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ECONOMIE

Maroc–Royaume-Uni : depuis le Brexit, un partenariat en pleine accélération

INTERVIEW. Commerce, infrastructures, énergie, eau, éducation, défense, Mondial 2030 et Afrique. Alex Pinfield, ambassadeur du Royaume-Uni au Maroc, détaille à Médias24 les priorités de Londres et les leviers d’un partenariat appelé à monter en puissance.

Maroc–Royaume-Uni : un partenariat en accélération
Maroc–Royaume-Uni : un partenariat en accélération
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Le 27 juin 2026 à 16h36 | Modifié 27 juin 2026 à 16h37

 L’essentiel

  • Depuis l’entrée en vigueur de l’accord post-Brexit en 2021, les échanges Maroc–Royaume-Uni ont plus que doublé, pour atteindre 4,7 milliards de livres sterling sur l’année 2025.
  • Londres veut renforcer sa présence au Maroc dans les infrastructures, l’énergie, l’eau, la santé, l’éducation et les services.
  • Les entreprises britanniques restent moins visibles au Maroc que celles d’autres pays, car elles interviennent surtout dans les services, la finance, le conseil, l’éducation et la gestion de projets.
  • L’enveloppe de 5 milliards de livres de UK Export Finance est mise à disposition pour accompagner des projets au Maroc.
  • Pour Londres, le partenariat avec le Maroc dépasse le commerce et l’investissement. Il couvre aussi la défense, la culture, l’éducation, le tourisme et des projets communs en Afrique.

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Les détails

Depuis l’entrée en vigueur de l’accord d’association post-Brexit en 2021, la relation entre le Maroc et le Royaume-Uni s’est renforcée. Les échanges ont plus que doublé pour atteindre 4,7 milliards de livres sterling en 2025, dans un contexte où Londres cherche à élargir sa présence économique au Maroc.

Au-delà du commerce, cette dynamique couvre les infrastructures, la transition énergétique, la gestion de l’eau, la santé, l’éducation, les services, la défense, la culture et des projets communs en Afrique.

Rencontré par Médias24 à Fès, Alex Pinfield estime que le Maroc offre aujourd’hui une combinaison attractive pour les entreprises britanniques, avec une dynamique visible dans les régions, des projets concrets et une vision de développement tournée vers le long terme.

Médias24 : Depuis le Brexit, qu’est-ce qui a vraiment changé dans les relations entre le Royaume-Uni et le Maroc ?

Alex Pinfield : Depuis que nous avons quitté l’Union européenne, le Royaume-Uni et le Maroc disposent désormais d’un accord d’association qui encadre nos politiques commerciales, ainsi que notre relation en matière de commerce et d’investissement. Je dirais que c’est l’un des principaux changements intervenus après le Brexit. Cet accord nous a permis d’augmenter le volume des échanges dans les deux sens entre le Royaume-Uni et le Maroc. Il atteint aujourd’hui 4,7 milliards de livres sterling par an, ce qui est positif, et c’est davantage qu’auparavant.

Je pense que nous pouvons aller encore plus loin. Depuis le Brexit, nous avons renforcé nos relations commerciales et d’investissement ici. Nous avons aussi renforcé notre relation politique. À l’approche de 2030, je pense que nous avons de très importantes opportunités pour développer encore davantage cette relation. Nous avons fait de bons progrès au cours des cinq dernières années, mais il est possible d’aller encore plus loin.

- Comment voyez-vous aujourd’hui la dynamique économique du Maroc ?

- L’une des choses qui m’a le plus marqué depuis mon arrivée au Maroc, il y a environ dix mois, c’est le dynamisme économique et l’élan que l’on ressent dans plusieurs régions du pays. J’ai essayé de visiter différentes régions du Maroc. Nous sommes aujourd’hui à Fès, mais je suis aussi allé à Agadir, Casablanca, Marrakech, Tanger, Tétouan, Chefchaouen et dans beaucoup d’autres endroits. Partout dans le pays, j’ai vu l’ampleur et le rythme du développement.

