AMI pour l'infrastructure gazière nationale : le ministère de la Transition énergétique révèle des détails additionnels
À quelques jours de la date de clôture de l'AMI pour l'infrastructure gazière nationale, le ministère de la Transition énergétique a rendu publiques ses réponses aux questions soulevées par les investisseurs intéressés.
Le ministère de la Transition énergétique et du développement durable (MTEDD) a communiqué des éléments additionnels au sujet du projet de développement de la première phase de l'infrastructure gazière nationale en réponse aux questions soulevées par les investisseurs intéressés par l'appel à manifestation d'intérêt (AMI) qui devrait se clôturer le 23 juillet 2025.
Ce projet de développement d'infrastructure de réception, de stockage, de regazéification et de transport de gaz naturel concerne trois composantes qui devront être opérationnelles au plus tard à partir de l'année 2027 :
- la construction d'un terminal GNL au port de Nador West Med,
- la construction d'une centrale électrique à turbine à gaz à cycle combiné à Nador,
- le prolongement du gazoduc Maghreb-Europe (GME).
Lors d'une séance plénière dédiée aux questions orales à la Chambre des représentants, tenue le 23 mai 2025, Leila Benali, ministre de la Transition énergétique, a détaillé les investissements prévus pour la première phase de l'infrastructure gazière nationale telle qu'elle a été prévue dans la feuille de route nationale actualisée de gaz naturel (2024-2030).
L'investissement prévu pour la station GNL de Nador, connectée au GME (Gazoduc Maghreb-Europe), s'élève à environ 273 millions de dollars, alors que le tronçon du gazoduc entre le GME et Mohammédia nécessitera un investissement d'environ 638,7 millions de dollars. S'ajoute à cela un investissement de 42,5 millions de dollars pour le développement d'un réseau secondaire destiné à l'approvisionnement en gaz naturel des régions de Kénitra et Mohammédia.
Le calendrier et le processus de sélection
Afin de ne pas cumuler davantage de retard, le ministère a fixé un délai pour les prochaines étapes suivant l’AMI où une demande de cotation sera lancée durant le troisième trimestre de 2025, alors que l’appel d'offres sera prévu durant le premier trimestre de l’année 2026. Un délai serré, alors que la mise en service du terminal GNL et des gazoducs est prévue à partir de 2027.
Le processus d'appel d'offres pour le terminal GNL et les gazoducs se déroulera en deux étapes : une demande de cotation (DQ) ouverte, suivie d'un appel d'offres (AO) limité aux soumissionnaires préqualifiés.
Afin de garantir la transparence de la procédure de l'AMI, le ministère a indiqué qu’aucune réunion n'était possible avec les soumissionnaires à ce stade, et que toutes les parties intéressées auraient la possibilité d'y participer à la prochaine étape de demande de cotation, sans obligation préalable d'avoir répondu à l'AMI.
Parmi ses exigences, l’AMI impose notamment une expérience préalable en exploitation de FSRU (unité flottante de stockage et de regazéification), un critère qui restreindra le champ des candidats potentiels. Toutefois, les soumissionnaires pourront compenser cette exigence en formant un consortium avec des partenaires possédant cette expérience. Si les groupements (coentreprises ou consortiums) sont admis, des dispositions contractuelles strictes encadreront ces montages afin d'éviter tout conflit d'intérêts et de préserver l'équité concurrentielle du processus de sélection.
Le processus d'appel à manifestation d'intérêt permettra d'aider à trouver la solution optimale d'un point de vue technique et économique tout en offrant une marge de flexibilité qui permet d'étudier des schémas alternatifs.
Cependant, le gouvernement exige que le terminal GNL et les pipelines atteignent leur date de mise en service dans les délais les plus courts possibles, et les soumissionnaires sont tenus de préciser les conditions qu'ils jugent nécessaires pour réaliser l'achèvement de chaque composante dans les meilleurs délais.
En plus du respect du délai, les attentes incluent la transparence et la prise en compte des impacts sociaux et environnementaux pour garantir la viabilité et les bénéfices du projet à long terme.
Avant l'appel à manifestation d'intérêt, le gouvernement a réalisé une étude de faisabilité pour la composante "terminal GNL" au port de Nador West Med qui prévoit principalement une unité flottante, pouvant prendre la forme soit d'une FSRU (unité flottante de stockage et de regazéification), soit d'une FSU (unité flottante de stockage) associée à un système de regazéification installé à quai.
Le terminal GNL ainsi que les gazoducs devraient desservir plusieurs utilisateurs, y compris les demandes industrielles existantes et nouvelles, ainsi que les centrales électriques à gaz. La date de mise en service de la nouvelle centrale à cycle combiné (CCGT) de Nador n'affectera pas le démarrage des autres composantes.
Capacité et caractéristiques clés du terminal GNL du port de Nador West Med
Le quai du terminal GNL de Nador West Med présente une conception polyvalente permettant l'accueil simultané de navires FSRU/FSU et de méthaniers conventionnels. Cette configuration duale assure à la fois la sécurité des opérations d'accostage et l'efficacité des transferts de cargaison.

