“Maroc in Mode 2025” : le Maroc sur le radar des donneurs d’ordre américains
À l’heure où les chaînes de valeur du textile se recomposent sous la pression des tensions commerciales, le Maroc s’apprête à accueillir une nouvelle édition du salon "Maroc in Mode". L’événement devrait offrir au secteur une opportunité précieuse de renforcer son positionnement international, notamment grâce à la présence inédite d’une délégation officielle américaine.
Le salon international du textile "Maroc in Mode (MIM) 2025" ouvrira ses portes du 5 au 7 novembre, avec l’ambition d’exposer le savoir-faire marocain et de mobiliser l’écosystème national autour d’un secteur en pleine mutation mondiale.
Un nouvel élan international pour le textile marocain
Cette édition se tient à un moment où les chaînes de valeur du textile se redessinent sous l’effet des tensions commerciales, des relocalisations industrielles et de l’exigence croissante de durabilité. Le Maroc a, plus que jamais, l’occasion de consolider son positionnement comme plateforme industrielle compétitive, agile et crédible.
Contacté par Médias24, Anas El Ansari, directeur de l’AMITH, souligne que cette édition du salon Maroc in Mode accueillera une délégation officielle américaine du secteur textile.
"L’événement verra pour la première fois la participation de l’équivalent américain de l’AMITH, qui regroupe des entreprises industrielles et des investisseurs de la filière, à travers une délégation officielle venue explorer le marché marocain, évaluer son écosystème productif et, potentiellement, initier de nouvelles relations commerciales".
Le nombre d’exposants internationaux est passé de 30 à 159 en un anSelon El Ansari, cette édition se distingue par un intérêt international spectaculaire. L’année passée, seuls 30 exposants étrangers avaient fait le déplacement. Cette année, ils seront 159, issus de 22 nationalités.
"Cette progression, loin de se résumer à un simple succès marketing, témoigne d’un repositionnement du Maroc sur le radar des donneurs d’ordre internationaux. Cet intérêt s’inscrit dans la recomposition accélérée du commerce mondial du textile, sous l’effet conjugué des tensions géopolitiques entre les États-Unis et l’Asie, de la redéfinition des règles commerciales et des stratégies de relocalisation engagées par les grands acheteurs nord-américains", explique-t-il.
Une opportunité réelle à saisir
Une telle présence d’opérateurs internationaux, en particulier américains, constitue une opportunité majeure pour le textile marocain de gagner en visibilité.
"Ce salon, qui mettra le textile marocain sous les projecteurs, représente une opportunité à transformer en partenariats concrets, notamment avec le marché américain", souligne Anas El Ansari.
Le contexte international donne toute sa cohérence à cette dynamique. La Chine est de plus en plus perçue comme un fournisseur à risque stratégique, en raison des tensions géopolitiques et de la multiplication des droits de douane punitifs imposés par Washington. Le Bangladesh et l’Inde, longtemps considérés comme des alternatives naturelles, font désormais face à un durcissement tarifaire, avec des droits fixés à 50% pour l’Inde.
Cette flambée tarifaire bouleverse les calculs économiques des importateurs. Dans ce paysage contraint, le Maroc bénéficie d’un avantage relatif majeur en accédant au marché américain avec un tarif préférentiel d’environ 10%. Cet écart tarifaire, lorsqu’il est exploité intelligemment, constitue un véritable levier de compétitivité.
"Cette arrivée des représentants américains n’est pas un hasard. Elle reflète une prise de conscience sur la valeur ajoutée marocaine, mais aussi une attente. Si nous voulons convertir cette visibilité en contrats durables, il faudra démontrer que le Maroc n’est pas seulement compétitif, mais fiable, réactif et technologiquement aligné sur les nouveaux standards du marché", précise notre interlocuteur.
Cependant, croire que l’avantage tarifaire suffit constitue une erreur stratégique. Les investisseurs américains ne se déplacent pas pour des raisons fiscales uniquement. Ils scrutent la qualité des infrastructures logistiques, la profondeur des capacités industrielles, la flexibilité des chaînes de production et la conformité aux normes ESG.
L’écosystème textile du pays a historiquement été davantage tourné vers l’Europe, notamment grâce à la proximité géographique, aux flux logistiques fluides et aux accords commerciaux établis. Diversifier vers les États-Unis exige un saut qualitatif (délais d’acheminement, exigences de conformité, volumes potentiels plus élevés, etc.).
Le Maroc dispose d’une véritable fenêtre de tir. Le risque serait de s’endormir sur un avantage tarifaire conjoncturel, sans construire une compétitivité structurelle.
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