Plan d’aménagement de Marrakech-Ouest : nouvelles prescriptions pour les commerces et les habitations
Afin de préserver le patrimoine architectural historique du quartier Guéliz, le nouveau plan d’aménagement de Marrakech-Ouest et de M’hamid Sud, actuellement en enquête publique, a intégré dans son règlement des prescriptions architecturales, ainsi qu’un cahier de normes architecturales spécifiques.
En phase d’enquête publique jusqu’au 11 juin 2025, le nouveau plan d’aménagement de Marrakech couvrant la partie ouest de Guéliz et l’arrondissement de Ménara devrait donner un nouveau souffle à l’urbanisme dans les dernières zones de la ville non couvertes par un document d’urbanisme valide.
Dans un article précédent, nous avions présenté les principaux projets urbains qui sont prévus pour rénover une grande partie de la ville. Ces nouveaux projets devront d'abord redynamiser les alentours de la nouvelle gare routière par des projets de logements et de mobilité destinés à rendre la zone plus attractive qu’auparavant. Ce nouveau document devra également renforcer la centralité de Guéliz par de nouveaux équipements structurants, en relocalisant les casernes militaires du quartier, en accentuant la vocation verte de la ville et en résorbant l’ensemble des habitats insalubres. La réorganisation des activités informelles devra également être entreprise en vue de leur intégration dans le tissu économique et de l'amélioration de l'ordre urbain.
Dans la continuité de la lecture de ce nouveau document, nous présentons les prescriptions architecturales qui y figurent. Les nouveaux projets de construction de bâtiments sont invités à respecter ses dispositions pour permettre une production architecturale de qualité, compatible avec le patrimoine de la ville datant de l’époque protectorale, qui correspond à la création du premier quartier en dehors des murailles historiques de la médina.
Les prescriptions architecturales définies dans le plan d’aménagement de Marrakech-Ouest
Le nouveau plan d’aménagement Marrakech-Ouest conserve les tons de rouge emblématiques de Marrakech. En dehors des murailles de la médina, les styles architecturaux autorisés sont les styles arabo-mauresque, oasien et Art déco.

Dans le quartier Guéliz, le style architectural admis est le style Art déco. Le plan d’architecte doit donc renseigner clairement sur trois éléments principaux : la base inférieure, le corps de la façade, les couloirs et le couronnement.

Afin de préserver la valeur historique du quartier Guéliz, une liste des bâtiments et équipements à valeur patrimoniale a été établie. Par ailleurs, d’autres constructions seront soumises à l’examen d’un comité scientifique, désigné par arrêté du gouverneur, qui déterminera le type d’action et la nature des interventions à mener pour chacune d’elles.
Au niveau des nouvelles constructions, l'épaisseur des murs doit être supérieure à 20 cm, ce qui permet de réaliser des formations et des décorations plus variées sur les murs eux-mêmes. Cette épaisseur facilite également l'intégration des mécanismes de murs-rideaux et des protections métalliques des fenêtres à l'intérieur des cavités des portes et des fenêtres.
Les colonnes des portiques doivent présenter une formation classique claire, comprenant la base, le corps de la façade et le couronnement. Le style et la forme des colonnes doivent s'harmoniser avec le style dominant du reste de la façade. Il est préférable d'utiliser des colonnes circulaires ou rondes pour les portiques, ou des colonnes à sections polygonales pour les colonnes engagées.
De leur côté, les balcons et loggias doivent être aménagés d’une manière à ne pas nuire à la composition de la façade et à son rythme visuel, et le choix du type de balcon doit correspondre aux autres éléments de la façade et à la composition volumétrique générale.
À cela s'ajoutent des recommandations environnementales préconisant l'utilisation de volumes, de pergolas, de velums et de plantations bien ombragés, ainsi que des loggias, des jardins et des toits-terrasses ombragés, et l'encouragement à l'installation de systèmes de chauffage d'eau solaire.
Les prescriptions architecturales relatives aux façades des bâtiments
Comme dans d'autres villes marocaines, le plan d'aménagement interdit toute installation visible d'équipements techniques sur les façades. Cette interdiction concerne notamment les antennes paraboliques, les systèmes de ventilation pour restaurants, les unités de climatisation extérieures, les boîtiers de fibres optiques, les câbles électriques apparents, les chauffe-eau et les antennes individuelles.

