Oracle voit grand pour son centre R&D à Casablanca
Implanté à Casablanca, le centre de recherche et développement d’Oracle est devenu en deux ans un pilier stratégique pour le groupe, notamment dans les domaines du cloud et de l’intelligence artificielle. "Depuis son lancement, les succès s’enchaînent, et rien ne semble devoir l’arrêter. L’avenir s’annonce prometteur ", affirme Craig Stephen, vice-président exécutif d’Oracle, dans un entretien accordé à Médias24.
Déjà opérationnel depuis deux ans, le centre de R&D de Casablanca joue un rôle stratégique dans le développement des offres cloud et intelligence artificielle d’Oracle. Déployé sur sept étages aménagés selon des standards ergonomiques élevés, il ambitionne d’accueillir 1.000 professionnels marocains des technologies de l’information d'ici à fin 2027.
Le 17 juin 2025, Oracle a officiellement inauguré son centre de recherche et développement (R&D) à Casablanca, en présence du chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, et de la ministre de la Transition numérique et de la réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni.
En partenariat avec le ministère de tutelle, Oracle y développe des solutions innovantes, tout en collaborant avec les principales universités du pays. Chaque année, plusieurs centaines de jeunes ingénieurs y effectuent des stages professionnalisants, avec à la clé un fort taux d’intégration en CDI : 94% en 2023.
À l’occasion de cette inauguration, Médias24 s’est entretenu avec Craig Stephen, vice-président exécutif d’Oracle.
Médias24 : Deux ans après le lancement de ce centre, quel bilan faites-vous des avancées réalisées jusqu’à présent ?
Craig Stephen : Le bilan est vraiment excellent. Nous atteignons nos objectifs, que ce soit en termes de croissance, d’expansion de notre vivier de talents ici à Casablanca, ou encore des contributions concrètes des équipes marocaines aux projets de recherche et développement d’Oracle.
J’ai eu l’occasion, aujourd’hui même, de discuter avec certains responsables et membres des équipes locales. Ils travaillent sur le développement des produits Oracle, mais aussi sur des projets liés à la gouvernance numérique, à l’intelligence artificielle, à l’analyse prédictive, ainsi qu’au développement de notre plateforme cloud à l’échelle mondiale.
- Justement, en parlant de développement chez Oracle, quel est le rôle du centre de Casablanca dans l’écosystème global de la R&D chez Oracle ?
- Chez Oracle, nous considérons le Oracle Morocco Development Center au même titre que tous nos autres centres de développement dans le monde.
Lors de sa création, nous avons veillé à ce que les équipes ici se sentent pleinement intégrées au groupe, avec les mêmes exigences et standards que leurs homologues en Californie, à Zurich, en Inde ou encore à Nashville. Travailler ici, c’est être à part entière un collaborateur Oracle, au même niveau que dans n’importe quel autre centre de développement.
- Ce centre est le dernier-né parmi les neuf centres de R&D d’Oracle dans le monde, et le seul en Afrique. Quel rôle spécifique joue le Maroc dans ce réseau ?
- C’est effectivement notre unique centre sur le continent africain, et c’est à travers lui que nous contribuons à la dynamique de la région, tant en matière de développement de nos activités qu’en lien avec le lancement de notre infrastructure cloud en Afrique du Nord. Nous avons d’ailleurs annoncé la création de deux cloud regions ici, au Maroc, qui ouvriront très prochainement.
- Est-ce que cela s’inscrit dans une stratégie à long terme pour Oracle en Afrique ?
- Tout à fait. Le centre de développement marocain s’inscrit pleinement dans cette vision. Oracle est une entreprise mondiale, avec plus de 160.000 collaborateurs, en forte croissance, notamment dans le cloud et les solutions d’IA. Pour continuer à innover, notre véritable capital, ce ne sont pas des bâtiments ou des machines, ce sont les personnes. C’est pour cela qu’il est essentiel d’aller chercher les meilleurs talents partout dans le monde, sans frontières.
Et ici au Maroc, nous avons trouvé un vivier exceptionnel de talents issus d’universités de très haut niveau. Il y a sept ans, nous avons commencé avec un petit partenariat avec une université, puis d’autres ont suivi. C’est ainsi que ce centre est né : d’une vision stratégique d’investissement dans les compétences, dans les talents, dans les hommes et les femmes. C’est ça la stratégie d’Oracle pour l’Afrique et pour le monde.
