Carburants. La hausse se profile, faut-il agir sur la TIC et la TVA pour en réduire l’impact ?
Les cours des produits raffinés explosent sur le court terme. L'impact sur les prix à la pompe sera considérable. L'État devrait intervenir pour l’amortir. Comment ? C'est la grande question. Pour un impact immédiat, le levier de la fiscalité — suspendre totalement ou partiellement les taxes provisoirement — est le plus efficace.
Une guerre éclate, et les prix à la pompe flambent. Bis repetita. Le Maroc revit le même scénario qu'en 2022.
Médias24 avait documenté la hausse des prix engagée fin 2021, amplifiée par la guerre russo-ukrainienne, à travers de nombreux articles, en interrogeant l’action gouvernementale pour en réduire l’impact. À l’époque, le passage du litre au-dessus de 10 dirhams avait marqué un tournant psychologique. Depuis, 10 DH ressemble presque à un “prix bas” au regard des niveaux extrêmes atteints (14, 15, jusqu’à 16,5 DH le litre de gasoil). Du jamais vu au Maroc.
Aujourd'hui, où en sommes-nous ? Une nouvelle guerre qui éclate et, de nouveau, les prix s'affolent.
Il est vrai que ce mardi 10 mars 2026, les prix à la pompe n'ont pas encore bougé. Le gasoil est toujours affiché entre 10,76 et 10,80 DH pour le litre, selon les distributeurs.
Sauf accalmie sur les cours, ou stratégie des opérateurs consistant à absorber une partie du choc, une hausse est attendue dans les prochains jours, vers le 15 ou 16 mars.
Car, comme nous le prévoyions dans un précédent article, le trend est haussier.
La cotation Platt's du gasoil au 6 mars atteint les 1175,5 $/TM contre 765,5 dollars le 27 février dernier, la veille des premières frappes contre l'Iran.
Soit une augmentation de plus de 400 dollars en quelques jours.
Une hausse probable de plus de 2 DH au litre
Son impact sur les prix nationaux à la pompe ? Cela dépendra de la stratégie de chaque opérateur.
Toutefois, selon nos estimations, si la moyenne du cours international observée sur le début de quinzaine se maintient autour de 1.045 dollars (moyenne Platt's Q1 mars, avec un taux de change retenu de 9,2768 DH/$) et que les marges ne bougent pas, l’impact peut se traduire par une hausse d’environ 2 dirhams (ou davantage) sur le litre de gasoil.
Autrement dit : les prix à la pompe peuvent se rapprocher de 13 DH, voire plus, à la mi-mars.
Il se peut qu’une accalmie atténue la hausse sur les jours restants de l'actuelle quinzaine. Mais pour l’instant, rien ne semble l'indiquer.
Une hausse des prix du gasoil, ce n'est pas seulement un coût de carburant plus cher pour les automobilistes. C'est aussi un coût de transport plus élevé pour toute l'économie.
Face à un choc énergétique comme celui que nous vivons actuellement, aux répercussions en chaîne (carburants, transport, production d’électricité, etc.), l’État devrait intervenir pour amortir le choc et préserver le pouvoir d’achat.
Concernant l'électricité et le gaz butane, les filets existent. Pour le premier, les prix sont administrés et donc le surcoût de production engendré par la hausse des intrants (charbon et gaz) est supporté par l'ONEE avec le soutien de l'État.
Pour le gaz butane, les prix sont subventionnés par la Caisse de compensation qui assumera le différentiel de prix, sauf décision contraire du gouvernement.
Il reste donc le carburant. Un secteur libéralisé en décembre 2015 par le gouvernement Benkirane avec les conséquences et les développements que l'on sait.
La fiscalité, un levier pour réduire l'impact de la hausse ?
Comment réduire l'impact d'une hausse des prix ? Peut-être que l'État pensera à réactiver le soutien exceptionnel aux professionnels du secteur du transport routier.
Les précédentes hausses, notamment en 2022, avaient poussé le gouvernement à réagir à travers l'instauration d'un soutien exceptionnel aux professionnels du secteur du transport routier.
Ce soutien a mobilisé un budget de plus de 7 MMDH entre mars 2022, date de son instauration, et février 2024.
Une dépense publique conséquente, mais dont l’efficacité n’est pas totalement avérée. D’abord, le mécanisme a été critiqué par les professionnels, qui avaient reconnu une hausse des prix du transport de marchandise malgré la subvention.
Ensuite, ce mécanisme exclut les particuliers, qui restent livrés à eux-mêmes face aux hausses.
L’autre option, la seule qui peut être activée rapidement, est de faire jouer le levier fiscal pour réduire la pression sur les citoyens et les transporteurs. En 2022 déjà, Médias24 avait soulevé le sujet et interpellé le gouvernement sur la question, sans réponse.
Au Maroc, ce levier est puissant, parce que les taxes (TIC et TVA) représentent grosso modo entre 30 et 40 % du prix au litre.
En 2024, la fiscalité sur le carburant a rapporté à l'État plus de 24 MMDH.
La Taxe intérieure de consommation (TIC) représente 2,42 DH sur le prix d'un litre de diesel et 3,76 DH pour l’essence. Une suspension temporaire de la TIC ferait immédiatement et mécaniquement baisser les prix.
Selon les derniers chiffres disponibles, la TIC sur le gasoil a rapporté à l'État 14,2 MMDH en 2024 contre 12,6 MMDH, un an plus tôt.
Les recettes de la TIC sont sensibles à la hausse des volumes. Plus la consommation augmente, et plus la TIC suit.
Mais, il y a aussi la TVA ! Elle est Ad valorem et représente 10%. Si la TIC suit surtout les volumes, la TVA suit le prix : en période de flambée, la TVA grossit mécaniquement. Plus le prix augmente, plus sa valeur augmente ainsi que son impact sur le prix final.
Alors pourquoi ne pas utiliser ce mécanisme pour faire baisser les prix ? Cette TVA est gonflée par la hausse des prix. La rétrocéder atténuerait un peu l'effet de la hausse.
De plus, l'exonération de la TVA est un mécanisme déjà utilisé par l'État dans d'autres secteurs. Pourquoi pas celui-ci ?
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