Football. Maroc-Italie, des trajectoires diamétralement opposées
En sélection, les courbes d’évolution du football marocain et italien se croisent, dessinant des dynamiques antinomiques. En témoigne l’absence de la Squadra Azzurra du Mondial 2026, une édition où l’équipe du Maroc est attendue comme un adversaire redoutable.
Si demain le champion du Maroc rencontrait le tenant du titre en Italie, il y a de fortes chances que l’Inter de Milan s’impose devant la Renaissance sportive de Berkane. Mais l’issue d’un duel entre les sélections marocaine et italienne est beaucoup moins évidente.
On pourrait même s’aventurer à imaginer les Marocains favoris. Une hypothèse loin d’être saugrenue au regard des résultats contrastés entre les deux pays, traduisant des trajectoires largement divergentes.
Bien qu’il prête à débat pour différentes raisons, le classement FIFA confirme ce constat. Cela fait plusieurs années que le Maroc grignote son retard sur les Italiens, au point de les avoir récemment doublés.
Aujourd’hui 8e, le Maroc est récompensé d’une stratégie où le complexe d’infériorité n’est plus qu’une vue de l’esprit, et où la culture de la gagne s’est imposée comme un véritable marqueur.
Surtout depuis la formidable aventure au Qatar, qui a mené les Lions de l’Atlas au dernier carré, alors que la Squadra Azzurra n’avait même pas fait le voyage.
Difficile de miser sur une nouvelle performance majuscule d’Achraf Hakimi et consorts aux États-Unis cet été, mais une chose est acquise : les Italiens suivront la compétition à distance.
Éliminée en barrages de la Coupe du monde 2026 par la Bosnie-Herzégovine (1-1 a.p., 1-4 t.a.b.), l’Italie va vivre une troisième phase finale mondiale d’affilée comme spectatrice.
La dernière fois que l’Italie a participé à une Coupe du monde, c’était en 2014. Et la dernière fois qu’elle y a joué un match à élimination directe, c’était en finale, en 2006.
La Nazionale va donc passer seize ans, voire plus, sans goûter à la Coupe du monde, alors que le Maroc participera à sa troisième phase finale consécutive.
Sans compter le Mondial 2030, pour lequel les Lions de l’Atlas sont qualifiés en tant que pays hôte, en compagnie de l’Espagne et du Portugal.
Les limites du football italien de sélection ne datent pas d’hier. Elles ont sauté aux yeux pendant un Euro 2024 décevant, conclu par une élimination en huitièmes de finale contre la Suisse (0-2).
Pour faire simple, le Maroc construit, tandis que l’Italie tente de se réinventer dans les vestiges de son passé (4 Coupes du monde et 2 Euros). Plusieurs raisons à cela.
Une école italienne en perte de vitesse
Le temps où les idées du génial Arrigo Sacchi avaient installé le Milan et, derrière lui, le football italien tout entier sur le devant de la scène est largement révolu. Désormais, les techniciens italiens ne sont plus aussi courtisés sur la scène européenne.
Excepté Simone Inzaghi, qui a mené l’Inter Milan en finale de la dernière édition de la Ligue des champions, on pourrait compter sur les doigts d’une main les entraîneurs originaires de la Botte qui ont la cote.
À savoir, Carlo Ancelotti, Enzo Maresca ou encore Antonio Conte, qui ont l’habitude d’évoluer au plus haut niveau. À part ces derniers, les clubs et sélections ne s’arrachent pas les coachs italiens.
Ce n’est pas vraiment le fruit du hasard si les échecs répétés lors des qualifications du Mondial portent le sceau d’entraîneurs du sérail.
Après une entame de qualification catastrophique, Luciano Spalletti, dont le passage comme sélectionneur a été un échec, a été remplacé par Gennaro Gattuso.
