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Urbanisme. Ce qu'il faut savoir sur le délicat plan d'aménagement de Hay Mohammadi

Densité élevée, rareté foncière et charge mémorielle... Le nouveau plan d’aménagement de Hay Mohammadi doit composer avec une équation urbaine complexe. Il est également au cœur d’un vif refus de la part des habitants de Derb Moulay Chérif, qui craignent un relogement forcé loin de leur cadre de vie actuel.

Les anciens abattoirs de Casablanca
Les anciens abattoirs de Casablanca
A.B
Le 19 mars 2026 à 17h02 | Modifié 19 mars 2026 à 17h39

Le plan d’aménagement de Hay Mohammadi a récemment clôturé la phase de l’enquête publique. Cette étape ouvre la voie à son adoption finale, qui interviendra après avis des élus lors des prochaines sessions du conseil d'arrondissement de Hay Mohammadi et du conseil de la ville de Casablanca.

Toutefois, le projet suscite la contestation des citoyens de ce quartier historique, haut lieu de la mémoire nationale. Les habitants, notamment ceux de la cité Soceca, Derb Moulay Chérif, Derb Saâd et bloc Riad, craignent en effet d'être délogés.

Actuellement dans le circuit d’adoption, ce nouveau plan d’aménagement devrait remplacer celui de 2015, arrivé à échéance en août 2025.

Urbanisme. Ce qu'il faut savoir sur le délicat plan d'aménagement de Hay Mohammadi
Carte des limites administratives de l’arrondissement Hay Mohammadi.

Un aménagement sous la contrainte de la densité et de la rareté foncière

La comparaison entre les arrondissements casablancais montre que Hay Mohammadi couvre une superficie très limitée, ne dépassant pas 4,2 km². Ce territoire se caractérise par une densité urbaine extrêmement élevée et une rareté marquée du foncier, deux facteurs qui restreignent considérablement les choix urbanistiques.

Contraint par cette exiguïté, le nouveau plan d’aménagement opte, selon ce qu'a pu constater Médias24, globalement pour la continuité. L'essentiel des zonages du document échu est maintenu, privilégiant un tissu urbain mixte dominé par des zones en R+2 et R+3, avec quelques rares exceptions en R+4 et R+5.

La densification verticale autorisée

La véritable nouveauté de ce plan réside dans l'autorisation de construire jusqu'en R+7. Cette densification verticale sera principalement concentrée sur les boulevards Jaâfar El Barmaki et Moulay Ismail, ainsi que sur la rue Abou Bakar El Ouhrani.

Le document d'urbanisme confirme par ailleurs la délocalisation de la caserne militaire, une orientation héritée de la version de 2015 (qui y prévoyait du R+5). Le site mute en "zone de projet intégré" pour faire place à un vaste programme mixte alliant résidentiel, commerces et services.

S'ajoute à cette zone une friche industrielle située près des anciens abattoirs, qui fera l'objet d'un traitement similaire, constituant une nouvelle voie d'urbanisation dans le ressort de l'arrondissement.

Les abords de la voie ferrée constituent également une importante voie de développement urbain en raison de la disponibilité de foncier. Si le plan d’aménagement de 2015 avait placé toute la zone en "projet urbain" pour une ouverture massive à l’urbanisation, le nouveau plan a pris le parti de rationaliser ce secteur. Près de la Cité des cheminots, les parcelles de terrains nus seront ainsi valorisées dans le cadre d’un projet urbain dédié.

D’autre part, une zone de projets intégrés s'appliquera au niveau du boulevard Moulay Ismail, dans le ressort de l’arrondissement, où de nouvelles élévations devraient être permises.

Le projet de rénovation urbaine de Derb Moulay Chérif

Au-delà des questions de zoning, Hay Mohammadi fait face à des spécificités locales alarmantes. Le quartier de Derb Moulay Chérif, par exemple, abrite un grand nombre de bâtiments menaçant ruine et a déjà été le théâtre de plusieurs effondrements tragiques. Bien que le traitement immédiat de ces bâtiments s'opère en dehors du cadre strict du plan d’aménagement, la question de l'avenir du quartier est centrale.

Aujourd'hui, ce secteur se trouve dans un état de dégradation avancé. Le tissu bâti, constitué de parcelles minuscules et surpeuplées, y accuse un déficit préoccupant en matière d'hygiène et de sécurité. À l’instar de l’ancienne médina ou de Derb Ghalef, l'insalubrité, le manque de lumière et le défaut d'aération continuent d'y provoquer la résurgence de maladies respiratoires telles que la tuberculose.

Pour pallier cela, le nouveau plan d’aménagement classe la zone de Derb Moulay Cherif comme "secteur de rénovation urbaine".

Toutefois, en dépit des rumeurs, aucune action ne sera engagée avant la réalisation d'une étude technique approfondie. Cette étude sera menée selon une approche participative impliquant, outre le ministère de tutelle, l'arrondissement de Hay Mohammadi, la commune de Casablanca et l'administration territoriale compétente, à savoir la préfecture.

Le fait que le document urbanistique ne soit pas détaillé sème le doute chez les habitants, mais également auprès des membres du conseil communal.

La lecture de la loi nᵒ 94-12 relative aux bâtiments menaçant ruine et à l’organisation des opérations de rénovation urbaine spécifie qu’il existe plusieurs actions de rénovation "soit par des opérations de démolition et de reconstruction, des opérations de restauration et de rénovation, le développement des infrastructures, la desserte en équipements de base et la construction de nouveaux logements, soit par l’aménagement foncier, dans le respect des conditions de protection de l’environnement".

Quant à la cité Soceca, elle échappe au périmètre de la rénovation urbaine de Derb Moulay Cherif. Sanctuarisée pour son intérêt historique et architectural, elle est classée en zone d’habitat traditionnel et d'artisanat, une mesure de sauvegarde destinée à valoriser son identité patrimoniale.

En outre, Hay Mohammadi compte plusieurs bâtiments historiques que le nouveau projet d’aménagement a pris le soin de délimiter. Les célèbres bâtiments "nid d’abeilles" et la cité Candilis, notoires chez les architectes, feront ainsi l'objet de "zones de projet autorisées" afin d’améliorer leur intégration urbaine.

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A.B
Le 19 mars 2026 à 17h02

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