des coûts. Elles adoptent rapidement des solutions SaaS ou d’intelligence artificielle, souvent via des abonnements mensuels, sans toujours disposer d’une vision claire du coût global annuel ni de l’impact de la montée en charge sur leurs dépenses.

Selon lui, les entreprises européennes disposent généralement de dispositifs plus structurés, comme le FinOps ou le Software Asset Management (SAM), tandis que les entreprises marocaines restent encore majoritairement dans une logique de suivi budgétaire classique.

L’intelligence artificielle, nouveau centre de coûts

Au-delà du cloud, l’intelligence artificielle s’impose comme un nouveau poste de dépenses significatif. Les coûts liés aux GPU, à l’inférence ou aux services d’IA à la demande deviennent de plus en plus importants dans les budgets informatiques.

“L’intelligence artificielle devient un levier stratégique incontournable pour les entreprises, mais, comme les révolutions technologiques précédentes, elle ouvre la voie à un nouveau poste de dépenses mal anticipé, aux modèles économiques souvent complexes et à la croissance rapide”, souligne l’expert.

Pour les acteurs du secteur, cette évolution s’accompagne également d’un changement des modèles économiques. Certains fournisseurs s’orientent vers des logiques de “value-based pricing”, où la tarification dépend principalement de la valeur générée plutôt que du volume d’utilisation.

Gouvernance et maîtrise des coûts : un enjeu central

Pour Karim Faïdi, les entreprises marocaines disposent encore d’une marge de manœuvre pour structurer leur gouvernance avant que les dépenses liées au cloud et à l’intelligence artificielle ne deviennent difficilement maîtrisables.

Cette démarche passe d’abord par la définition d’une “stratégie et d’une feuille de route dédiées à l’IA”, afin de prioriser les cas d’usage en fonction de leur retour sur investissement. Elle suppose également une cartographie précise des usages et des dépenses, dans un contexte où la multiplication des outils utilisés directement par les collaborateurs – un phénomène souvent qualifié de “shadow AI” – complique le suivi des coûts et des risques.

“L’encadrement des relations avec les fournisseurs, le pilotage des contrats, ainsi que la mise en place d’une gouvernance intégrant les dimensions budgétaires, opérationnelles, de sécurité et environnementales font également partie des leviers à activer pour mieux maîtriser cette nouvelle catégorie de dépenses”, explique l’expert.

Selon lui, cette évolution rend progressivement incontournables les pratiques de Software Asset Management (SAM) et de FinOps, encore peu développées dans les entreprises marocaines. Les grands groupes, déjà confrontés à des audits de conformité, à des pénalités ou à des hausses tarifaires imposées par leurs principaux éditeurs, ont pu mesurer les limites d’une gestion des actifs logiciels insuffisamment structurée.

À mesure que l’intelligence artificielle s’impose dans les organisations comme dans l’écosystème entrepreneurial, le pilotage économique des technologies devient ainsi un enjeu de compétitivité à part entière. L’enjeu ne réside plus seulement dans l’adoption de ces outils, mais dans la capacité des entreprises marocaines à en conserver la maîtrise à long terme.

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