Après un repli observé début avril 2026, les encours des OPCVM repartent à la hausse pour atteindre 794,3 milliards de DH à la date du 10 avril, portant la progression depuis le début de l’année à 7,6%.
L’actif net avait atteint 772,1 MMDH à fin mars, avant de reculer à 756,4 MMDH au 4 avril. Un mouvement qui intervient après une phase de retraits fin mars, et qui redessine la trajectoire récente du marché.
Par ailleurs, l’évolution d’une semaine à l’autre montre des mouvements différents selon les catégories. Ainsi, derrière la hausse globale, la lecture des flux apporte un éclairage sur la dynamique actuelle, avec des ajustements de positions et des choix d’allocation qui continuent d’orienter les encours.
Des mouvements contrastés selon les catégories
La hausse des encours observée à la date du 10 avril repose sur des évolutions différenciées selon les catégories. Les fonds monétaires poursuivent leur progression, avec une hausse de 8,9% sur la semaine et de 32,2% depuis le début de l’année, portant leurs encours à 118,8 MMDH.
Dans le même sens, les OPCVM obligataires court terme enregistrent un rebond marqué de 13,1% sur la semaine, à 117,8 MMDH, après un repli prononcé de 8,5% la semaine précédente.
Les fonds actions accompagnent également ce mouvement, avec une progression de 5,9% sur la semaine, leurs encours atteignant 76,7 MMDH.
Par ailleurs, les fonds diversifiés affichent une évolution plus modérée, en hausse de 2,8% sur la semaine et de 5,6% depuis le début de l’année, tandis que les OPCVM obligataires moyen et long terme évoluent dans des proportions limitées, avec une progression de 1,9% sur la semaine et une quasi-stabilité en YTD (-0,1%).
En ce qui concerne les OPCVM contractuels, qui reposent sur une base d’encours plus réduite, ils continuent d’afficher des variations plus marquées, avec une hausse de 5% sur la semaine après un recul de 14,3% la semaine précédente.
Des arbitrages en cours entre supports, portés par des logiques de trésorerie et de taux
Les mouvements observés d’une semaine à l’autre ne relèvent pas uniquement d’un effet de marché, mais s’inscrivent dans des arbitrages plus larges opérés par les investisseurs, en particulier sur les segments court terme.
En effet, la baisse marquée des OPCVM obligataires court terme début avril, suivie d’un rebond rapide la semaine suivante, "s’explique en grande partie par des mouvements de rachats et de réallocations. Ces supports, largement utilisés par les investisseurs institutionnels pour la gestion de trésorerie, restent sensibles à des besoins ponctuels de liquidité, notamment en fin de trimestre. Dans ce type de cas, quelques sorties significatives suffisent à provoquer des variations visibles sur les encours, avant un retour rapide des flux une fois les ajustements réalisés", explique une source de marché.
Par ailleurs, la progression continue des fonds monétaires (+32,2% depuis le début de l’année) confirme une préférence pour les supports les plus liquides. "Dans un environnement marqué par un niveau de taux courts jugé attractif et une politique monétaire stable, ces fonds offrent une solution immédiate pour placer des excédents de trésorerie tout en conservant une grande flexibilité. Ce positionnement s’inscrit dans une logique de gestion prudente, où la liquidité prime sur la recherche de rendement à plus long terme", ajoute-t-il.
En parallèle, "les fonds obligataires moyen et long terme affichent une évolution plus contenue. Ce comportement s’explique par une moindre appétence pour la duration dans un contexte où la visibilité reste limitée. Les investisseurs privilégient des maturités courtes, plus faciles à ajuster, au détriment des positions plus longues".
Donc, "les évolutions récentes des encours traduisent une circulation des flux entre supports, davantage guidée par des considérations de liquidité, de gestion de trésorerie et de positionnement sur la courbe des taux que par un mouvement directionnel uniforme du marché".
