Gharb et Loukkos : plus de 100.000 hectares touchés, la relance agricole s’organise
Après les crues et les pluies extrêmes qui ont frappé le Gharb et le Loukkos, près de 105.000 hectares ont été affectés. Face à cette situation, le ministère de l’Agriculture a lancé un programme de relance pour accompagner les exploitations sinistrées. Si la campagne de printemps pourrait atténuer une partie des pertes, le retour à la normale demeure progressif et inégal selon les zones.
Environ 85.000 hectares ont été touchés dans les plaines du Gharb, et 20.000 hectares dans le Loukkos, affectant principalement les cultures céréalières, sucrières, fourragères, maraîchères ainsi que l’arboriculture fruitière. L’élevage n’a pas été épargné, tandis que plusieurs infrastructures hydro-agricoles ont subi des dommages.
Mais au-delà du constat chiffré, une question domine : le secteur agricole est-il réellement en voie de retour à la normale ?
Un retour à la normale très variable selon les sols
Pour Mohamed Taher Sraïri, enseignant à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, la réponse ne peut être uniforme.
"Le degré de retour à la normale est très variable. Il dépend du type de sol, de la pente, de la proximité des oueds et de nombreux autres facteurs", explique-t-il.
Dans les zones sableuses, l’eau s’infiltre rapidement, permettant un accès relativement rapide aux parcelles. À l’inverse, dans les sols argileux, lourds et compacts, l’eau peut stagner plusieurs jours, voire plus d’une semaine. Certaines parcelles restent encore difficilement accessibles.
"On ne peut pas dire qu’en une semaine tout sera réglé. Il faut que l’eau s’évapore, et que les agriculteurs puissent physiquement accéder à leurs terres", précise l’expert.
Or, accéder aux parcelles ne signifie pas pour autant que la production puisse reprendre immédiatement. Dans de nombreux cas, les pertes sont totales. Céréales et fourrages ont été fortement impactés, obligeant les agriculteurs à retravailler les sols avant toute nouvelle installation culturale.
Les cultures de printemps comme levier de relance
La relance repose désormais largement sur les cultures de printemps. Tournesol, maïs, légumineuses, maraîchage (tomate, pastèque, melon) ou encore riz constituent les principales options de substitution.
Selon Mohamed Taher Sraïri, si les agriculteurs parviennent à préparer leurs sols et à effectuer les semis dans les délais, il n’existe pas de risque immédiat majeur. Statistiquement, les fortes pluies deviennent rares à partir du mois de mars, ce qui offre une fenêtre favorable pour les nouvelles plantations.
Un réseau d’irrigation du Gharb à remettre en état
Autre enjeu majeur : la remise en état des infrastructures hydro-agricoles. Plusieurs canaux d’irrigation, stations de pompage et pistes agricoles ont été endommagés, compliquant la reprise.
Face à cette situation, le ministère de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts a engagé un programme spécifique d’accompagnement, conformément aux instructions royales.
Le 27 février, le ministre Ahmed El Bouari s’est rendu à l’ORMVA du Gharb et au Qualipôle du Loukkos pour présenter un plan de rattrapage articulé autour de trois axes prioritaires :
- la relance des cultures de printemps, avec un appui à l’acquisition de semences et d’engrais ;
- le soutien aux éleveurs et la préservation du cheptel, via la distribution d’orge et d’aliments composés ainsi que le renforcement de la surveillance sanitaire ;
- la réhabilitation des infrastructures hydro-agricoles, incluant le curage des canaux d’irrigation et de drainage, la réparation des stations de pompage et l’amélioration des pistes agricoles.
Si les conditions climatiques restent favorables, la campagne de printemps pourrait atténuer une partie des pertes hivernales. Mais la reprise dépend encore de l’assèchement des sols, de la réparation des infrastructures et de la capacité des agriculteurs à relancer rapidement leurs exploitations.
Cette situation explique en partie la hausse observée des prix des légumes et de certains fruits sur les marchés. Dans plusieurs zones, l’accès aux exploitations demeure difficile, voire impossible, retardant les récoltes et perturbant les circuits d’approvisionnement. Même lorsque les cultures ne sont pas totalement perdues, les retards logistiques et les contraintes d’accès réduisent temporairement l’offre disponible.
Face à ces tensions, les programmes de relance engagés par le ministère visent à limiter l’ampleur des dégâts économiques et à accélérer le retour progressif de la production. L'objectif est de stabiliser l’offre sur le marché national et d'éviter que le choc climatique ne se transforme en pression durable sur les prix alimentaires.
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