Dans les nouvelles constructions, les concepteurs doivent prévoir, dès la phase de conception, des espaces dédiés aux équipements techniques. Plus précisément, il faut aménager des conduits techniques, des cavités murales ou des cages spécialement conçues à cet effet. En ce qui concerne les antennes paraboliques, lorsqu'elles sont installées en toiture, elles doivent être placées à au moins 3 mètres en retrait de la ligne de façade. Pour les logements collectifs, une antenne commune est obligatoire, et les installations individuelles sont strictement interdites.
Au niveau de chaque projet de construction, la façade doit clairement exprimer la destination du bâtiment, qu'il s'agisse d'un usage résidentiel ou de bureaux, tout en maintenant une harmonie avec son environnement immédiat.

En ce qui concerne les angles des bâtiments, ils doivent être traités de manière spécifique : les angles droits et les formes libres sont à proscrire au profit d'angles tronqués ou arrondis. De plus, le traitement des angles doit être cohérent entre les bâtiments adjacents.

D'autre part, le plan d'aménagement fixe des limites strictes concernant les surfaces vitrées. La superficie totale des fenêtres ne doit pas excéder 33% de la surface de façade. Par ailleurs, tous les éléments vitrés, y compris les murs-rideaux et les grandes baies vitrées, doivent présenter une forme verticale proportionnelle à leur ouverture et s'intégrer harmonieusement à l'ensemble.
La charte architecturale pour les commerces dans le quartier de Guéliz
Le nouveau plan d'aménagement a prévu une charte architecturale commerciale contraignante afin d’organiser principalement les enseignes et affichages publicitaires des commerces, que les architectes et investisseurs devront strictement appliquer.
Par cette charte, l'affichage sur les façades est désormais encadré : seules les devantures commerciales prévues à cet effet peuvent accueillir des publicités, tandis que le corps principal des façades reste vierge de toute enseigne. Les devantures doivent respecter l'alignement des bâtiments et se maintenir en retrait, sans jamais masquer les éléments structurels ou verticaux de l'architecture.

Les enseignes sont limitées aux espaces entre les piliers des galeries et doivent être positionnées dans la partie inférieure des vitrines. Les signalétiques, quant à elles, sont strictement confinées à la façade principal,e en évitant toute interférence avec les colonnes des passages.
La conception des enseignes doit s'harmoniser avec celle de la façade, tandis que leur design pourra épouser le style architectural du bâtiment, pouvant intégrer des éléments naturels ou identitaires spécifiques au commerce, mais toujours dans le respect de l'unité esthétique globale.

Les panneaux publicitaires doivent avoir des dimensions standardisées proportionnées à leur emplacement, sans aucun débordement en hauteur ou en largeur, et rester en retrait des bordures. Une interdiction totale s'applique aux publicités sur les piliers des galeries.
Cette réglementation stricte vise à concilier visibilité commerciale et préservation du cadre bâti, garantissant une intégration harmonieuse des activités commerciales dans le quartier historique de Guéliz.
Après l'homologation de ce document, Marrakech tournera une page : celle d'une longue période marquée par l'absence de documents de planification. Cette situation a engendré de nombreux obstacles et des opportunités manquées pour le développement économique d'une ville qui porte pourtant le flambeau de l'attractivité touristique du Maroc. Ce plan d'aménagement de Marrakech-Ouest constituera la dernière pièce du puzzle, intégrant des projets qui devront repenser la ville en profondeur, notamment en vue des échéances majeures que connaîtra Marrakech en tant que ville hôte de la Coupe du monde 2030.
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