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Hausse du carburant : le gouvernement peut mieux faire

A part une mesure orpheline dont l'efficacité reste à prouver, le gouvernement ne fait rien pour limiter l'impact de la hausse des prix de carburants. Il joue contre la montre et met à l'épreuve le seuil de tolérance des citoyens qui voient grimper les prix en flèche. Un jeu dangereux, surtout que des options sont possibles même temporairement.

Hausse du carburant : le gouvernement peut mieux faire

Le 26 juin 2022 à 20h47

Modifié 27 juin 2022 à 7h25

A part une mesure orpheline dont l'efficacité reste à prouver, le gouvernement ne fait rien pour limiter l'impact de la hausse des prix de carburants. Il joue contre la montre et met à l'épreuve le seuil de tolérance des citoyens qui voient grimper les prix en flèche. Un jeu dangereux, surtout que des options sont possibles même temporairement.

Au regard de l’évolution des cours des produits raffinés, les professionnels prévoient une nouvelle hausse du prix du gasoil au litre et une légère baisse de celui de l’essence.

Selon un expert sondé pas Médias24, sur la base des cours arrêtés au vendredi 24 juin, la hausse moyenne attendue est de 1,60 DH pour le gasoil. La baisse de l’essence, elle, serait de 0,70 DH.

Sur cette base, le litre du gasoil qui avoisine les 15,60 DH devrait passer à plus de 17 DH. L’essence pourrait repasser sous la barre de 17 DH. Cela dépendra de la stratégie de chaque opérateur.

Le suivi des prix que nous effectuons a démontré que tous les opérateurs ne répercutent pas les hausses/baisses de la même façon et que désormais les changements de prix s’opèrent en dehors du traditionnel rendez-vous de la quinzaine.

Si les hausses se poursuivent sur la même cadence, il ne faudra pas plus d’un mois pour que le scénario d’un litre à 20 DH se concrétise, alors qu’il était il y a quelques mois improbable.

Silence du gouvernement

Au point où en est le marché, la question n’est plus de savoir ce que feront les opérateurs, mais plutôt si le gouvernement va réagir ou pas ?

Le 6 juin dernier, interpellé par les élus sur ce sujet, la ministre de l’Economie et des finances Nadia Fettah a répondu : « Nous surveillons les évolutions et prendrons les mesures nécessaires et efficientes au moment opportun ».

Nous aimerions bien connaitre les « mesures nécessaires et efficientes » que le gouvernement réserve « au moment opportun ». Et puis, y a-t-il un autre moment plus opportun pour agir ?

Sur ce sujet, le gouvernement oppose à chaque fois la mesure d’aide aux transporteurs. Une aide qui a pour vocation de réduire l’impact de l’inflation sur ces opérateurs pour éviter des hausses de prix en cascade sur d’autres secteurs. Est-elle efficace ? Est-elle efficiente ? Nous n’avons pas de réponses à ces questions.

On peut dire qu’elle a le mérite d’exister, mais elle reste insuffisante. Le gouvernement aurait-il pu agir différemment ou autrement ?  Peut-il faire plus aujourd’hui ? Selon plusieurs sources sondées par Médias24, la réponse est oui.

Le hedging, option envisagée mais non activée

La première option qui aurait dû être activée fin 2021 est le hedging. Pendant la discussion du projet de loi de Finances 2022, le risque de l’envolée des cours concernait essentiellement le gaz butane et de façon plus secondaire les hydrocarbures.

Face à ce risque, la ministre avait déclaré que le Hedging était envisagé. Mais il ne sera pas activé, en tous cas selon les données officielles communiquées par le gouvernement.

Certes, personne ne voyait venir une guerre Ukraino-russe qui allait aggraver un contexte international perturbé par la pandémie. Néanmoins, le Maroc aurait pu activer cette option.  En recourant au Hedging, les organismes internationaux auraient supporté la différence de prix actuelle entre ce qui était prévu dans le PLF et les cours du marché. Et cela aurait pu maintenir la stabilité des prix. Selon un fin connaisseur du secteur, le hedging aurait été une option possible malgré la sortie des hydrocarbures du panier de la compensation.

Une solution d’ingénierie financière qui aurait pu être intéressante, mais qui ne l’est plus aujourd’hui compte tenu de la conjoncture.

La fiscalité, une option encore possible

L’autre option, la seule qui peut être activée rapidement, est de faire jouer le levier fiscal pour réduire la pression sur les citoyens. Plusieurs pays l’envisagent comme le Japon, le Canada, la Pologne ou plus récemment les Etats-Unis.

