Visas pour les transporteurs marocains : le consul de France dément un blocage massif
Les chauffeurs routiers marocains à l’international dénoncent une vague massive de refus de visas professionnels, notamment au niveau de la France. Olivier Ramadour, consul général de France, conteste les chiffres avancés et lance un appel au dialogue.
Alors que certains représentants du transport routier international dénoncent un taux de refus très élevé pour les chauffeurs marocains sollicitant un visa Schengen auprès de la France, le consulat de France réfute catégoriquement ces chiffres.
Tout en confirmant les propos de son ambassadeur pour qui la page des visas est tournée, Olivier Ramadour estime que le dialogue entre autorités consulaires et professionnels du transport apparaît plus que jamais déterminant.
Médias24 : Certains professionnels du transport routier avancent un taux d’octroi de visas de 2% à 3% depuis septembre 2025. Confirmez-vous ce chiffre ?
Olivier Ramadour : Non, cela me semble totalement disproportionné, car notre taux de refus national, toutes catégories confondues, est de 10%.
En effet, si nous avions un taux d’acceptation de 2% à 3% seulement pour les chauffeurs routiers, ce serait extrêmement bas.
Je précise toutefois qu’il n’existe pas de catégorie statistique spécifique "chauffeur routier" dans notre nomenclature, car leurs demandes relèvent des visas professionnels de circulation, qui regroupent plusieurs profils.
Je ne peux donc pas extraire un taux précis pour les seuls chauffeurs. Des partenariats avec l’AMTRI existent déjà pour fluidifier les rendez-vous
- Comment expliquer que ces chiffres soient avancés par une fédération professionnelle ?
- Je suis en contact régulier avec les professionnels du secteur et nous avons même signé un accord de partenariat avec l’Association marocaine du transport routier international (AMTRI) à Tanger, ainsi qu’avec la CGEM régionale de Tanger et la Chambre de commerce et d’industrie franco-marocaine pour faciliter l’accès aux rendez-vous et fluidifier les mobilités légales.
Sachant que ces dispositifs existent précisément pour fluidifier les mobilités légales, les chiffres évoqués ne me semblent pas réalistes au regard des volumes que nous traitons.
Je me dois de rappeler que près de 300.000 visas ont été accordés en 2025 à des ressortissants marocains et qu’en moyenne, 90% des demandeurs obtiennent une réponse en une quinzaine de jours.
Le Maroc se classe ainsi au deuxième rang mondial des pays bénéficiaires de visas français, derrière la Chine et devant l’Inde.
Cela démontre l’ampleur et la performance du dispositif. Le véritable taux d'attribution est autour de 70%
- Si le taux de refus national est de 10%, avez-vous une estimation pour les chauffeurs routiers ?
- Je ne peux pas avancer un chiffre que je n’ai pas, d’autant plus que les statistiques ne sont pas ventilées par métier de cette manière.
Ce que je peux dire, c’est que dans les catégories professionnelles, le taux de refus est généralement très faible.
S’agissant des chauffeurs routiers, nous sommes plutôt dans une proportion de 70% de taux d’attribution du visa professionnel.
- Quelles sont alors les principales raisons de refus concernant les chauffeurs routiers ?
- Il s’agit souvent de points formels comme, par exemple, un chauffeur nouvellement recruté qui n’a pas régularisé son affiliation à la CNSS sous le nom de sa nouvelle entreprise. Donc, il ne peut pas obtenir de visa.
En outre, comme le secteur connaît une forte concurrence et une pénurie de main-d’œuvre qui poussent certaines entreprises à recruter des profils moins expérimentés, la délivrance du visa n’est pas automatique. Le risque d’immigration irrégulière doit être pris en compte
- Les transporteurs estiment être traités comme des candidats à l’immigration irrégulière ; n’y a-t-il pas une contradiction avec le discours officiel sur une coopération économique idéale?
