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Les annonces majeures de Lecourtier : Sahara, UE, capital humain, mobilité, industrie...

À l’occasion d’une intervention remarquée à la Fondation Links, Christophe Lecourtier, ambassadeur de France à Rabat, a dressé les contours d’une nouvelle ambition stratégique pour les relations franco-marocaines. Un discours dense, qui combine reconnaissance du passé, projection vers l’Afrique, et engagement concret sur le Sahara, la décarbonation, l’industrie et la jeunesse.

Les annonces majeures de Lecourtier : Sahara, UE, capital humain, mobilité, industrie...
La visite du président Macron au Maroc fin octobre 2024.
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Le 18 mai 2025 à 17h03 | Modifié 19 mai 2025 à 8h04

Les sorties de Christophe Lecourtier, ambassadeur de France, à la Fondation Links sont décidément fort intéressantes. En février 2024, le diplomate français avait parlé du Sahara et du potentiel de relations entre les deux pays (ici et ici). Plusieurs mois après, on s'est rendu compte que ses propos étaient réellement annonciateurs du changement majeur qui allait survenir fin juillet 2024.

Vendredi 16 mai 2025, bis repetita. Mais cette fois-ci, c'est l'avenir des relations entre les deux pays qu'il a évoqué, ainsi que les enjeux, les futures décisions…

Le 16 mai 2025, à la Fondation Links à Rabat, Christophe Lecourtier a livré un discours d’une rare densité sur l’avenir des relations franco-marocaines. Une intervention qui dépasse le cadre diplomatique pour dessiner les fondations d’une “communauté de destin” entre la France, le Maroc et, au-delà, l’Afrique.

Maroc – France : une relation réengagée, une confiance restaurée

Le diplomate a reconnu un moment de flottement entre Paris et Rabat, particulièrement en 2023, où les "cordes de rappel historiques" semblaient ne plus fonctionner. "Avec le recul, je pense qu'il y a eu un moment, en 2023, peut-être un peu en 2024, où, sans doute pour la première fois depuis 1955, depuis les accords ouvrant la voie à l'indépendance, le destin a oscillé".

Cette phase de gel a laissé place à une volonté politique forte des deux chefs d'État pour refonder la relation sur des bases nouvelles : ni nostalgie, ni simple restauration, mais une ambition partagée tournée vers l’avenir.

"Pendant neuf mois, la France a cessé de parler, et la France s'était forcée d'écouter, de comprendre et d'entendre ce que le Maroc était devenu, parce que c'est bien ça qu'on avait laissé partir de notre entendement. (...) Sur le Sahara, puisque c'est bien ça dont il s'agit, nous avons assumé notre choix, celui du président de la République, que nous avons construit avec lui, à 100%".

Pendant neuf mois, la France a cessé de parler, et la France s'était efforcée d'écouter, de comprendre et d'entendre ce que le Maroc était devenu.

"(...) Dans quelques semaines, un centre culturel français s'ouvrira, comme il en existe dans une douzaine d'autres villes du Maroc. Dans quelques jours aussi, je crois, le 27, les ressortissants marocains pourront solliciter à Laâyoune et à Dakhla directement un visa pour se rendre en France".

Géopolitique : sécurité, développement, Sahel...

La France partage les objectifs marocains dans les régions méridionales du Maroc : "Objectifs de stabilité, objectifs de sécurité, objectifs de construction d'infrastructures, objectifs de développement et objectifs d'Afrique. Dans une région du Sahel qui, aujourd'hui, est livrée non seulement à la présence militaire d'ennemis - en tous les cas de l'Europe - que ce soient les Russes ou que ce soient les Iraniens, probablement. Dans une région qui est livrée au trafic d'armes, au trafic de migrants, aux groupes extrémistes. Le Maroc, par sa souveraineté sur ses territoires, développe et consolide un hub, non seulement, de sécurité et de stabilité, mais aussi une offre de développement et une alternative pour les populations sahéliennes des pays enclavés à une histoire qui nourrit le terrorisme, les trafics, les migrations illégales. Donc cette vision du souverain qui est en train de se mettre en œuvre, il suffit de regarder l'ambition du port de Dakhla. Nous ne pouvons que l'appuyer (...)".

"Cet engagement qui est le nôtre, la France en a payé le prix. Elle en a payé le prix dans la relation avec le pays voisin, avec lequel, fondamentalement, aucune rupture n'est possible, ni souhaitable (...)".

