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Environnement

Faune sauvage : au Maroc, un retour discret mais décisif des espèces menacées

DATA. Gazelles, mouflons, autruches… Le Maroc redonne vie à sa faune menacée grâce à des programmes de réintroduction pilotés par l’Agence nationale des eaux et forêts. Une stratégie à long terme pour restaurer les équilibres écologiques. Un point sur les espèces concernées, les zones protégées et les efforts en cours.

faune anef Gazelles de Cuvier
Gazelles de Cuvier
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Le 20 mai 2025 à 11h17 | Modifié 21 mai 2025 à 10h40

Gazelles de Cuvier, mouflons à manchettes, autruches à cou rouge… Ces espèces emblématiques de la faune marocaine retrouvent progressivement leurs habitats d’origine. Menées dans plusieurs parcs et réserves protégés, les opérations de réintroduction s’inscrivent dans la stratégie nationale « Forêts du Maroc 2020-2030 », pilotée par l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF).

Contactée par Médias24, l’ANEF précise que ces opérations sont encadrées par des plans d’action spécifiques, fondés sur le suivi écologique, la sélection rigoureuse des sites et l’accompagnement post-lâcher. Objectif : restaurer les écosystèmes dégradés et reconstituer des populations viables d’espèces disparues localement ou menacées.

" Chaque site de réintroduction est sélectionné selon des critères écologiques stricts, en tenant compte de la capacité d’accueil, de la disponibilité des ressources et de la sécurité des animaux", nous explique l’ANEF.

État de la faune sauvage : des signes encourageants

Au fil des dernières décennies, les efforts de conservation engagés par le Maroc ont permis d’amorcer une dynamique positive pour plusieurs espèces de la faune sauvage. Si les résultats restent contrastés selon les régions et les groupes taxonomiques, les signaux sont globalement encourageants.

Chez les mammifères terrestres, les ongulés sauvages affichent des progrès notables.

Les populations de gazelle de Cuvier, de gazelle dorcas et de mouflon à manchettes montrent des signes de stabilisation, voire d’augmentation dans certaines zones, notamment dans le Moyen Atlas, l’Anti-Atlas et le Haut Atlas oriental.

Le cerf de Berbérie, disparu au Maroc au XXe siècle, a été réintroduit dans le parc national d’Ifrane (avec plus de 25 individus suivis par GPS) ainsi que dans le parc naturel de Bouhachem, dans le Rif occidental. Des naissances observées sur place témoignent de son adaptation.

Le singe magot, seul primate présent en Afrique du Nord, bénéficie quant à lui de mesures renforcées de sauvegarde et de lutte contre le commerce illégal. Le Maroc abrite aujourd’hui la plus grande population mondiale de cette espèce. Un programme novateur a été lancé au parc national de Tazekka pour réhabiliter les individus saisis lors de trafics. Deux groupes sociaux ont été reconstitués et leur relâcher dans la nature est prévu à l’automne, après une phase d’acclimatation et un suivi écologique rapproché.

Dans les zones sahariennes, plusieurs espèces emblématiques sont en cours de restauration. La gazelle dorcas, dont la population initiale était estimée à moins de 40 individus, dépasse aujourd’hui les 500 grâce à un programme de renforcement dans le parc national d’Iriqui et le long de l’oued Drâa.

L’addax, disparu du territoire marocain en 1942, a été réintroduit depuis 2020 dans les mêmes zones à partir du parc national de Souss-Massa : une population sauvage estimée entre 55 et 60 individus s’y est depuis stabilisée, malgré les conditions climatiques difficiles.

Autre espèce disparue dans les années 1960, l’autruche à cou rouge a été relâchée en 2023 dans les réserves d’Iriqui et de Mhamid Lghizlane. Dès 2024, 32 poussins y ont été recensés, portant l’effectif total à une cinquantaine d’individus.

Côté avifaune, les résultats sont également probants. La population de l’ibis chauve, espèce emblématique du Sud-Ouest marocain, est en nette augmentation. Grâce à la protection stricte de ses sites de reproduction, à la surveillance renforcée et à des actions d’éco-développement, son statut a été révisé par l’UICN, passant de « en danger critique » à « en danger ». Un projet pilote de réintroduction est actuellement mené dans le parc national d’Ifrane, avec la création prochaine d’une volière destinée à accueillir un noyau reproducteur avant des lâchers encadrés.

Le vautour fauve a quant à lui retrouvé le massif du Jbel Moussa, où plusieurs couples nicheurs ont été observés pour la première fois depuis plus de quarante ans, illustrant l’efficacité des mesures de restauration écologique. Dans le même esprit, un réseau de placettes alimentaires a été mis en place dans plusieurs réserves afin de soutenir les populations de vautours et rapaces nécrophages migrateurs, notamment lors des périodes critiques.

Les suivis menés sur les rapaces ont également permis de constater l’élargissement des zones fréquentées par certaines espèces, comme le vautour percnoptère, tandis que la nidification du flamant rose dans la lagune de Khnifiss, au sud du pays, marque une autre avancée significative.

Des programmes de réintroduction ciblés et encadrés par ANEF

Face à ces dynamiques, l’ANEF a identifié une liste d’espèces prioritaires bénéficiant de plans d’action nationaux, fondés sur une approche intégrée alliant conservation in situ et ex situ, suivi scientifique, formation et implication des communautés locales. Sont concernés :

  • Les sept ongulés sauvages : gazelles de Cuvier, dorcas et dama, mouflon à manchettes, addax, oryx et cerf de Berbérie ;
  • Des mammifères vulnérables comme le singe magot, le serval et le porc-épic ;
  • Et plusieurs espèces d’oiseaux menacées, dont les vautours, le balbuzard pêcheur, le faucon d’Éléonore, l’ibis chauve, la grande outarde, l’érismature à tête blanche, l’autruche à cou rouge et le francolin à double éperon.

Faune sauvage : au Maroc, un retour discret mais décisif des espèces menacées

Un réseau national d’aires protégées en renforcement

Le Maroc dispose d’un réseau de 10 parcs nationaux, représentant les principaux écosystèmes du pays sur une superficie de 772.000 ha. Ces parcs sont : Toubkal (1942), Tazekka (1950), Souss Massa (1991), Iriqui (1994), Ifrane, Talassemtane, Haut Atlas Oriental, Al Hoceima (2004), Khenifiss (2006) et Khénifra (2008).

À ce réseau s’ajoutent 154 Sites d’Intérêt Biologique et Écologique (SIBE), couvrant 2,5 millions d’hectares. Une partie d’entre eux a été intégrée au réseau national, les autres bénéficient de mesures spécifiques de conservation. Une révision du Plan Directeur des Aires Protégées est en cours depuis 2024 pour aligner les priorités sur les objectifs du Cadre mondial pour la biodiversité (CMB), comme la conservation de 30 % des terres et la restauration de 30 % des écosystèmes dégradés d’ici 2030.

Parmi les autres initiatives :

  • 38 zones humides classées Ramsar, couvrant 300.000 ha.
  • 8 nouvelles aires protégées en cours de création (507.000 ha).
  • 29 réserves de faune avec des populations semi-captives.

Ces zones jouent un rôle crucial pour la biodiversité, mais aussi pour les populations : elles favorisent le tourisme durable, l’emploi local, et permettent une gestion raisonnée des ressources naturelles.

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