- Il n’y a, selon moi, aucune contradiction, mais il existe des cas d’immigration irrégulière à la suite de visas délivrés à des chauffeurs qui décident individuellement de rester sur le territoire européen après l’obtention d’un visa.
Partant de ce constat, aussi minime soit-il, nous nous devons d’appliquer les règles Schengen.
Nous avons en effet des comptes à rendre à nos partenaires européens ainsi qu’aux ministères français compétents.
Je ne peux, par conséquent, pas agir en dehors de ce cadre.
- Comment concilier les contraintes européennes et les besoins du secteur ?
- Nous travaillons avec des "tiers de confiance", notamment avec l’Association marocaine du transport routier international (AMTRI).
Ainsi, lorsqu’une entreprise nous est recommandée par cette association professionnelle et est considérée comme fiable, nous pouvons examiner les dossiers avec un préjugé favorable.
Tout cela pour dire que le dialogue est permanent et, d’ailleurs, une réunion est bientôt prévue avec les représentants du secteur. Renforcer le dialogue pour une sortie de crise ?
- La Fédération nationale du transport multimodal affirme ne pas avoir été entendue ; a-t-elle pris contact avec vous ?
- A ma connaissance, cette fédération ne m’a pas contacté directement.
Je suis pour autant tout à fait ouvert au dialogue avec elle.
-Peut-on espérer une amélioration rapide de la situation pour une sortie de crise?
- Sachant que les délais de traitement sont déjà courts, ce qui importe aujourd’hui, c’est de renforcer la concertation avec nos services consulaires, afin de faciliter les mobilités légales dans de bonnes conditions pour les demandeurs marocains qui remplissent les critères de délivrance.
À découvrir
à lire aussi
Article : Rahhou veut miser sur l'IA pour renforcer la transparence des marchés
Monographies sectorielles actualisées chaque année et nouvelles règles sur les échanges d'informations. Le Conseil de la concurrence entend mettre les mêmes données à la disposition des opérateurs en place et des nouveaux entrants.
Article : Maroc-Banque mondiale : 15 milliards, mais pour quels emplois ?
Prévu jusqu’en 2035, le nouveau partenariat entre le Royaume et l'institution de Bretton Woods doit orienter les interventions de la BIRD, d’IFC et de la MIGA vers la compétitivité des entreprises, les territoires et le capital humain. Mais les financements restent indicatifs et leur impact difficile à isoler.
Article : Drâa-Tafilalet peut-elle réussir son virage minier ?
Riche d’un sous-sol exceptionnel et d’un savoir-faire ancestral, la région de Drâa-Tafilalet, qui assure plus de 40 % de la production minière nationale hors phosphates, se positionne aujourd'hui comme la nouvelle frontière de l'investissement minier au Maroc. Entre la modernisation du modèle artisanal de la CADETAF et l'arrivée de grands opérateurs internationaux, le défi est désormais de structurer une chaîne de valeur durable et de lever les obstacles logistiques pour hisser ce territoire au rang de géant minier national.
Article : Sawti, la plateforme qui veut réconcilier jeunes et MRE avec la politique
Disponible en neuf langues, dont la darija, l’outil permet de vérifier son inscription électorale, de comparer les partis et leurs positions, puis d’accéder à des quiz fondés sur des sources vérifiables.
Article : Feu vert à l'entrée d'Ayrad et de la CIMR dans le capital de CMT
Le Conseil de la concurrence a autorisé la prise de contrôle conjointe du groupe minier, dont 37,04% seront détenus indirectement par Ayrad, aux côtés des 16,12% conservés par la Caisse interprofessionnelle marocaine de retraite. L’opération doit désormais déboucher sur une offre publique d’achat obligatoire.
Article : Taroudant : à Ouneine, les Canadair freinent un incendie de plus de 100 ha
Environ 150 intervenants restent mobilisés face aux fumerolles et aux foyers résiduels, attisés par la chaleur et le vent. Aucune victime n’est à déplorer et les douars voisins ne sont pas menacés.