Sur le plan technique, l'infrastructure portuaire est dimensionnée pour une capacité de regazéification nominale de 5,1 milliards de mètres cubes/an, extensible à 7,5 milliards de mètres cubes/an, en période de pointe. Elle peut notamment accommoder les méthaniers de type Q-Flex, dont la capacité maximale atteint 215.000 mètres cubes.
Concernant les unités flottantes de stockage et regazéification (FSRU), des critères stricts s'appliquent. L'âge maximal autorisé est fixé à 40 ans à l'issue de la période de charte, extensions comprises, avec une exigence de fiabilité opérationnelle de 98,5% en sortie de regazéification.
Pour les FSRU d'occasion, des restrictions particulières concernent l'historique de maintenance, notamment l'obligation de passage en cale sèche. Toutefois, la mise en place d'un programme de maintenance préventive avec des intervalles de 10 à 15 ans, adaptée à la durée totale du projet, permettrait d'élargir significativement le panel de solutions disponibles.
Les spécificités techniques prévues pour les gazoducs du projet
Le tracé du gazoduc entre le port de Nador West-Med et le gazoduc Maghreb-Europe (GME) suit le corridor de l'autoroute Nador-Guercif en cours de construction. Le diamètre minimal requis pour les gazoducs est de 36 pouces, afin de répondre à une capacité nominale de 5,1 milliards de mètres cubes par an de gaz naturel et à une capacité de pointe de 7,5 milliards de mètres cubes par an. Leur conception sera souterraine et conçue pour permettre des flux bidirectionnels.

Le gazoduc Nord-Centre reliant le gazoduc Maghreb-Europe (GME) à Mohammédia intégrera deux embranchements secondaires destinés à desservir les villes de Kénitra et Mohammédia, renforçant ainsi la couverture du réseau.


Le mode de partenariat privilégié pour la réalisation des gazoducs s'inscrira dans le cadre d'un contrat de partenariat public-privé (PPP), régi par les dispositions de la loi 86-12.
Ce modèle vise à garantir une gestion efficace et durable de l'infrastructure. Le partenaire privé sera chargé d'assurer un niveau de service optimal, de garantir la maintenance rigoureuse et la durabilité de l'infrastructure. Il assumera également l'intégralité des risques liés à l'exploitation des gazoducs.
En matière de financement, ce mode permettra de mobiliser des capitaux privés significatifs. La répartition des risques financiers (tels que les dépassements de coûts ou les fluctuations de revenus) sera clairement définie entre les parties, assurant ainsi une base solide pour le projet.
À terme, ce projet constituera la première phase du projet de développement de l'infrastructure nationale gazière relevant de la feuille de route nationale du gaz naturel, dont les premières retombées sont attendues vers la fin de l'année avec la mise en service du champ de Tendrara.
L'objectif de cette feuille est de positionner le gaz naturel comme une énergie de transition clé, en attendant le plein développement des capacités en énergies renouvelables et la maturité technologique de l'hydrogène vert et naturel.
Au Maroc, la demande nationale en gaz devrait connaître une croissance significative, avec des projections atteignant 10 milliards de mètres cubes annuels dans un horizon de cinq à six ans. Cette évolution s'inscrit dans le cadre du plan d'investissement 2025-2030 de l'ONEE, qui prévoit un accroissement majeur des capacités de production, passant de 834 MW actuels à 4.300 MW.
Contrairement au diesel ou au charbon, le gaz offre l'avantage de pouvoir être facilement substitué à terme par l'hydrogène. Cette caractéristique en fait une solution énergétique à la fois transitoire et évolutive, capable de s'insérer harmonieusement dans la trajectoire de décarbonation du pays.
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