- Être présent dans la région vous permet-il aussi de mieux comprendre les priorités locales ?
- Oui, bien sûr. Cela nous aide à adapter notre approche commerciale, à répondre aux besoins spécifiques des entreprises locales. Par exemple, grâce à notre future infrastructure cloud, nous serons en mesure de proposer une solution de cloud souverain, garantissant que les données restent hébergées localement, une demande cruciale pour beaucoup d’organisations publiques et privées.
- Sur le volet académique, quelles sont les collaborations existantes ou envisagées ?
- En fait, le centre marocain est né de la collaboration avec le monde universitaire. Cela a commencé avec une subvention de notre laboratoire de recherche, Oracle Labs, à certaines universités marocaines. Nous avons financé des étudiants en master et en doctorat. L’un d’eux, notre tout premier employé ici, travaille toujours avec nous.
Nous poursuivons aujourd’hui ces financements de la recherche, notamment avec l’UM6P et d’autres établissements. C’est un partenariat de type "recherche appliquée", mais nous en avons aussi d’autres : par exemple, nous collaborons avec le ministère de l’Enseignement supérieur et l’Agence du développement digital (ADD) pour offrir gratuitement des certifications technologiques via Oracle University.
Tous les étudiants marocains peuvent se former, en Java, en cloud, etc., et obtenir une certification reconnue, gratuitement. Ces formations sont également accessibles à tout adulte via l’ADD.
- Oracle est aussi le premier hyperscaler à annoncer une cloud region en Afrique du Nord. Pourquoi avoir choisi le Maroc pour ce projet ?
- À mon sens, c’est la combinaison d’une offre éducative de qualité et d’opportunités de développement pour nos équipes de recherche. C’était le bon moment et le bon endroit. Il y avait une convergence favorable d’opportunités et de bonnes conditions locales.
Le Maroc a su miser, depuis longtemps, sur l’éducation, et c’est un facteur déterminant. Sa proximité géographique avec l’Europe est un autre avantage. Et même si ce n’est pas spécifique au Maroc, être dans un fuseau horaire favorable facilite les échanges avec les autres centres.
- En mai 2024, Oracle a annoncé la création de deux cloud regions à Casablanca et Settat. Quels sont les objectifs stratégiques de cette initiative ? Et quels services seront proposés ?
- Toutes nos cloud regions offrent les mêmes services : l’ensemble de notre gamme de solutions cloud y est disponible. C’est une façon de positionner Oracle comme un acteur majeur du cloud pour les entreprises et les gouvernements de la région. Le fait d’avoir des centres de données proches des utilisateurs réduit la latence – une question de physique, littéralement ! – et garantit la souveraineté des données, un enjeu central pour nombre de nos clients.
- Revenons aux projets développés ici. Quels sont les apports technologiques concrets du centre marocain ?
- Les équipes ici sont impliquées dans une grande variété de projets. Par exemple, l’une d’elles travaille sur une application express, une solution no-code qui permet aux utilisateurs de créer facilement des applications, même sans compétences en programmation.
Une autre équipe développe des workflows fondés sur l’intelligence artificielle, intégrés à plusieurs produits Oracle. D’autres travaillent sur des solutions de paiement pour notre division retail, ou encore sur des projets de gouvernance numérique, pour moderniser l’administration publique. Et la liste est longue !
- Est-ce que des projets liés à l’IA éthique ou à la gestion responsable des données sont développés ici ? Avez-vous des exemples concrets ?
- Chez Oracle, notre philosophie est claire : l’IA doit toujours rester sous le contrôle du client. Ce sont eux qui décident de l’usage de l’IA dans leur entreprise. C’est cette autonomie que nous garantissons, en intégrant nos technologies dans des solutions respectueuses du contexte de chaque organisation.
- Envisagez-vous d’ouvrir d’autres centres de R&D en Afrique ?
- Peut-être. Pour l’instant, ce n’est pas encore à l’ordre du jour, mais nous restons toujours ouverts aux opportunités, surtout si nous repérons des viviers de talents intéressants ou si nous souhaitons étendre notre présence cloud.
- Quelle vision avez-vous pour Oracle Maroc ?
- Je pense que ce centre va continuer sur sa belle lancée. Depuis son lancement, les succès s’enchaînent, et rien ne semble devoir l’arrêter. L’avenir s’annonce prometteur.
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