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Energie

Nucléaire. Pourquoi le Maroc revient sérieusement dans la course

Représentant le Roi Mohammed VI au Sommet international sur l’énergie nucléaire à Paris, Aziz Akhannouch a confirmé l’intérêt du Maroc pour l’atome civil. Entre ambitions de souveraineté énergétique, projets anciens et nouvelle piste des petits réacteurs modulaires (SMR), le Royaume explore de plus en plus sérieusement l’option nucléaire.

Petit réacteur modulaire nucléaire envisagé par le Maroc
Un petit réacteur modulaire. Le Maroc veut s'en doter, notamment pour le dessalement de l'eau de mer.
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Le 11 mars 2026 à 16h25 | Modifié 12 mars 2026 à 9h23

Représentant le Roi Mohammed VI à la 2e édition du Sommet international sur l'énergie nucléaire, dont les travaux se sont déroulés ce mardi 10 mars 2026 à Paris, le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a confirmé dans le discours qu'il a lu à cette occasion que le Royaume avait bel et bien dans l'idée d'explorer l'énergie nucléaire civile afin de subvenir à ses besoins. "Enjeu de souveraineté" oblige.

"L’accélération du changement climatique... l’augmentation de la demande mondiale en énergie... et les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement, imposent aujourd’hui une transformation profonde des systèmes énergétiques : dans ce sens, des solutions bas-carbone, comme l’énergie nucléaire, peuvent être explorées", a-t-il plaidé, à ce propos. 

Et il va sans dire que l'actualité du moment, propice à un nouveau choc énergétique, est en soi pour lui donner largement raison. Surtout pour un pays comme le Maroc, qui doit importer la majeure partie des énergies fossiles qui contribuent à son mix, et pour qui le nucléaire est assurément une excellente alternative.

Qui plus est, et cela Aziz Akhannouch l'a parfaitement rappelé dans son allocution, la COP28, tenue fin 2023 à Dubaï (Émirats arabes unis), avait, de façon éloquente, fait la part belle à l'énergie nucléaire en tant qu'énergie propre, et à laquelle le recours est donc parfaitement cohérent avec l'ambition planétaire d'assurer une transition énergétique vers une économie majoritairement décarbonnée.

D'ailleurs, le Royaume avait été un des premiers vingt-deux signataires, à l'occasion de cette conférence, d'une déclaration en faveur du triplement de la production nucléaire civile à l'horizon 2050.

Un pays qui ne part pas de zéro

Cela pourrait, dans une certaine mesure, faire sourire les néophytes, en ce sens que, valeur aujourd'hui, le Maroc ne produit pas la moindre électricité d’origine nucléaire et n’a pas non plus de réacteur nucléaire de puissance en exploitation.

Mais il faut se dire que la partie marocaine ne part pas tout à fait de zéro. "Le Maroc a développé une base importante de connaissances et d’expérience dans le domaine des activités nucléaires, dans le cadre de ses préparatifs visant à prendre une décision éclairée quant à l’introduction éventuelle de l’énergie nucléaire", soulignait par exemple, en octobre 2015, une mission de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), venue au Maroc pour évaluer, à la demande de Rabat, le niveau de préparation institutionnelle, réglementaire et technique du pays en vue d’un éventuel programme électronucléaire.

Le projet historique de Sidi Boulbra

S'agissant plus particulièrement de l'idée de disposer d'une centrale, elle remonte loin dans le temps, avec notamment le projet de Sidi Boulbra : située dans la province d'Essaouira, non loin de la ville éponyme, cette localité est dès les années 1980 identifiée comme apte à accueillir une centrale nucléaire, en raison de ses caractéristiques physiques jugées compatibles avec la construction et l’exploitation sûres d’une telle installation.

Elle est même présentée comme susceptible d'intégrer jusqu’à quatre unités de 1.000 MW chacune (soit, à haut facteur de charge, un volume de production annuel de l’ordre de la consommation de 10 millions d’habitants), et, en septembre 1994, l’AIEA elle-même entérine la qualification du site au bout d’un processus de sélection et d’évaluation conduit sur une décennie, à partir de 1984.

Mais la centrale de Sidi Boulbra, à qui avaient été initialement associés le cabinet d’ingénierie français Sofratome ainsi que l'AIEA pour l'assistance technique, n'a finalement jamais vu le jour, malgré qu'en 2006-2007 l'Office national de l'électricité (ONE) était allé aussi loin que la finalisation des documents d’invitation à soumissionner et sollicitation d’offres pour la construction de deux unités de 700 à 1.000 MW chacune, leur exploitation-maintenance, leur maintenance lourde ainsi que les services liés à l’approvisionnement en combustible nucléaire.

