Réunion Saâdi-bijoutiers. La filière réclame des mesures urgentes
La Fédération marocaine des bijoutiers a tenu, le 17 février, une réunion avec le secrétaire d’État chargé de l’Artisanat, Lahcen Saâdi. Selon elle, plusieurs avancées, dont l’accès aux salons et la mise en œuvre de l’étude stratégique, ont été conditionnées par la création d’une instance nationale représentative.
Contacté par Médias24, Driss El Hazzaz, président de la Fédération marocaine des bijoutiers, indique que la fédération avait adressé des courriers au département de l’Artisanat, au ministère de l’Industrie, au ministère de l’Énergie et à l’Administration des douanes, sans obtenir, à ce stade, qu’une seule réponse, venue de l’Artisanat.
Selon lui, l’objectif de la rencontre était de remettre sur la table les blocages qui paralysent le marché.
"Les dossiers abordés concernent la disponibilité de la matière première, la mise en œuvre de l’étude stratégique et la participation aux expositions", explique-t-il.
Malgré plusieurs tentatives, Lahcen Saâdi n’a pas répondu à nos sollicitations.
Matière première : principal blocage
Le premier dossier, présenté comme prioritaire, concerne la disponibilité de la matière première. "Le point le plus préoccupant, et celui qui bloque aujourd’hui le marché, reste la disponibilité de la matière première. C’est devenu un facteur de paralysie pour la filière. Ce point était le premier sujet abordé avec le secrétaire d’État chargé de l’Artisanat", indique le président de la fédération.
Comme réponse à ce sujet, Lahcen Saâdi a indiqué que des discussions étaient en cours avec des sociétés d’import-export pour améliorer l’approvisionnement, mais qu’elles portaient, essentiellement, sur l’argent.
"À ce stade, des discussions sont engagées avec des opérateurs pour approvisionner la zone sud en argent. Mais la zone nord connaît aussi un manque important. Cela dit, qu’en est-il de l’or ? C’est le principal problème, et notre question est restée sans réponse concrète", rapporte Driss El Hazzaz.
"On nous explique que l'une des difficultés concerne le raffinage. Cependant, si on a un accord qui permet de garantir durablement la disponibilité de la matière première, alors la profession, avec d’autres partenaires et parties prenantes, peut envisager l’établissement d’une raffinerie".
Par ailleurs, Driss El Hazzaz interpelle les autorités régulatrices sur le fonctionnement du marché.
"Nous nous interrogeons sur un point simple. Qui est réellement autorisé à importer l’or, et selon quelles règles ? Aujourd’hui, certains opérateurs dictent les prix sur le marché local, avec des niveaux en décalage avec les cours internationaux. Les autorités régulatrices doivent clarifier ce cadre et éviter que ces pratiques ne dérèglent tout le marché".
Il convient de noter que l’importation de l’or reste un problème majeur pour le secteur. Les fournisseurs étrangers exigent généralement entre 80% et 90% du montant de la commande avant expédition, une pratique standard dans un secteur exposé à une forte volatilité des prix.
Cependant, cette pratique entre en contradiction avec la réglementation des changes au Maroc, laquelle n’autorise, sauf autorisation exceptionnelle accordée au cas par cas, qu’un acompte plafonné à 30%, sous des conditions strictes.
Instance nationale, les bijoutiers refusent un "recommencement"
Concernant les autres axes discutés, notamment la concrétisation de l’étude stratégique et l’accès aux salons d’exposition, Driss El Hazzaz affirme que le secrétaire d’État a conditionné les avancées par la mise en place, par les bijoutiers, d’une instance nationale représentative.
"Sur le volet exposition, il nous a été répondu que trois salons nationaux seraient mis à disposition des exposants, à condition que les bijoutiers s’organisent dans une instance nationale. Pour nous, cette condition pose problème. On ne peut pas repartir de zéro et conditionner des solutions urgentes par la création d’une nouvelle structure", souligne notre interlocuteur.
"D’autant qu’il existe déjà une étude stratégique validée par le ministère des Finances et l’ensemble des parties prenantes. Ce document doit servir de cadre de gouvernance pour le secteur. Il ne reste désormais qu’à le concrétiser, tout simplement. Pourquoi alors recommencer à zéro ?", poursuit-il.
"Aujourd’hui, de nombreux ateliers sont à l’arrêt et des artisans se retrouvent sans activité. La matière première, c’est ce qui fait tourner le marché. L’État ne peut-il pas garantir un minimum d’approvisionnement maintenant ? Doit-on vraiment attendre la mise en place d’une instance nationale, avec des élections provinciales, régionales et nationale, avant d’agir ?", conclut Driss El Hazzaz.
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