Trois axes de grand intérêt : décarbonation, industrie, capital humain

Lecourtier a annoncé trois priorités structurantes :

La décarbonation : le Maroc est appelé à devenir "un acteur majeur de la décarbonation de l'Europe".

“Votre pays a la capacité, par ses surfaces, par la vision, par ses ingénieurs, par sa capacité à attirer des investissements de technologie, d'être un des grands champions d'énergie renouvelable. Pour lui-même, mais aussi pour nous, Européens. Et sans trahir de secret, (…) les meilleurs ingénieurs de France ont travaillé sur les modèles économiques qui permettraient de tirer les rails, les cadres, tous les moyens qui permettent de connecter, structurellement, de contribuer à la décarbonation accélérée de nos économies“.

La vision du souverain qui est en train de se mettre en œuvre, il suffit de regarder l'ambition du port de Dakhla. Nous ne pouvons que l'appuyer.

Des projets structurants sont à l’étude, dans les énergies renouvelables et l'interconnexion énergétique, notamment autour du sommet des océans prévu à Nice, annonce en substance M. Lecourtier.

Les chaînes de valeur industrielles : le diplomate a salué le modèle “Made with Morocco”, évoquant les réussites communes dans l’automobile, l’aéronautique, et la volonté d’aller plus loin dans l’intégration industrielle. "Et donc l'association dans les chaînes de valeur entre le Maroc et la France a déjà fait la démonstration de sa pertinence".

"Il y a de grandes nouvelles qui vont être annoncées bientôt, il faut que les entreprises aillent encore plus loin dans cette logique-là, qui n'est pas de la délocalisation, qui est du "made with Morocco", parce qu'aucune automobile produite au Maroc, par exemple par Renault, Dacia, n'a jamais été produite en France et ne sera jamais produite en France. Donc on est vraiment sur du plus, sur du bonus, et pas du tout sur quelque chose qu'on transfère de là".

Le capital humain : Coopération éducative, mobilité circulaire, valorisation des étudiants et doctorants marocains : la jeunesse est placée au cœur du projet bilatéral, loin des logiques de “brain drain”.

Un Maroc plus intégré à l’Europe

"Le gros enjeu, c'est l'Europe". Lecourtier a révélé que des discussions sont en cours pour proposer au Maroc un statut "encore plus intégré" avec l’Union européenne, dans les 6 à 12 mois à venir. Objectif : dépasser les blocages politiques régionaux (comme ceux de l’UMA) pour créer un partenariat stratégique bilatéral ambitieux.

Il juge que "le commencement, c'est ici, avec le pays qui est le plus engagé, le plus dynamique, le plus résolu à travailler avec l'Union européenne".

Sahara : “le choix est fait”

Sur la question du Sahara, l’ambassadeur a été explicite : la France assume pleinement son engagement aux côtés du Maroc, "droit dans ses bottes". Ce soutien se traduit notamment par l’ouverture prochaine de services consulaires à Laâyoune et Dakhla, l’intervention de l’AFD dans ces provinces et une reconnaissance alignée sur la vision royale.

Nous sommes des civilisations du livre. Il est temps d’écrire une histoire commune ambitieuse. Nous n’avons plus le droit de nous faire honte.

“Nous avons compris que la question du Sahara est une question de confiance. Et rien de grand ne peut se construire sans confiance”.

L’Afrique au cœur de la stratégie

Le Maroc est présenté comme un partenaire clé de la France en Afrique, non comme un relais d’influence, mais comme un acteur autonome et central. Lecourtier plaide pour des politiques africaines renouvelées, fondées sur l’écoute, la sécurité, le développement et une lecture fine du Sahel.

Une communauté binationale à préserver

L’ambassadeur a également insisté sur la responsabilité politique vis-à-vis des binationaux franco-marocains, appelés à être “100% marocains et 100% français”. Il a mis en garde contre les risques de “déchirement identitaire” en cas de blocage durable.

Conclusion : écrire l’Histoire plutôt que subir le destin

En citant Jean Baudrillard, Lamartine ou Jacques Delors, Lecourtier ancre sa vision dans une philosophie de l’action collective. Face aux turbulences géopolitiques mondiales, il invite à une écriture partagée d’un nouveau chapitre entre le Maroc, la France et l’Europe. Et l'Afrique aussi.

“Nous sommes des civilisations du livre. Il est temps d’écrire une histoire commune ambitieuse. Nous n’avons plus le droit de nous faire honte”.

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Le 18 mai 2025 à 17h03

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