Pour faire baisser les prix à la pompe, Joe Biden a exhorté mercredi 22 juin le Congrès à adopter une loi portant sur la suspension d’une taxe fédérale sur l’essence et le diesel pendant trois mois.

Au Maroc, cette option peut faire baisser considérablement les prix. La TIC représente 2,42 DH sur le prix d’un litre de diesel et 3,76 DH pour l’essence. Une suspension temporaire de la TIC ferait immédiatement et mécaniquement baisser les prix de 2,42 DH et 3,76 DH.

« Cela impacterait l’équilibre budgétaire », nous répondra-t-on certainement. A fin mai, les recettes nettes de la TIC sur les produits énergétiques ont atteint 6,6 MMDH.

En 2021, ces recettes ont atteint 16,7 MMDH. Pour 2022, le gouvernement table sur une recette de 17,15 MMDH.  Un montant non négligeable certes, mais dans un contexte difficile, le gouvernement peut faire jouer l’ingénierie financière et ses compétences pour imaginer des mécanismes permettant d’utiliser ce levier pour baisser la pression des prix.

Toujours sur le levier fiscal, une autre mesure est possible, celle de la TVA ! Elle est Ad valorem et représente 10%. Elle change suivant la valeur d’achat. Plus le le prix augmente, plus sa valeur augmente ainsi que son impact dans le prix final. Pourquoi donc ne pas agir par le biais de ce mécanisme pour réduire même juste un peu les prix ? Au pire, on peut laisser au citoyen une partie de cette TVA dopée par la hausse des prix.

Quand le prix d’achat à l’international est de 800 dollars la tonne soit, 8 DH le litre (pour simplifier le calcul, ndlr), elle représentait 0,80 DH. Avec un prix de 1.300 dollars, elle représente 1,30 DH dans le prix final.

Selon le dernier bulletin de la TGR, la TVA sur les produits énergétiques a enregistré une hausse de 85,7% à fin mai 2022 ou +2,5 MMDH. Là encore pourquoi ne pas rétrocéder ces recettes inattendues comme l’était la crise ? 

Le processus législatif permettant de mettre en place une telle mesure peut être accéléré au regard du contexte tendu.

Les mesures plus-haut, peuvent être combinées à un effort de la part des distributeurs qui ont par le passé profité d’un vent favorable, et qui peuvent aujourd’hui faire preuve de citoyenneté. Certes, là aussi les marges ont été réduites à cause de la crise, mais un effort reste possible!

A noter que nous avons tenté de joindre la ministre de l’Economie et des finances sur ce dossier, nous n’avons eu aucun retour. Voici les questions que nous lui avons adressées :

– Avez-vous mesuré l’impact de l’aide aux transporteurs sur l’économie et sur les citoyens?

– Avez-vous envisagé d’autres mesures d’aide pour atténuer la hausse des prix sur les consommateurs ? Si oui lesquelles ? Si non pourquoi ?

– Pourquoi n’a-t-on pas actionné le hedging ? L’a-t-on envisagé ?

– Un retour à la subvention est exclu et non souhaité, mais pourquoi l’Etat ne rétrocède-t-il pas temporairement la totalité ou une partie de la TIC (2,42 pour diesel et 3,76 pour l’essence) pour soulager le consommateur ?

– Si l’option de la TIC risque de perturber le budget de l’Etat car c’est une quotité fixe et programmée dans les prévisions de recettes, qu’en est-il de la TVA ?  La TVA est Ad valorem et donc plus le prix augmente, plus sa valeur augmente. Pourquoi ne pas agir par ce mécanisme pour réduire un tant soit peu la pression sur les citoyens ?

La diplomatie économique, un recours à envisager

Au-delà des prix, il y a aussi un risque sur la disponibilité du produit. Ce qui fait dire aux experts sondés par Médias24 que l’Etat doit intervenir également sur ce dossier.

Ils conseillent un suivi permanent des opérateurs pour garantir l’approvisionnement et pourquoi ne pas envisager des achats groupés avec l’intervention de l’Etat pour mieux négocier les commissions des traders. Une option qui peut aussi permettre de réduire considérablement les prix d’achat à l’international, car la négociation se fait à l’échelle de l’Etat.

Ce volet, concerne plutôt le département de tutelle, notamment la ministre Leila Benali, qui se garde, elle aussi, de s’exprimer sur le sujet des carburants.

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