L’épisode russe

C'est d'ailleurs dans ce contexte qu'un acteur particulier s'était agrégé au dossier nucléaire civil marocain : la Russie.

En octobre 2022, beaucoup avaient réagi à la décision du gouvernement russe d'approuver un mémorandum d'entente présenté par le groupe public Rosatom concernant la coopération entre la Russie et le Maroc dans le domaine de l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, et qui avait été signé quelques années plus tôt lors d'une visite du Premier ministre Dmitri Medvedev à Rabat.

Mais c’était oublier que les premières discussions maroco-russes en la matière avaient été engagées au moment même où le Maroc faisait entrer le projet de Sidi Boulbra dans une phase avancée de consultation des fournisseurs internationaux.

Le 30 août 2006, une série de réunions avaient, ainsi, été tenues à Moscou entre une délégation de l’ONE et des représentants de l’Agence fédérale russe de l’énergie atomique, d’Atomstroyexport, bras industriel russe des projets nucléaires à l’export, de TVEL, groupe russe spécialisé dans la fabrication du combustible nucléaire, et de Rosenergoatom, opérateur du parc nucléaire russe.

Puis, quelques jours plus tard, le président russe Vladimir Poutine se rendait lui-même au Maroc dans le cadre d’une visite d’État, et, à cette occasion, Atomstroyexport faisait savoir publiquement qu’il entendait briguer le contrat de la future première centrale nucléaire marocaine. Mais, sans qu’aucun accord nucléaire formel n'ait été trouvé par la suite.

Depuis une réunion en date de mars 2007 d’une délégation de quatre experts de la société russe venue dans le Royaume pour entamer des discussions techniques avec l’ONE sur le projet de Sidi Boulbra, le volet russe du dossier semble en effet avoir été mis en sommeil.

Les petits réacteurs modulaires (SMR), nouvelle piste

Mais comme l'a illustré la validation du mémorandum d'entente sur le nucléaire civil, cela pourrait n'être, in fine, que partie remise : il faut dire aussi que la Russie maîtrise très bien la technologie de ce que l'on appelle les petits réacteurs modulaires, ou SMR en anglais (pour Small Modular Reactor), et qui sont, si l'on peut dire, de “petites centrales nucléaires” plus compactes que les réacteurs classiques, pensées pour être plus faciles à construire, à financer et à intégrer dans un réseau électrique de taille moyenne.

Et c'est justement à ce type de réacteurs que s'intéresse précisément le Maroc en ce moment.

En effet, plutôt que de mettre en place une centrale en bonne et due forme comme cela a donc été longtemps envisagé à Sidi Boulbra, le plus probable à court et moyen terme est que le Maroc privilégie des solutions nucléaires de plus petite échelle et plus souples d'utilisation, notamment pour le dessalement, la cogénération chaleur-électricité et, plus largement, l’alimentation de réseaux électriques de taille moyenne.

Un projet ancien à Tan-Tan

Là aussi, du côté marocain, on ne serait pas totalement dans le domaine de l'inédit : il faut rappeler qu'à la fin des années 1990, un projet de petit réacteur, proche des SMR actuels, a failli voir le jour à Tan-Tan, à la suite de la signature, en septembre 1996 à Rabat, d'un accord de coopération technique avec la Chine visant à en installer un dans l'objectif de produire de la chaleur afin d'obtenir 8.000 m³ d'eau potable par jour à partir de l'eau de mer.

Par la suite, une étude de 18 mois, finalisée en octobre 1998, avait été réalisée, fixant le budget total à quelque 37 millions de dollars, mais cela n'avait pas été suivi d'effet.

L’intérêt croissant pour les SMR

En tout cas, il est à signaler que le Maroc est aujourd'hui membre observateur, au niveau de l'AIEA, du groupe de travail technique dédié aux SMR, et que depuis son entrée en fonction en octobre 2021 dans le gouvernement Aziz Akhannouch, la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, a multiplié les déclarations d'intention allant dans le sens d’un intérêt croissant.

Cette dernière est d'ailleurs elle-même directement à l'initiative du projet intitulé "Clean Package", qui vise à recourir aux SMR pour accompagner le chantier de dessalement impulsé par le Maroc (selon nos informations, une étude de faisabilité est actuellement en cours, menée par l'AMSSNuR, à savoir l’Agence marocaine de sûreté et de sécurité nucléaires et radiologiques).

"Au-delà de la production d’électricité, le nucléaire civil ouvre des horizons multiples : notamment la production d’hydrogène vert, le dessalement de l’eau de mer, la médecine nucléaire et la sécurité alimentaire", a souligné Aziz Akhannouch au Sommet sur l'énergie nucléaire.

Un programme qu'il s'agit donc maintenant de mettre en œuvre, en s'en donnant les moyens.

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Le 11 mars 2026 à 16h25

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