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EDUCATION

Universités marocaines : face à l’IA, l’appel urgent à une stratégie nationale

Pour encadrer l’IA dans l’université, le Pr Radouane Mrabet plaide pour la mise en place d’une task force et d’une vision globale. Pour quand ? Comment et pourquoi ? Voici son analyse.

Universités marocaines : face à l’IA, l’appel urgent à une stratégie nationale
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Le 22 février 2026 à 10h18 | Modifié 23 février 2026 à 12h14

L’intelligence artificielle s’impose progressivement dans les universités marocaines. Les enseignants l’expérimentent dans leurs cours, les chercheurs l’utilisent dans leurs travaux et les étudiants s’en servent pour rédiger, synthétiser ou structurer leurs productions académiques. Pourtant, cette intégration avance sans vision d’ensemble.

Contacté par Médias24, le professeur Radouane Mrabet, ancien président de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah (USMBA) de Fès, estime que “le Maroc doit impérativement définir un cap national afin d’éviter une fragmentation dangereuse”.

Pour lui, l’absence d’une vision d’ensemble, ou d’un cadre, notamment juridique, favorise des initiatives dispersées, des pratiques hétérogènes d’un établissement à l’autre, et une intégration de l’intelligence artificielle sans coordination ni évaluation claire de ses impacts. Il appelle à l’élaboration d’une stratégie nationale et explique son intérêt crucial.

Absence d’état des lieux, de cadre juridique et de vision d’ensemble

Selon le Pr Mrabet, la situation actuelle se caractérise par une dynamique dispersée. Chaque établissement avance à son propre rythme. Chaque enseignant explore les outils à sa manière. Dans les différentes facultés, tout le monde teste, observe et tente de comprendre les potentialités de l’IA générative. Mais personne ne dispose d’un état des lieux précis à l’échelle nationale.

“Je n’ai pas vu d’étude globale sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans nos universités”, déplore-t-il. Cette absence de vision consolidée empêche le pays d’évaluer l’ampleur réelle du phénomène et d’anticiper ses effets à moyen et long terme.

Pour le Pr Mrabet, le risque principal réside dans la dispersion des initiatives. Si chacun agit sans coordination, le système universitaire évoluera de manière hétérogène, avec des pratiques divergentes et parfois contradictoires. Une telle fragmentation fragilise la cohérence du système et affaiblit son efficacité. Le Maroc, estime-t-il, doit donc “élaborer une stratégie nationale claire, structurée et assortie d’indicateurs mesurables”.

Il plaide pour l’adoption d’une loi-cadre qui concernera l’intelligence artificielle dans tous les secteurs stratégiques, notamment l’Enseignement supérieur, l’Éducation nationale et la formation professionnelle. À ses yeux, ces trois piliers forment un continuum qu’il faut traiter de manière cohérente. “Se limiter à l’université ne suffirait pas. Le pays doit préparer les élèves, les étudiants et les futurs professionnels aux mutations technologiques à venir. Et donc sécuriser les emplois de demain”.

Le Maroc ne peut pas se contenter de plateformes internationales pour former ses étudiants dans ces domaines sensibles

Pour une task force et une vision 2030-2032

Cette stratégie, poursuit-il, devrait s’inscrire “dans un délai raisonnable, à l’horizon 2030 ou 2032, avec des objectifs réalistes”. Il propose la création d’une task force nationale rassemblant des représentants des universités publiques et privées, ainsi que des institutions scientifiques et techniques. Cette instance aurait pour mission de définir une feuille de route claire et d’assurer la coordination des efforts.

Au-delà de la gouvernance, le Pr Mrabet insiste sur la question du contenu. Certaines disciplines, comme le droit marocain ou l’histoire nationale, comportent une forte dimension identitaire et juridique. “Le Maroc ne peut pas se contenter de plateformes internationales pour former ses étudiants dans ces domaines sensibles. Il doit produire et maîtriser ses propres contenus numériques”.

Dans cette logique, il évoque la nécessité de développer des LMS nationaux (Learning Management System), des plateformes d’apprentissage conçues et pilotées au niveau national, capables d’intégrer des contenus adaptés au contexte marocain. Il rappelle que “le pays a su mettre en place des solutions numériques durant la pandémie de Covid-19”. De la même manière, il estime que la mise en place de LMS nationaux servira de modèle pour “aider les étudiants dans leurs formations, dans différentes disciplines”.

La formation en IA : une priorité pour les enseignants et les étudiants

La formation constitue, selon lui, un autre axe prioritaire. Les enseignants doivent bénéficier d’une “formation massive” afin d’intégrer l’IA dans leurs pratiques pédagogiques. Mais les étudiants doivent également “apprendre à utiliser ces outils de manière responsable et méthodique”. Car pour le Pr Mrabet, il n’est pas uniquement question d’utilisation, mais aussi et surtout “que l’étudiant soit capable de questionner l’IA qu’il utilise”.

Les enseignants devront repenser leurs supports, leurs interactions avec les étudiants et aussi les méthodes d’évaluation

“Actuellement, personne ne peut affirmer avec certitude comment les étudiants exploitent l’intelligence artificielle dans leurs travaux universitaires. Certains s’en servent pour améliorer la qualité rédactionnelle, d’autres pour générer des idées ou synthétiser des articles scientifiques. Sachant que dans certains cas, on parle de triche et de fraude. Le tout, sans encadrement clair”, souligne notre interlocuteur.

“Cette mauvaise utilisation de l’IA explique pourquoi elle est perçue comme une menace par certains”.

Selon le Pr Mrabet, il n’est pas question de menacer l’existence d’un métier, comme l’enseignement. “Elle ne remplacera pas les professeurs, mais elle les obligera à transformer leur pratique. Les enseignants devront repenser leurs supports, leurs interactions avec les étudiants et aussi les méthodes d’évaluation”.

“Les métiers du futur exigeront des compétences numériques avancées”

Au-delà du monde académique, l’ancien président d’université voit un enjeu stratégique pour l’économie nationale. Investir dans l’intelligence artificielle au sein de l’université revient, selon lui, à sécuriser les emplois des jeunes Marocains. Le marché du travail évolue rapidement. Les métiers du futur exigeront des compétences numériques avancées. Si l’université n’anticipe pas ces transformations, les diplômés risquent de se retrouver en décalage avec les besoins du marché.

Le temps joue contre nous

Plusieurs pays offrent déjà des exemples intéressants. La Chine, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite ont adopté des stratégies ambitieuses en matière d’intelligence artificielle, y compris dans leurs universités. Aux États-Unis, les initiatives se développent de manière plus décentralisée, chaque État définissant ses propres orientations. Le Maroc peut s’inspirer de ces expériences, tout en construisant un modèle adapté à ses spécificités institutionnelles et culturelles.

Pour le Pr Radouane Mrabet, le temps joue contre le Maroc. L’intelligence artificielle progresse à un rythme soutenu et transforme en profondeur les systèmes éducatifs à travers le monde. Le Maroc ne peut plus se contenter d’observer. Il doit structurer, encadrer et orienter cette mutation afin d’en faire un levier de compétitivité.

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Le 22 février 2026 à 10h18

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