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CULTURE

Mawazine 2026 : retour sur neuf nuits de musique à Rabat

Du 19 au 27 juin 2026, Rabat a une nouvelle fois vécu au rythme du son : neuf nuits, sept scènes, et cette impression persistante que la ville entière respirait à l’unisson.

Mawazine 2026 : retour sur neuf nuits de musique à Rabat
Hamza A.
Le 29 juin 2026 à 10h00 | Modifié 30 juin 2026 à 17h14

Tout commence un vendredi soir, sous un ciel qui n'a pas encore fini de virer à l'orange. Ninho ouvre le bal sur la scène internationale, et la foule, venue parfois dès l'après-midi pour grappiller une place au premier rang, reprend en chœur chacun de ses refrains, notamment des titres comme M.I.L.S 2.0 et La vie qu'on mène. Quelque part dans la masse, une étudiante rbatie attend depuis des heures, fidèle à son artiste depuis le collège ; elle n'allait certainement pas rater ça ! C'est toute la grammaire de l'OLM Souissi qui se met en place dès ce premier soir : une scène jeune, électrique, où l'on vient autant pour la musique que pour cette communion presque physique avec des milliers d'inconnus.

Les nuits suivantes déroulent leur propre vertige. Major Lazer transforme l'esplanade en dancefloor à ciel ouvert, porté par des jeux de lumière et des basses qui font littéralement monter la température, smartphones levés, foule en mouvement perpétuel, cette atmosphère immersive propre aux très grands shows internationaux.

Quelques jours plus tard, c'est Tyla qui débarque, 24 ans et une présence scénique presque dérangeante d'aisance : elle ouvre sur Is It et déclenche une vague d'euphorie collective immédiate, avant d'enchaîner ses tubes dans un mélange d'amapiano, de R&B et d'afrobeats qui fait chanter la foule jusque sur les refrains les plus récents.

Puis vient le tour d'ITZY, et c'est un autre monde qui surgit, lightsticks brandis, pancartes à l'effigie du groupe, des chorégraphies millimétrées qui transforment l'esplanade en piste géante. Les cinq Coréennes confient, émues, leur admiration pour l'énergie hors norme du public marocain, avant de boucler sur des titres qui ne laissent personne immobile.

Mawazine 2026 : retour sur neuf nuits de musique à Rabat

Il y a aussi ces soirs où la scène se dédouble étrangement de la réalité. Le 24 juin, Rema chante ses titres les plus connus pendant que, sur les écrans géants installés sur le site, le compte à rebours tourne avant Maroc-Haïti, dernier match des Lions de l'Atlas en phase de groupes du Mondial. Le public se partage alors entre deux foyers d'attention : l'artiste nigérian sur scène, et l'Amérique où se joue la qualification. Le Maroc gagnera 4 à 2 cette nuit-là ; à l'OLM Souissi, on ne sait plus très bien si on ovationne Rema ou les Lions.

Plus tard dans la semaine, ce sont les Gipsy Kings, programmés en remplacement de dernière minute, qui referment une soirée sur une note de pure fête, guitares flamenco et rumba catalane emportant petits et grands dans un même élan de joie.

Changement de décor, à quelques centaines de mètres. La scène Nahda, elle, respire un autre Mawazine… Plus oriental, plus feutré dans l'énergie, mais tout aussi dense en émotion. Elle s'ouvre avec les Égyptiens Hassan Chakkouch et Saâd El Soghayar, et accueille au fil des soirées des figures comme Majid Al Mohandis ou Wael Kfoury, dont les voix portent ce tarab qui fait fermer les yeux dans la foule, bras levés, paroles connues par cœur depuis l'enfance pour beaucoup. La clôture de cette scène revient à Tamer Hosny, qui referme les festivités dans une apothéose largement attendue, une dernière grande respiration avant que les lumières ne s'éteignent pour de bon sur Nahda.

Nouvelles scènes, nouvelle dimension

Cette édition aura aussi été celle des nouveaux lieux, comme si Mawazine avait soudain besoin de plus d'espace pour contenir tout ce qu'il avait à dire. Au Théâtre royal de Rabat, qui rejoint pour la première fois la carte du festival, c'est une autre temporalité qui s'installe : celle, plus rare, du silence qui précède les grandes voix. Dee Dee Bridgewater y livre l'une des séquences les plus marquantes de l'édition, une masterclass de jazz portée par un timbre qui semble avoir traversé un demi-siècle de scènes sans rien perdre de son grain ni de son autorité. Pas de lightsticks ici, pas de smartphones brandis à bout de bras : juste une salle qui retient son souffle entre deux phrasés, et cette sensation, rare à Mawazine, d'assister à quelque chose qui relève autant du concert que du recueillement.

Et puis il y a ce nouveau lieu, presque incongru tant il change l'échelle du festival : le Grand Stade Prince Moulay Abdellah, qui ouvre ses gradins à la musique pour la première fois de son histoire.

Les 26 et 27 juin, deux soirées s'y succèdent comme deux générations qui se répondent. La première réunit Douzi et la légende Cheb Khaled, figure historique du raï dont la simple présence suffit à transformer le stade en un immense bal populaire.

La seconde, le lendemain, referme l'édition tout entière dans un vacarme assourdissant : ElGrande Toto, premier rappeur marocain à avoir rempli les plus grandes salles du pays avant de s'exporter à l'international, partage l'affiche avec Morad, voix montante du rap hispanophone né à Larache et révélé dans les quartiers populaires de Barcelone. Dès les premières notes, Blue Love, Diplomatico ou Pablo sont hurlés par un public devenu une seule masse compacte et survoltée.

Sur scène, Toto rendra hommage aux quelque quarante personnes, musiciens, danseurs, techniciens, sans qui rien de tout cela ne tiendrait, avant de glisser un mot à la génération qui le regarde grandir depuis des années : "Viser haut, ne jamais s'estimer arrivé". Une clôture à la mesure de l'ambition affichée cette année par Mawazine, qui ne se contente plus de ses scènes historiques.

Au bout de neuf jours, ce qui frappe surtout, c'est cette idée que Mawazine fonctionne comme une porte d'entrée plus que comme un rendez-vous de fans absolus. Beaucoup de festivaliers de l'OLM Souissi par exemple, ne connaissent qu'une poignée de titres de l'artiste qu'ils sont venus voir, et c'est précisément pour découvrir le reste qu'ils ont fait la route. Le festival ne vend pas seulement des têtes d'affiche : il offre un terrain, gratuit pour l'essentiel des concerts, où la curiosité devient aussi légitime que la dévotion.

Quand les derniers spots s'éteignent sur l'OLM Souissi et que la foule se déverse, lente et fatiguée, dans les rues qui mènent vers le centre-ville, il reste cette certitude tranquille : pendant neuf nuits, Rabat aura été l'endroit où, pour une poignée d'heures chaque soir, plus rien d'autre n'existait que la musique, la lumière, et cette foule devenue, sans qu'on s'en rende vraiment compte, une seule et même chose.

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Hamza A.
Le 29 juin 2026 à 10h00

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