Je dirais que l’une des qualités très attractives du Maroc pour les investisseurs étrangers est le sentiment qu’il existe de nombreuses opportunités, que les projets se construisent réellement ici, et qu’il y a encore beaucoup à venir. Je pense que cela représente une combinaison très attractive pour les entreprises britanniques. Elles sont donc très intéressées par l’idée d’investir et de contribuer à la vision que le Maroc porte pour son avenir.

- Le Maroc investit beaucoup dans les infrastructures, l’énergie, l’eau et l’industrie. Comment le Royaume-Uni peut-il accompagner cet effort ?

- Je pense qu’il existe plusieurs manières pour le Royaume-Uni de faire partie de cette histoire marocaine. Il y a quelques semaines, nous avons amené au Maroc une grande délégation d’entreprises britanniques, accompagnée de notre ministre du Commerce et de l’envoyé commercial du Premier ministre. Dans cette délégation de 50 entreprises, il y avait des cabinets d’architecture, des entreprises de design, des sociétés spécialisées dans la gestion de grands projets sportifs, ainsi que des entreprises spécialisées dans la gestion des foules, les fan zones, la billetterie, la sécurité, les services juridiques, les services financiers, ou encore la manière dont un pays peut maîtriser sa communication et se promouvoir.

Ce sont des domaines dans lesquels les entreprises britanniques disposent d’une expertise très solide. Nous les avons donc amenées au Maroc pour qu’elles puissent voir les opportunités par elles-mêmes. Je pense qu’elles sont reparties avec le sentiment qu’il existe ici de très bonnes perspectives.

Je dirais donc que le premier axe concerne le Mondial, les infrastructures, et c’est très important. Mais il existe beaucoup d’autres domaines. Nous regardons aussi le secteur de la santé, par exemple. Nous allons de nouveau faire venir des entreprises britanniques au Maroc plus tard dans l’année, en nous concentrant spécifiquement sur ce secteur.

Nous avons également des entreprises britanniques intéressées par la transition énergétique en cours au Maroc. Je pense aussi que beaucoup d’universités et d’écoles britanniques souhaitent se développer ici. Certaines universités britanniques sont déjà présentes, mais il existe une volonté d’aller plus loin. Dans tous ces domaines, il existe donc des projets très concrets que nous pouvons faire avancer. Plus généralement, l’engagement du Royaume-Uni avec le Maroc est en progression.

Nous sommes à Fès, et ce matin j’ai visité le très impressionnant projet de gestion de l’eau dans le Saïss. Ce projet a été soutenu par le gouvernement britannique, aux côtés de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement et d’autres partenaires. Je suis très heureux que le Royaume-Uni ait pu accompagner ce projet. C’était extrêmement impressionnant de le voir sur le terrain.

J’ai aussi eu le plaisir de rencontrer l’un des agriculteurs qui a bénéficié de ce projet et de l’irrigation, ce qui lui permet, à lui et à sa famille, de maintenir une activité viable. Ce sont des projets de ce type sur lesquels nous pouvons travailler ensemble.

- Pourquoi les investissements britanniques restent-ils moins visibles au Maroc que ceux d’autres pays comme la France, l’Espagne ou la Chine ?

- Sur la question de la visibilité, je dirais que nous sommes en train de la construire. Il est juste de dire qu’historiquement, nous avons peut-être eu un profil moins visible que certains des autres pays que vous avez mentionnés. Mais c’est quelque chose sur lequel nous travaillons, et c’est en train de changer. Il faut aussi noter que certains domaines dans lesquels les entreprises britanniques sont fortes sont parfois moins visibles physiquement. Il peut s’agir du secteur des services, de l’éducation, ou plus largement de domaines dans lesquels les entreprises britanniques disposent d’une expertise importante.

