Aïd al-Adha, aides à l'importation et “frakchia”, Nizar Baraka pointe les profiteurs de crise
Invité de l’émission "Saat Al-Saraha" le 6 mai sur 2M, Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’eau et secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, est revenu sur l’un des dossiers les plus sensibles du pouvoir d’achat, celui de Aïd al-Adha, de l’importation des ovins et du rôle des "frakchia" dans la hausse généralisée des prix des moutons. Détails.
Au cœur de son intervention, un mot s’est imposé, celui des "frakchia". Dans le langage courant, le terme renvoie à ces acteurs qui s’interposent dans les circuits économiques pour tirer profit d’une situation de tension, souvent au détriment du consommateur final.
Comment les "frakchia" auraient profité de l’aide publique
Pour le secrétaire général de l’Istiqlal, lorsqu'un importateur faisait entrer un mouton à 2.000 DH, son coût d’acquisition tombait théoriquement à 1.500 DH après déduction de l’aide de 500 DH par tête qui avait été octroyée pour faire baisser les prix de la viande. Dans ces conditions, estime-t-il, une revente à 4.000 ou 4.500 DH ne peut pas être justifiée par les seuls coûts économiques. Elle traduit, selon lui, une logique de profit excessif.
"Nous avons octroyé 500 DH pour chaque mouton importé. Si l’importateur l’achète à 2.000 DH, il ne paie en réalité que 1.500 DH après déduction de l’aide. Comment peut-il ensuite le revendre à 4.500 DH ? Ce n’est pas logique", s'insurge-t-il.
Face aux dérives observées, Baraka affirme que les autorités ont fini par modifier le dispositif.
"Après avoir recueilli les données du ministère des Finances et les informations sur les prix de vente, nous avons décidé de suspendre l’aide de 500 DH", précise-t-il.
"Sa Majesté le Roi a appelé les Marocains à s’abstenir d’accomplir le sacrifice de l’Aïd afin de préserver et de reconstituer le cheptel national. Nous voulons consommer de la viande marocaine et ne pas continuer à importer une viande qui peut être de moindre qualité, tout en pesant sur nos réserves de change", poursuit Nizar Baraka.
Pour lui, la question du cheptel ne peut plus être gérée à l’aveugle. "Le recensement réalisé par le ministère de l’Intérieur nous a permis de connaître avec précision l'effectif du cheptel. Cela nous permet de mieux planifier et de prendre les décisions nécessaires", explique-t-il.
Baraka refuse toutefois toute généralisation. Pour lui, tous les importateurs d'ovins ne doivent pas être mis dans le même sac. Certains ont importé des moutons et les ont revendus à des prix qu’il juge raisonnables. D’autres, en revanche, ont profité de l’opération pour dégager des marges excessives.
"Il faut faire la différence. Tous les importateurs ne sont pas des frakchia (spéculateurs). Plusieurs importateurs ont importé des moutons et les ont revendus à des prix raisonnables, alors que d’autres ont réalisé des gains de manière injustifiée".
"Ce qui s’est passé, c’est que beaucoup de personnes ont créé des entreprises d’importation pour la première fois, exclusivement pour réaliser cette opération. Le ministère de l’Agriculture dispose des listes et peut les communiquer. Ce sont eux les frakchia. Ils se sont enrichis à travers cette opération. Même dans des conditions difficiles pour les ménages, avec la hausse des prix, ces frakchia ont doublé, voire triplé les prix", souligne-t-il.
Baraka clarifie la polémique des 13 MMDH
Concernant la polémique des 13 MMDH, Baraka conteste avoir avancé ce chiffre et clarifie le malentendu.
"Pour les 13 MMDH, je n’ai jamais évoqué ce montant. Vous pouvez vous référer à la conférence de presse que j’ai tenue sur le sujet. De même, aucun ministre relevant de notre parti n’a évoqué ce montant. Ce chiffre ne vient pas de nous. Il provient d’un document que le ministère des Finances a transmis à la commission des finances au Parlement", explique le ministre.
Il distingue ensuite deux catégories. D’un côté, les aides directes versées aux importateurs. De l’autre, les recettes auxquelles l’État renonce à travers la suspension des droits de douane et de la TVA.
"Ayant une expérience dans ce domaine [de ministre des Finances, ndlr], je vais l’expliquer. Ce montant inclut les aides octroyées aux importateurs, mais aussi les recettes fiscales auxquelles l’État a renoncé en suspendant les droits de douane et la TVA. C’est ce que l’on appelle les dépenses fiscales", explique-t-il.
Il convient de préciser que les 13 MMDH ne peuvent pas être assimilés à une somme entièrement décaissée par l’État au profit des importateurs. Une partie correspond à des aides directes. Mais une grande partie relève des dépenses fiscales, c’est-à-dire des recettes que l’État n’a pas perçues après la suspension des droits de douane et de la TVA.
Or, dans le cas des ovins, ces droits sont particulièrement élevés, puisqu’ils peuvent atteindre 200%. Leur suspension produit donc mécaniquement un manque à gagner fiscal important. Ce montant doit être interprété avec nuance. Il traduit un avantage fiscal accordé aux importateurs, mais il ne correspond pas à une dépense budgétaire effectivement payée par le Trésor.
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