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TOURISME

Tourisme de croisières. Pendant la guerre, le Maroc gagne des escales… mais pour combien de temps ?

Alors que le conflit au Moyen-Orient et la flambée des prix de l’énergie inquiètent les opérateurs touristiques, le Maroc semble paradoxalement tirer son épingle du jeu dans le secteur des croisières. Mais cet effet d’aubaine pourrait n’être que temporaire si la situation devait s’éterniser. Explications.

Le nouveau terminal de croisières de Casablanca.
Le nouveau terminal de croisières de Casablanca.
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Le 7 avril 2026 à 15h36 | Modifié 7 avril 2026 à 16h20

La crise énergétique et les tensions géopolitiques font peser de lourdes incertitudes sur le tourisme de croisières. Si certains opérateurs redoutent une baisse des escales au Maroc, notamment à Casablanca, un expert du secteur affirme tout le contraire, à moins d'une crise durable.

Un effet immédiat positif pour le Maroc

Contrairement aux craintes, le Maroc ne subit pas pour l’instant les effets de la guerre au Moyen-Orient, estime Jalil Madih, le plus grand spécialiste du tourisme de croisière du pays. Pour ce dernier, la tendance est même à la hausse.

"Pour l’instant, les perspectives sont très bonnes, car nous n’avons reçu aucune annulation. Au contraire, on a eu plus d’escales que prévues", affirme notre interlocuteur. Il ajoute que certaines escales programmées initialement ailleurs ont même été redirigées vers les ports marocains qui reçoivent des paquebots de croisière.

Ainsi, l’activité reste soutenue au port de Casablanca depuis le début de la guerre. Pour le seul mois d’avril, une vingtaine d’escales ont été programmées à Casablanca avec des navires transportant entre 1.500 et 4.000 passagers, soit plusieurs dizaines de milliers de croisiéristes au total.

Le Moyen-Orient à l’arrêt, une opportunité indirecte

Selon le spécialiste, l’explication tient à un basculement géographique des flux, avec des croisières au Moyen-Orient à l’arrêt notamment en Égypte, en Jordanie, à Dubaï, à Abu Dhabi, au Qatar… qui ne sont plus sur la carte des armateurs.

La conséquence directe est que les compagnies redéploient leurs navires de croisiéristes, avec des itinéraires alternatifs incluant notamment le Maroc qui en bénéficie directement.

Un avantage structurel face à ses concurrents

Au-delà de la conjoncture, le Royaume dispose, selon lui, de plusieurs atouts, car contrairement à des destinations concurrentes comme Barcelone ou Lisbonne, il bénéficie d’un statut spécifique.

"Le Maroc est la première zone portuaire hors espace Schengen qui offre la possibilité aux armateurs de récupérer la TVA. Et depuis que Gibraltar n’est plus dans l’Union européenne, beaucoup d’escales se déplacent vers le Maroc", précise Jalil Madih. Il souligne un autre avantage stratégique du pays : sa double ouverture Atlantique/Méditerranée, unique dans la région.

Un secteur résilient mais extrêmement volatile

Pour autant, le professionnel appelle à la prudence. Il affirme que le tourisme reste une industrie très sensible aux crises, car les gens pensent d’abord à se nourrir avant de partir en vacances. C'est ce qui s’était passé lors des attentats au Maroc, des guerres du Golfe et de la crise sanitaire de la Covid.

Et d’ajouter que le principal danger reste celui d’une flambée durable des prix de l’énergie, avec un baril qui pourrait selon certains experts atteindre 200 dollars. Les conséquences seraient radicales. Dans ce cas, "seuls les plus fortunés pourront encore voyager."

Tout en précisant que le carburant ne représente "que" 10% à 12% des coûts d’un paquebot, notre interlocuteur craint un impact global et systémique sur le transport aérien, routier et maritime.

"Ce n’est pas un problème marocain, c’est toute l’industrie mondiale qui serait impactée".

Des fragilités logistiques persistantes

Au-delà des facteurs externes, le Maroc doit relever plusieurs défis internes. Notre expert pense que le pays ne dispose pas encore d’un véritable écosystème de croisière, en raison d'un manque d’autocars et de guides pour accueillir les croisiéristes en quête d’excursions.

L’autre enjeu est de faire du Maroc un port tête de ligne, soit le point de départ des croisières et non plus une simple escale. Ce qui nécessite une coordination port-aéroport, une simplification douanière et des infrastructures adaptées.

Récemment, plusieurs événements ont illustré cette fragilité, avec la combinaison de la houle et d'une congestion portuaire ayant entraîné l’annulation d’une dizaine d’escales de paquebots, notamment à Casablanca et à Tanger.

Une trajectoire de croissance toujours intacte

Malgré ces limites, les perspectives restent solides. Après l'accueil de 240.000 croisiéristes en 2024, la tendance était à la hausse en 2025, et 2026 est annoncée comme une année record avec davantage d’escales.

Si l’objectif d’atteindre 1 million de croisiéristes à l'horizon 2030 est ambitieux, il reste cependant crédible, estime Jalil Madih. Ce dernier est convaincu que le Maroc peut y arriver avant 2030… à condition d’améliorer le service. Pour être à la hauteur des attentes des clients internationaux, le véritable enjeu est qualitatif.

Et de conclure que cette opportunité conjoncturelle d’un contexte géopolitique qui redessine les flux touristiques à son avantage devra être mise à profit et pérennisée par le Maroc. Bien qu'à long terme, tout dépendra de facteurs non maîtrisés comme la guerre, le prix du pétrole et, enfin, la stabilité mondiale.

En effet, dans l’industrie des croisières comme ailleurs, les crises peuvent générer des opportunités. Mais elles peuvent aussi les effacer brutalement, du jour au lendemain.

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Le 7 avril 2026 à 15h36

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