Certes, l’ancien milieu de terrain de l’AC Milan a tenté de recréer du lien entre les joueurs et le maillot bleu. Il a essayé de redonner confiance à un groupe en plein doute, en s’appuyant sur le 3-5-2 que les joueurs connaissaient, mais il n’a pas réussi.
Le temps était trop court, le chantier trop profond. Parce que le mal ne date pas d’hier, évidemment.
Un vivier qui se réduit au fil des décennies
De surcroît, le vivier de joueurs de très haut niveau est limité. Le constat est dressé depuis bientôt dix ans et rien n’a changé depuis. Voire l'inverse.
Avec ses 69% de joueurs étrangers, la Serie A ne laisse pas suffisamment de place aux jeunes Italiens, et le réservoir dans lequel le sélectionneur peut puiser se réduit un peu plus chaque année. Enfoncée dans sa culture du résultat et ses carcans tactiques, la Serie A peine encore à faire une place aux futurs champions.
Pio Esposito en est un exemple parlant. Dans les radars depuis l’adolescence au centre de formation de l’Inter, l’attaquant a dû attendre ses 20 ans pour débuter en Serie A. Cinq jours plus tard, il débutait aussi en sélection.
En parallèle, le Maroc dispose d’un creuset de talents impressionnant, dont l’expérience au très haut niveau est loin d’être négligeable. On peut citer Hamza Igamane, Eliesse Ben Seghir ou encore Bilal El Khannouss.
Et la tendance ne semble pas près de s’inverser. D’aucuns diront que plus de la moitié des jeunes internationaux marocains qui brillent sont issus de la diaspora.
Mais rien n’empêche la Fédération italienne de structurer son département de détection et de scouting pour enrichir son vivier.
Le Maroc dispose par exemple de plusieurs scouts qui sillonnent l’Europe afin de dénicher des talents et de les intégrer très tôt dans les différentes sélections.
Une politique fédérale dépassée
En somme, le talent n’est pas débordant, que ce soit chez les A ou dans les catégories de jeunes. Suffisamment en tout cas pour relancer le débat sur la formation et sur la manière de faire éclore de nouvelles pépites.
Le plus frappant dans cette succession d’échecs réside dans la similarité des causes identifiées. Pourtant, rien ne change réellement.
La tentative de réforme incarnée par Roberto Baggio au sein de la Fédération italienne de football illustre parfaitement ces résistances internes. Nommé pour impulser une modernisation du système de formation, l’ancien Ballon d’Or plaidait notamment pour :
- une refonte des méthodes d’entraînement, jugées trop rigides ;
- une plus grande place accordée à la créativité et à la technique dans le développement des jeunes joueurs ;
- une harmonisation des cursus de formation à l’échelle nationale ;
- une réduction de la pression du résultat à court terme dans les catégories de jeunes, afin de privilégier la progression individuelle ;
- une meilleure intégration des profils offensifs et atypiques, historiquement délaissés dans le football italien moderne.
Autant de propositions qui se sont heurtées à des blocages structurels, le poussant à quitter ses fonctions sans avoir pu mener ses idées à terme.
Des idées qui sont le fondement même du programme de formation des jeunes talents, initié par la Fédération royale marocaine de football (FRMF).
Le président, Fernando Gaviria, cité parmi ceux qui ont mis des bâtons dans les roues à Roberto Baggio, a fini par démissionner après la lourde élimination face à la Bosnie-Herzégovine.
Plusieurs noms circulent déjà pour prendre la suite de Gennaro Gattuso, dont celui de Pep Guardiola. Toujours sous contrat avec Manchester City jusqu’en 2027, le technicien catalan serait intéressé par le défi de relancer la Nazionale.
Au fond, ce ne serait pas si mal. Au-delà de son pedigree, Guardiola apporterait une autre vision et éloignerait de facto le football italien d’un entre-soi qui l’a conduit à une forme d'essoufflement. Aux antipodes du football marocain.
Académies, détection, compétitions… les fondements du modèle marocain de formation en football
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