
Anthony Bancarel : “Le joueur de haut niveau doit aller vite et prendre des décisions rapidement”
Directeur sportif du Centre fédéral de formation de football à Saïdia, Anthony Bancarel joue un rôle clé dans le développement des compétences des 94 recrues, ainsi que de leurs formateurs. Il porte ainsi l’ambition d'une des quatre structures récemment créées en vue d'accompagner de jeunes talents vers le haut niveau, dans le cadre du nouveau modèle de formation initié par la Fédération royale marocaine de football.
Ancien joueur de première division française, Anthony Bancarel est aujourd’hui le directeur sportif du Centre fédéral de formation de football à Saïdia. Son lien avec le football marocain ne date pas d’hier. En charge des U17 du Toulouse football club où il avait d’ailleurs commencé sa carrière de joueur, Anthony Bancarel a été prépondérant dans l’avènement au plus haut niveau de l’international marocain, Amine Adli, entre autres joueurs qui font actuellement une belle carrière.
Et il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. D’autant qu’il maîtrise la recette."Les deux heures passées sur le terrain ne sont qu’une partie du travail", précise-t-il à Médias24. "Ce qui se passe en dehors est tout aussi fondamental : sommeil, hydratation, hygiène, discipline… L’objectif, c’est de faire d’eux des citoyens marocains respectables et respectés, tout en les initiant au quotidien d’un sportif de haut niveau”, insiste-t-il.
Anthony Bancarel expose, lors de cet entretien, la vision globale et exigeante qui guide l’approche du nouveau modèle de formation des jeunes talents, lancé par la Fédération royale marocaine de football (FRMF), et mis en œuvre dans les quatre centres fédéraux actuellement opérationnels à travers le pays.
Médias24 : Combien de joueurs et de catégories encadrez-vous ?
Anthony Bancarel : Nous avons 94 joueuses et joueurs répartis en cinq catégories : U13, U14 et U15 pour les garçons, et U15, U17 pour les filles. On fonctionne sur des règles de vie communes, avec un esprit collectif fort. Former un joueur, c’est aussi connaître sa famille, ses préférences, son niveau d’études, sa mentalité… Tout cela pour l’accompagner dans un développement global.
- Quel profil de joueur recherchez-vous à travers votre programme de formation ?
- Nous recherchons des profils athlétiques, techniques, rapides, avec un fort esprit d’équipe. Nous avons un projet de jeu bien défini, avec l’objectif de faire entrer les joueurs dans ce cadre. Le joueur de haut niveau doit aller vite et prendre des décisions rapidement. J’insiste beaucoup pour que les entraîneurs maîtrisent les méthodologies modernes, tout en veillant à préserver la santé des jeunes.

- À partir de quel âge commence-t-on le travail tactique ?
- Dès qu’ils mettent les pieds sur le terrain. On travaille la tactique à travers le positionnement du corps, la première touche, et on les fait rapidement évoluer à leur poste. C’est un processus continu. Leur inculquer la flexibilité tactique est également primordial. C’est indispensable dans le football moderne.
Regardez le Real Madrid : ils savent tout faire. Défendre bas, en bloc médian, haut, presser, jouer en transition… C’est aussi ce que fait l’équipe nationale. On a eu la chance de les voir jouer à Oujda à deux reprises. Ils privent leurs adversaires de ballon, tout en proposant un jeu vertical bien défini. C’est inspirant.
Le joueur marocain, à la base, possède plus de qualités que d’autres
- Quels sont les indicateurs de progression mis en place ?
- Les méthodes que nous utilisons ont déjà prouvé leur efficacité dans d’autres pays. Puis le joueur marocain, à la base, possède plus de qualités que d’autres. Il s’agit simplement de travailler cette matière première avec patience et rigueur. On est dans une sorte de serre à ciel ouvert ici : on a les bons ingrédients, une bonne terre et des jardiniers compétents pour faire pousser de belles plantes.
- Quelle est la place de la compétition dans le modèle de formation appliqué ?
- Comme nous sommes un peu éloignés géographiquement, les plus jeunes participent surtout à des matchs amicaux et au championnat régional. Cela leur permet de goûter à la compétition progressivement. Les U15, eux, disputent le championnat national, ce qui les confronte à un niveau plus élevé et les fait voyager un peu plus.
Des fois, ils gagnent au mental sans forcément bien jouer, et d’autres fois, ils perdent malgré une bonne prestation. C’est la dure loi du football. Et justement, l’apprentissage passe par les entraînements, mais aussi à travers la compétition.
- Inculquer la culture de la gagne, est-ce important ?
- Bien sûr. Même en jouant au billard, j’ai envie de gagner ! Il faut inculquer cela aux jeunes. C’est pour cela que, dans nos exercices, il y a des systèmes de points, des petits défis. Cela ajoute du piment aux entraînements. Mais il faut aussi savoir doser. Il faut apprendre à avoir "la haine" de rater une passe facile, de perdre un duel, de manquer un but. Ils ne sont pas là en vacances. L’objectif, c’est la sélection... pour toutes et tous.
- Les éducateurs sont-ils aussi en formation ?
- Oui, ils sont en formation continue. On les accompagne tous les jours. On les pousse à se remettre en question, à progresser sans arrêt. On ne devient pas formateur du jour au lendemain, c’est un chemin qui demande du temps et de l’engagement.
L’objectif, c’est la sélection... pour toutes et tous
- Comment s’intègre le sport-étude dans le projet de formation ?
- Ce qui compte, c’est l’envie de travailler. Le haut niveau demande des joueurs intelligents, capables de prendre des décisions rapidement. Pour cela, il faut aussi développer le cerveau. Avoir un socle scolaire solide est important, pas forcément pour être premier de la classe, mais pour rester dans des sphères normales de réflexion.
Notre rôle, c’est d’éviter que l’enfant soit obligé de choisir entre le sport et les études. Car demain, une blessure peut tout arrêter. Ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir avoir une seconde vie. Et les joueurs de football ont cette chance. Ils doivent en profiter.
- Quel est le lien que vous entretenez avec les familles des jeunes joueuses et joueurs ?
- C’est un lien constant. Le téléphone portable est un outil important en ce sens. Les jeunes et nous-mêmes nous en servons pour garder le lien avec les parents au quotidien, et les coachs sont aussi en relation permanente avec eux. Les parents font partie intégrante du projet du joueur. Et nous les éduquons aussi à cet aspect, pour construire une relation saine et constructive.
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