Un environnement marqué par l’incertitude et des taux courts attractifs
Il faut aussi savoir que les mouvements observés autour de la fin mars s’expliquent aussi par des facteurs techniques liés au calendrier fiscal. La période correspond notamment au paiement des acomptes de l’impôt sur les sociétés, ce qui entraîne des besoins ponctuels de liquidité pour les entreprises et certains investisseurs institutionnels.
"Les sorties observées fin mars s’inscrivent en partie dans ce type de séquence. Les opérateurs mobilisent des ressources pour honorer leurs échéances fiscales, ce qui se traduit par des rachats sur certains supports, notamment les OPCVM court terme", indique une source de marché.
Ce mouvement s’accompagne généralement d’un retour des flux une fois ces échéances passées. "Une fois les paiements effectués, les excédents de trésorerie sont replacés, souvent sur des supports monétaires. Cela contribue au rebond observé sur les encours début avril", poursuit-il.
Dans ce contexte, le positionnement du Trésor joue également un rôle. "Une partie des flux observés sur le monétaire s’explique aussi par des placements du Trésor, dans un environnement où les supports de court terme offrent des conditions de rendement et de flexibilité adaptées à la gestion de trésorerie", ajoute-t-il.
Au-delà des mouvements techniques, l’évolution des encours s’inscrit dans un environnement de marché qui incite à la prudence. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient continuent d’alimenter un climat d’incertitude, poussant les investisseurs à ajuster leurs positions.
Par ailleurs, "le marché actions reste sous pression depuis le début de l’année, malgré des phases ponctuelles de rebond. Ce contexte limite l’appétit pour le risque et oriente les flux vers des supports plus défensifs".
Une liquidité encadrée et des conditions de marché qui orientent les arbitrages
"La liquidité bancaire demeure structurellement encadrée, avec des interventions de Bank Al-Maghrib autour de 160 MMDH et un taux interbancaire qui évolue à 2,25%. Dans ce contexte, les investisseurs restent dans une logique de cash management, ce qui se reflète dans la progression des OPCVM monétaires, dont les encours augmentent de 32,2% depuis début janvier", explique notre interlocuteur.
Dans le même temps, les conditions d’émission du Trésor contribuent également à orienter les flux. "Le besoin du Trésor ressort entre 11,5 et 12 MMDH en mars, contre 2,5 à 3 MMDH en avril. À cela s’ajoute l’adjudication du 7 avril, où aucune soumission n’a été retenue sur 3,2 MMDH proposés. Cela renvoie à un ajustement des niveaux de taux entre le Trésor et les investisseurs", poursuit-il.
Dans ce contexte, les arbitrages se font rapidement entre les différents supports. "Avec une offre plus limitée sur les maturités courtes et des niveaux de taux discutés sur le primaire, une partie des flux se redirige vers le monétaire ou le secondaire. Cela explique les mouvements observés entre OPCVM court terme et monétaires sur la période", conclut-il.
Un cadre réglementaire pour accompagner le secteur
Au-delà des évolutions récentes des encours, le secteur de la gestion collective s’inscrit dans une dynamique d’évolution de son cadre réglementaire, avec l’adoption de la nouvelle loi relative aux OPCVM.
Ce texte introduit une refonte de la typologie des fonds et élargit les possibilités pour les sociétés de gestion, avec l’intégration de nouveaux véhicules et des structures plus flexibles. L’objectif est d’adapter l’offre aux différents profils d’investisseurs et de rapprocher le cadre marocain des standards internationaux.
Par ailleurs, les circulaires de l’AMMC, attendues pour préciser les modalités d’application de cette réforme, devraient venir encadrer de manière plus détaillée les règles d’investissement, de classification et de fonctionnement des OPCVM. Leur publication est particulièrement attendue par les acteurs du marché, dans la mesure où elles permettront d’opérationnaliser les nouvelles dispositions introduites par la loi.
Réforme des OPCVM. “Le potentiel est là, la mise en œuvre dépend des circulaires” (Sofia Skiredj)

