ASMEX : Sonia Mezzour veut faire du financement “le nerf de la guerre” de l'export marocain
Élue le 23 juin à la tête de l'Association marocaine des exportateurs, Sonia Mezzour s'est rendue sur le plateau de Médias24 au lendemain de son élection pour détailler son programme et ses priorités, parmi lesquelles la refonte des statuts, la création d'une agence de crédit export et le plaidoyer pour une montée en gamme des PME exportatrices.
Sonia Mezzour a été élue le mardi 23 juin présidente de l'Association marocaine des exportateurs (ASMEX), à l'issue d'une assemblée générale élective tenue à Casablanca. Le scrutin s'est joué à trois voix : 102 voix pour elle, contre 99 pour Aziz Mantrach et 92 pour Adil Zaidi. Invitée du 12/13 de Médias24 au lendemain de son élection, elle revient sur les conditions de son élection et présente les grands axes de son mandat.
Une campagne "hybride" menée depuis la validation de sa candidature
Revenant sur sa campagne, Sonia Mezzour explique avoir mené "une vraie campagne hybride, une campagne de terrain d'abord, une campagne aussi de proximité avec le partage de [son] programme", depuis la validation de sa candidature par le conseil d'administration le 18 mai. Elle affirme avoir également contacté les grands décideurs du pays pour leur exposer sa vision pour les exportateurs marocains.
Sur le déroulé de sa campagne, elle détaille avoir envoyé un mail de présentation aux membres qu'elle ne connaissait pas, sollicité son réseau personnel, puis pris la parole publiquement face aux critiques. Elle dit ne jamais avoir sollicité explicitement des voix. "Si vous êtes là à demander 'vote pour moi', après avoir parlé de votre programme, c'est qu'il y a un problème."
Interrogée sur la crise interne qui a précédé l'élection, elle indique vouloir tourner la page et affirme avoir été félicitée par le président sortant.
La définition de "l'exportateur" en question
Banquière d'affaires de profession, Sonia Mezzour a dû répondre aux interrogations sur sa légitimité face à des candidats issus de l'export de biens physiques. Elle revendique une vision élargie de la notion d'exportateur . "L'export est une notion [qui] dépasse la notion d'export de marchandises. Elle englobe les services, la logistique, la décarbonation, les normes". Elle avance que la croissance de l'export de marchandises s'élève à 2,8%, contre, selon elle, environ 12% pour les services.
Elle rappelle avoir été vice-présidente de l'ASMEX pendant trois ans, en charge de la commission financement et assurance, et souligne que les trois candidats à la présidence répondaient tous aux critères d'éligibilité prévus par l'article 4.5 du règlement intérieur de l'association.
Sonia Mezzour annonce vouloir engager une refonte complète des statuts et du règlement intérieur de l'ASMEX, notamment pour clarifier les critères d'éligibilité à la présidence. Elle souhaite également ramener la durée du mandat de cinq à trois ans, à l'instar des autres organisations patronales marocaines.
Une agence de crédit export pour soutenir les PME
Pour la nouvelle présidente, l'enjeu central de l'export marocain est d'ordre financier. Elle constate que l'exportateur marocain "arrive seul et sans financement" face à des concurrents internationaux qui proposent des solutions intégrées associant produit, service et financement. Elle propose de renforcer l'ASMEX existante pour qu'elle devienne une véritable agence de crédit export, en s'appuyant sur les modèles suisse, allemand et turc.
Elle évoque également la nécessité de créer à terme une "Exim Bank", capable de refinancer les banques commerciales et le financement de projets sur les marchés cibles. Elle plaide pour un appui renforcé au BFR des entreprises exportatrices et pour une montée en gamme des PME et TPE marocaines, afin qu'elles puissent s'intégrer aux chaînes de valeur des grands écosystèmes industriels (automobile, aéronautique, phosphates).
Concernant le secteur bancaire, elle estime que les banques marocaines comprennent les besoins des exportateurs, mais restent contraintes par un coût prudentiel élevé, encadré par les normes prudentielles internationales.
Une gouvernance partagée et un enjeu social
Sur le plan de la gouvernance interne, Sonia Mezzour annonce vouloir partager la charge présidentielle avec un vice-président général, et dynamiser les commissions sectorielles de l'association pour produire des résultats rapides.
Elle relie enfin l'enjeu de l'export à la question de l'emploi des jeunes, rappelant un taux de chômage de 37,2% chez les jeunes au Maroc. Pour elle, la montée en compétence des fournisseurs marocains dans les chaînes de valeur export est une condition pour leur insertion professionnelle.
Sonia Mezzour revendique une expérience dans les sphères publique et internationale : conseillère de ministre, secrétaire générale d'une agence stratégique, représentante du Royaume du Maroc à l'ONU, et vice-présidente de la Commission mondiale de l'énergie et de l'environnement à la Chambre de commerce internationale.
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