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AGRICULTURE

Crues et pluies extrêmes : entre dégâts agricoles et bénéfices hydriques

Après des précipitations dépassant les 200 mm, crues et inondations ont ravagé cultures, élevages et accès aux terres dans plusieurs régions agricoles. Si l’eau recharge les ressources hydriques, les experts alertent sur des pertes immédiates et une agriculture encore insuffisamment préparée aux chocs climatiques extrêmes.

Crues et pluies extrêmes : quels dégâts agricoles après des cumuls dépassant 200 mm ?
Sidi Kacem. © Medi1
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Le 6 février 2026 à 18h50 | Modifié 8 février 2026 à 9h07

Les fortes précipitations enregistrées récemment dans plusieurs régions du Maroc, avec des cumuls dépassant les 200 mm, ont provoqué d’importants dégâts dans certaines zones agricoles, en particulier à Sidi Kacem et plus largement dans le Gharb.

Des crues ont submergé des parcelles, détruit des cultures et entraîné des pertes dans le cheptel ovin, tandis que des vidéos relayées sur les réseaux sociaux montrent des exploitations agricoles noyées sous plus d’un mètre d’eau et des champs totalement ravagés par les inondations.

Face à cette situation, des experts agricoles alertent également sur des difficultés d’accès aux terres dans certaines zones rurales encore inondées, compliquant les interventions d’urgence, les traitements phytosanitaires ou même les opérations de récolte.

Un impact direct sur les cultures et la main-d’œuvre

Pour l’expert agricole Riad Ouhtita, ces épisodes s’inscrivent d’abord dans la réalité climatique d’un pays situé en zone semi-aride, marqué par une alternance naturelle entre sécheresses et périodes de fortes pluies. Si les précipitations présentent des effets positifs évidents pour les barrages et les ressources hydriques, elles peuvent aussi générer des conséquences lourdes sur le terrain agricole.

L’excès d’eau favorise notamment le développement d’affections fongiques dans les sols saturés, tout en rendant l’accès aux exploitations extrêmement difficile.

Dans plusieurs périmètres maraîchers, la main-d’œuvre ne peut plus pénétrer dans les parcelles détrempées pour traiter ou récolter des cultures comme la pomme de terre, l’oignon ou la carotte.

Cette contrainte logistique explique en partie pourquoi les prix à la consommation ne reflètent pas immédiatement l’abondance des pluies : certaines récoltes sont perdues, d’autres restent bloquées dans les champs, tandis que la pénurie de main-d’œuvre aggrave la situation.

L’expert souligne également le rôle croissant de la mécanisation et de l’agriculture intelligente, notamment l’usage de capteurs d’humidité ou de drones agricoles permettant d’effectuer des traitements sans accès direct aux parcelles — une évolution désormais imposée par la variabilité climatique.

Des pertes agricoles réelles, mais un bilan hydrique globalement positif

De son côté, Taher Srairi, enseignant à lInstitut agronomique et vétérinaire Hassan II, rappelle que, malgré les dégâts localisés, les pluies restent globalement bénéfiques pour un pays confronté à plusieurs années de sécheresse sévère. Elles permettent :

  • la reconstitution du couvert végétal ;
  • la recharge des nappes phréatiques surexploitées ;
  • le retour des pâturages pour l’élevage ;
  • un retour progressif vers une forme de normalité agricole.

Dans le Gharb, toutefois, les crues ont durement touché des cultures à forte valeur d’exportation comme l’avocat, la fraise ou la framboise, entraînant des pertes économiques significatives.

Mais l’expert souligne aussi une capacité de rattrapage saisonnier, notamment grâce aux cultures de printemps – tournesol, riz ou autres spéculations –, susceptibles de bénéficier de l’abondance hydrique actuelle.

Élevage, inondations et cycle naturel des excès d’eau

Les inondations ont également affecté l’élevage dans les plaines du Gharb et du Loukkos. Pour Taher Srairi, ces épisodes d’excès d’eau s’inscrivent dans un cycle naturel historique, marqué par de grandes crues revenant périodiquement tous les quinze à vingt ans, sous l’influence conjointe du Rif et du Moyen Atlas, régions génératrices de fortes précipitations.

Au-delà du constat immédiat, la question centrale est désormais celle de la prévention. Parmi les leviers majeurs :

  • l’aménagement des bassins versants ;
  • la reforestation en amont pour ralentir l’écoulement des eaux ;
  • la préservation du couvert végétal afin de limiter l’intensité des crues en aval.

La déforestation observée dans certaines zones montagneuses accélère en effet la descente des eaux vers les plaines, amplifiant mécaniquement les inondations.

Plus largement, ces événements renvoient à l’enjeu de l’adaptation des politiques publiques au changement climatique. Hausse des températures, multiplication des sécheresses longues, mais aussi des pluies extrêmes... même les pays les plus développés subissent désormais ces chocs. Pour le Maroc, la question est devenue stratégique : les politiques agricoles, forestières et d’aménagement intègrent-elles pleinement cette nouvelle réalité climatique ?

Si les crues récentes ont provoqué des pertes agricoles réelles et parfois spectaculaires, elles rappellent aussi une vérité structurelle. Dans un climat de plus en plus contrasté, l’enjeu n’est plus seulement la rareté de l’eau, mais aussi la gestion de ses excès.

Entre destructions ponctuelles, bénéfices hydriques à moyen terme et nécessité d’adaptation, l’agriculture marocaine entre ainsi dans une phase où la résilience climatique est une condition centrale de sa durabilité.

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Le 6 février 2026 à 18h50

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