J’ai mentionné tout à l’heure le design, l’architecture, la gestion de projet, les services juridiques, les services financiers, ainsi que l’offre en matière de communication et de relations publiques. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles, lorsque l’on regarde autour de soi, la présence britannique paraît un peu moins visible. Mais nous sommes déjà présents, et nous faisons certainement davantage. Je pense que, dans les années à venir, vous entendrez davantage parler d’entreprises britanniques qui réussissent, qui viennent au Maroc et qui y investissent.

- La nouvelle position britannique sur le Sahara peut-elle encourager plus d’investissements dans les régions du Sud ?

- Je pense que notre relation politique avec le Maroc est aujourd’hui dans une position très solide. C’est une chose positive pour nos deux pays.

Je pense que cela nous permet de faire davantage dans de nombreux domaines, y compris dans le commerce et l’investissement. Je souhaite voir cette relation se développer dans toutes les régions du Maroc.

S’il existe de bons projets que les entreprises britanniques peuvent identifier dans différentes régions du pays, alors c’est une très bonne chose. C’est quelque chose qui peut bénéficier à nos deux pays.

- Quels types de projets pourraient intéresser les entreprises britanniques dans les régions du Sud, notamment dans la transition énergétique ?

- Certaines entreprises britanniques sont intéressées, par exemple, par la construction de nouvelles centrales solaires et éoliennes.

Il existe aussi des entreprises britanniques spécialisées dans les câbles qui permettent de transporter l’électricité. C’est un exemple de domaine dans lequel je pense qu’un projet pourrait réussir.

Des entreprises britanniques sont déjà en discussion à ce sujet. J’imagine donc que, dans les années à venir, il y aura davantage d’opportunités. Je pense que c’est un signal très positif.

- Le Maroc est-il devenu, pour Londres, plus qu’un partenaire commercial ?

- Oui, absolument. C’est très positif de voir le commerce et l’investissement progresser, mais la relation va au-delà de cela. D’abord, beaucoup de Britanniques sont venus au Maroc comme touristes. Le tourisme est un secteur très important dans de nombreuses régions du pays, et les chiffres sont en hausse. Nous avons accueilli 1,4 million de visiteurs britanniques l’an dernier, ce qui est considérable. C’est un record. C’est donc un domaine dans lequel les liens humains se renforcent.

Les liaisons de transport directes progressent également, non seulement pour les touristes, mais aussi pour les affaires. Il y a une nouvelle liaison maritime entre Agadir, Casablanca et Londres. Ces choses se développent en permanence.

Par ailleurs, le Maroc est un partenaire important pour nous dans les domaines de la sécurité et de la défense. Nous travaillons avec les services de sécurité et les Forces Armées Royales, avec lesquels nous entretenons une coopération étroite. Nous disposons également d’une section défense au sein de notre ambassade pour renforcer cette coopération.

Nous avons un exercice militaire annuel entre le Royaume-Uni et le Maroc. Il s’agit de l’exercice Jebel Sahara. Il existe depuis 25 ans. Nous avons célébré son 25e anniversaire en octobre dernier. Il se tient chaque année dans la région de Marrakech. Des militaires britanniques viennent au Maroc et passent une semaine d’entraînement aux côtés des forces marocaines. Je pense que c’est une partie importante de notre coopération. Là encore, nous pouvons aller plus loin. La relation dépasse donc clairement le commerce et l’investissement, même si ceux-ci restent évidemment importants.

Je voudrais aussi ajouter qu’une grande partie de notre mission consiste à promouvoir la culture et les arts. À Fès, il existe un hub créatif dans la médina, soutenu par le British Council, qui est l’organisme du gouvernement britannique chargé de promouvoir nos échanges éducatifs et culturels avec les autres pays. J’ai visité ce centre hier, et il est remarquable. Il se trouve dans un riad réaménagé. C’est un espace ouvert où les gens peuvent aller apprendre l’anglais, mais aussi développer leurs propres compétences artistiques, que ce soit en peinture, dans les arts de la scène ou dans les métiers d’art traditionnels.

Je dois également mentionner le lien royal, qui est lui aussi très fort. La longue amitié entre nos familles royales est très importante.

- Les 5 milliards de livres de UK Export Finance peuvent-ils déjà financer des projets concrets au Maroc ?

- Le soutien de 5 milliards de livres apporté par UK Export Finance est prêt. Il est disponible et il est utilisé. Je pense que, par rapport à beaucoup d’autres pays, nous avons des conditions assez généreuses avec UK Export Finance. Il faut qu’un certain pourcentage du projet implique une chaîne d’approvisionnement liée au Royaume-Uni. Mais il reste possible d’impliquer d’autres partenaires.

Cette enveloppe est réservée au Maroc et peut être mobilisée par les partenaires marocains, sous réserve qu’une partie du projet implique une chaîne d’approvisionnement britannique. Elle peut aussi être utilisée par des entreprises marocaines qui mènent des projets en Afrique. Nous utilisons également ce financement à l’exportation avec des entreprises britanniques qui s’associent à des entreprises marocaines pour développer des projets ou participer à des projets d’infrastructure en Afrique. C’est une très bonne manière de montrer que le partenariat entre le Royaume-Uni et le Maroc ne concerne pas uniquement nos deux pays. Il concerne aussi l’Afrique.

- Le Mondial 2030 peut-il changer l’échelle de la présence britannique ?

- Oui. Je pense que l’objectif de 2030 est un moteur très important pour la vision du Maroc, mais aussi pour les entreprises étrangères qui cherchent à se développer ici.

Pendant ma mission au Maroc, au cours des prochaines années, je m’attends à ce que le moment 2030 stimule fortement l’engagement du Royaume-Uni. Et, comme je l’entends de la part des ministres et responsables marocains, la vision de développement ne concerne évidemment pas seulement le football. Elle est beaucoup plus large. Le Mondial représente donc une étape importante, mais nous regarderons aussi vers 2035, 2040 et le long terme.

Nous commençons réellement à accélérer notre niveau d’engagement ici, et je m’attends pleinement à ce qu’il progresse dans les années à venir.

L’Initiative Royale Atlantique intéresse-t-elle Londres comme ouverture vers l’Afrique de l’Ouest et le Sahel ?

- Je pense que l’Initiative Royale Atlantique est un projet très créatif, ambitieux et intéressant. J’ai déjà parlé d’une partie du travail que nous faisons en Afrique avec des partenaires marocains. Du côté britannique, nous voyons clairement la position géographique et géostratégique du Maroc comme un élément important de notre relation.

J’ai également mentionné la nouvelle liaison directe entre votre port atlantique d’Agadir et Londres. Je pense donc que la façade atlantique est une partie importante de ce développement continu.

Dans trois ans, à quoi jugerez-vous que ce partenariat a vraiment réussi ?

- À davantage de commerce et d’investissement, davantage de touristes, davantage de personnes apprenant l’anglais, davantage d’écoles et d’universités britanniques qui prospèrent et ouvrent des campus ici. Il y a donc beaucoup de travail à faire. Et il ne s’agit pas seulement de chiffres. Il s’agit aussi de voir notre partenariat se développer à un niveau stratégique plus profond.

Le monde est aujourd’hui compliqué. Il change rapidement, en particulier dans le commerce, les chaînes d’approvisionnement, les nouvelles technologies, les batteries, les minerais critiques, l’impact de l’intelligence artificielle, ainsi que les effets sévères du changement climatique que nous observons déjà au Maroc, en Europe et dans le monde. Il y a aussi les guerres et les conflits, qui ont malheureusement marqué ces dernières années dans différentes régions du monde.

Je souhaite voir progresser le commerce et l’investissement, et c’est important. Mais le partenariat dépasse les chiffres. Le Royaume-Uni et le Maroc peuvent agir comme de véritables partenaires stratégiques face à des enjeux géopolitiques en évolution rapide, car nous partageons de nombreux intérêts, valeurs et objectifs.

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